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vendredi 24 septembre 2021
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Le Congo mise sur l’agroforesterie et les puits de carbone en savane

Spécialisé dans le conseil en aménagement de forêts tropicales et la réalisation de plantations forestières, le groupe français Forêt Ressources Management (FRM) a créé plusieurs filiales au Congo, pour développer des projets agro-forestiers  et de plantation de puits de carbone en zones de savane.

L’objectif est de faire émerger un environnement forestier qui permettra, à terme, d’accroître la biodiversité des écosystèmes locaux, de développer l’agriculture vivrière et la transformation de bois en charbon de bois, sciages et contreplaqués pour le marché local.

Bernard Cassagne, président-directeur général du groupe FRM, présente les activités des filiales congolaises du groupe.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Vous êtes président-directeur général de Forêt Ressources Management (FRM). Quels sont les métiers de votre entreprise ?

Bernard Cassagne

Bernard Cassagne : Le métier de base du groupe FRM, qui a été créé en 1987 et dont le siège est à Montpellier (France), est le conseil et le service. C’est l’un des leaders mondiaux du conseil en aménagement de forêts tropicales. Il y a 15 ans, le groupe s’est orienté vers la réalisation de plantations, c’est-à-dire le montage de projets, leur financement et leur déploiement opérationnel.

Pendant une dizaine d’années, on a d’abord fait des acquisitions foncières pour développer des projets agro-forestiers orientés vers l’acacia-manioc. En 2018, on a créé  une première filiale au Congo, la Société de Plantations Forestières Batéké Brazzaville (SPF2B) et lancé le programme intégré SPF2B. Après une période de 8 ans, on commencera à faire du charbon de bois, qui sera écoulé sur le marché de Brazzaville, la capitale. Il permettra d’éviter la déforestation des forêts naturelles.

Nous voulons lier la culture de l’arbre à l’agriculture. Le manioc est l’aliment de base des populations congolaises. Sa culture est donc importante. L’acacia est une essence intéressante car elle n’a pas besoin de fertilisation.

Pourquoi associer acacia et manioc ?

B.C. : Nous voulons lier la culture de l’arbre à l’agriculture. Le manioc est l’aliment de base des populations congolaises. Sa culture est donc importante. L’acacia est une essence intéressante car elle n’a pas besoin de fertilisation. Par les mycorhizes (champignons) contenues dans ses racines, elle fixe l’azote atmosphérique et enrichit naturellement les sols. C’est intéressant sur le plan agronomique. Ce modèle arbre-culture spécifique à l’Afrique centrale a été conçu et déployé sur les plateaux batékés en RD Congo sur des dizaines de milliers d’hectares. Il est très apprécié par les populations locales. Le charbon de bois fabriqué à partir du bois d’acacia est connu des ménagères qui l’utilisent pour faire la cuisine. Il n’y a donc pas de risque sur l’adoption de ce produit par le marché du charbon de bois d’acacia. Ce modèle fonctionne très bien.

Outre  l’agroforesterie, quelles sont les autres activités de la SPF2B ?

B.C. : La SPF2B a deux vocations. La première est d’être une pépinière qui produit des plants à partir de matériel végétal supérieur, destinés à nos plantations, ainsi que de réaliser les travaux de plantation (préparation des terrains, plantation, entretien et gestion). La seconde est la gestion de crédit carbone. En 2020, on a fait venir au Congo le groupe financier privé franco-allemand Oddo-BHV pour réaliser un puits de carbone sur 2 400 hectares. Le modèle de notre partenariat associe un puits de carbone, c’est-à-dire une forêt que l’on n’exploite pas, et de l’agroforesterie. Ce projet OKA2 se développe sur les plateaux batékés, dans le nord du département du Pool.

Le modèle de notre partenariat associe un puits de carbone, c’est-à-dire une forêt que l’on n’exploite pas, et de l’agroforesterie.

Préparation des plants d’acacias dans la pépinière de SPF2B dans le nord du Pool. @FRM

Quelle est l’activité de votre filiale Cofor ?

B.C. : En 2019, nous avons créé Congo Forest Plantation (Cofor), pour acquérir un domaine d’environ 40 000 ha. Il se compose d’un massif planté de 8 000 ha d’eucalyptus clonal, géré auparavant par Eucalyptus Fibre Congo, et d’une extension plantable de 7000 ha. Ce domaine est situé dans le sud du pays, le long du littoral, dans le département du Kouilou, entre Pointe-Noire et le parc national de Conkouati-Douli.

Que comptez-vous faire de ces 40 000 ha ?

