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vendredi 19 avril 2024
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Le groupe tunisien BFC à la conquête de l’Afrique

Tout comme petit à petit, l’oiseau fait son nid, le groupe BFC (Business and Financial Consulting) se déploie peu à peu hors des frontières tunisiennes. Née à Tunis, il y a 13 ans, cette société nourrit de grands desseins et poursuit son expansion, sous la houlette de sa CEO, Nadia Yaich, qui joue la carte panafricaine. BFC, qui a déjà mis pied en Afrique de l’Ouest, entend s’implanter dans d’autres régions du continent.

L’histoire du groupe BFC est celle d’un cabinet tunisien qui ambitionne de s’implanter dans une bonne partie du continent africain.

Créée à Tunis en 2010, la société Business and Financial Consulting (BFC), qui compte 36 salariés, a fait du chemin. Au départ, ce cabinet, fondé par deux personnes, voulait devenir le champion dans son domaine d’expertise en Tunisie. Ses ambitions à l’international étaient limitées. Mais les choses ont évolué. BFC envisage aujourd’hui de se déployer sur le continent africain, après avoir ouvert deux filiales, au Sénégal et en Guinée.

La troisième associée

Le groupe BFC doit ce virage à Nadia Yaich, qui a rejoint l’entreprise en 2011, en tant que stagiaire. Lorsqu’elle a voulu quitter le cabinet en 2017, pour créer sa propre société, les deux fondateurs, qui ont dû certainement apprécier à sa juste valeur son apport, lui ont proposé de se joindre à eux et d’entrer au capital. C’est ainsi qu’elle est devenue la troisième associée.

Cette expert-comptable est issue d’une famille aisée, bien connue en Tunisie. Le patriarche, Raouf Yaich, a plusieurs casquettes : expert-comptable, auteur et chercheur. Nadia Yaich, qui pose un regard lucide sur son propre parcours, affirme, avec une pointe d’ironie, qu’elle est issue probablement de « la famille qui compte le plus d’experts-comptables en Tunisie ».    

Elle ne fait pas mystère de ses grandes ambitions pour le continent africain. « Lorsque, en 2017, j’ai commencé à me rendre en Afrique subsaharienne, j’ai compris que mon avenir serait là-bas », précise cette quadra. 

« Je dis merci à l’Afrique, qui m’a donné l’opportunité de créer ma propre identité »

« Je dis merci à l’Afrique, qui m’a donné l’opportunité de créer ma propre identité. En Tunisie, j’étais toujours sous la pression sociale. Si je faisais des choses remarquables, si j’étais excellente, si j’étais la première de ma promotion, on disait tout simplement que je n’avais aucun mérite et que je devais tout au fait que je suis la fille de … Ceux qui disaient cela ne pourraient plus tenir le même discours, en observant ce que je fais aujourd’hui en Afrique », explique-t-elle.

Un projet réussi au Bénin

Le secteur privé et le secteur public recourent à ce groupe spécialisé dans le consulting. BFC travaille, entre autres, avec les présidences ou les gouvernements sur la conception, les études et la mise en œuvre de projets de développement. Parmi ses spécialités figurent la modélisation d’écosystèmes numériques, le réajustement de textes réglementaires et de lois ainsi que l’accompagnement d’agences du numérique dans plusieurs pays.

L’un des projets phares du cabinet est, à ce jour, la mise en place, au Bénin, de ce qui est communément appelé « services de confiance ». Il s’agit de tout service qui facilite la vérification de l’identité numérique et qui, en même temps, garantit la confidentialité, l’intégrité et l’authenticité des données échangées sur Internet. Ce sont des services habituellement fournis par l’homme, mais qui peuvent être accomplis électroniquement, dans des conditions optimales de sécurité, pour gagner du temps. Les services de confiance incluent la signature électronique et l’identification digitale.

De plus en plus de pays recourent à l’expertise de BFC

BFC travaille dans plusieurs pays : le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée, les Iles Comores, etc. Tout y passe. Le travail effectué au Niger dans le cadre de la stratégie nationale de l’économie des conférences porte déjà ses fruits. C’est ainsi que, selon ICCA (International Congress and Convention Association), le Niger s’est hissé au 7ème rang dans le classement des pays africains les plus attractifs en matière de conférences. Le Niger devance ainsi la Tunisie qui est, elle, classée 11ème.

La mise en place des services gouvernementaux en ligne passe par une profonde réflexion sur les services de confiance

« Nous sommes en train de mettre en place une nouvelle société en Mauritanie. L’Afrique centrale, notamment le Gabon, est également dans notre viseur », indique Nadia Yaich.

La mise en place des services gouvernementaux en ligne passe par une profonde réflexion sur les services de confiance. Mais pour