B.C. : Cofor a signé, en juin 2019, un bail emphytéotique avec le gouvernement du Congo pour mettre en valeur le site dénommé Périmètre de Reboisement de Madingo-Kayes (PRMK). C’est Cofor qui le gérera. En novembre 2020, on a démarré une première opération pilote et actuellement nous sommes en train de développer quatre projets avec différents investisseurs avec lesquels nous sommes en discussion. Il y aura des forêts d’acacia-manioc et d’eucalyptus. On envisage, à terme, de mettre en place une filière sciage et contreplaqué avec l’implantation d’une unité industrielle.

Il y aura des forêts d’acacia-manioc et d’eucalyptus. On envisage, à terme, de mettre en place une filière sciage et contreplaqué avec l’implantation d’une unité industrielle.

Vous venez de lancer un nouveau projet dans le département des Plateaux. De quoi s’agit-il ?

B.C. : Nous avons obtenu un autre domaine foncier, dans le département des Plateaux, au nord de la rivière Léfini, à 250 km de Brazzaville. Nous avons conçu un projet de puits de carbone que nous avons présenté à la compagnie Total. Les pourparlers ont duré plus de deux ans. Au final, notre projet a été retenu par Total Nature Based Solutions (TNBS), une filiale de Total dont la vocation est de générer des crédits carbone pour neutraliser le bilan carbone du groupe. Pour mener ce projet, nous avons créé une nouvelle filiale, Forest Neutral Congo (FNC), qui a acquis la réserve foncière et signé une convention avec le gouvernement congolais et Total. C’est elle qui réalisera le projet.

Vos activités s’inscrivent-elles dans le cadre du PRONAR ?

B.C. : Oui nos activités s’inscrivent dans le cadre du Programme National d’Afforestation (PRONAR) qui constitue depuis plus de 10 ans une politique d’accompagnement et de développement des plantations forestières et agro-forestières, avec un objectif fixé à un million d’hectares. Il faut savoir par ailleurs que le Congo, au-delà de sa grande disponibilité foncière, est un des pays africains les plus attractifs pour le déploiement de plantations d’arbres en savanes grâce au cadre légal et règlementaire. Cette activité a été développée par la recherche et développement puis par l’industrie sur des dizaines de milliers d’ha depuis plus de 60 ans, avec un réel savoir-faire (matériel végétal, itinéraires techniques). Enfin, le Code Forestier de juillet 2020 a mis en place un cadre de travail clair et précis qui permet d’attirer et faciliter les investissements dans ce secteur.

Vue aérienne de la forêt dense dans le département de la Likouala @MDMM

Le massif forestier du Bassin du Congo est le moins menacé au monde.

Les forêts naturelles du Bassin du Congo sont-elles réellement menacées ?

B.C. : Le massif forestier du Bassin du Congo est le moins menacé au monde. Celui d’Afrique de l’Ouest a disparu. Celui d’Amazonie subit encore de fortes pressions. L’Asie a perdu une grande partie de son intégrité forestière. Au sein du Bassin du Congo, il y a des situations très inégales. Le Gabon, le Congo et la RCA  sont des pays où la pression sur la forêt est la moins forte. En revanche,  au Cameroun, la forêt se fragmente de plus en plus. Les agriculteurs y sont assez agressifs et la surexploitation forestière y est forte. C’est le pays qui produit le plus de bois tropical illégal, beaucoup plus que les trois autres pays réunis. La forêt du RD Congo représente plus de la moitié de celle du Bassin du Congo.C’est une forêt maillée de voies bordées de villages. Aujourd’hui, elle est peu menacée, mais il faut la surveiller car elle subit des pressions de paysans très dynamiques, prêts à étendre l’agriculture.

Les couronnes de déforestation, dues à l’agriculture itinérante de défriche et à la production de charbon de bois, augmentent depuis des décennies autour des principales agglomérations

Quels sont les principaux facteurs de déforestation ?

B.C. : En dehors des espaces forestiers en production industrielle (sous le régime de concessions forestières), les couronnes de déforestation, dues à l’agriculture itinérante de défriche et à la production de charbon de bois, augmentent depuis des décennies autour des principales agglomérations partout en Afrique. C’est de très loin le principal facteur de déforestation dans la région et un fléau auquel le modèle agro-forestier acacia / manioc répond efficacement avec des impacts socio-économiques et environnementaux remarquables. Il doit donc être déployé à grande échelle dans ces zones à forte pression sur du foncier disponible en savane.

Lire aussi notre article : Congo. Une forêt de 40 000 ha d’acacias à vocation écologique et agro-forestière

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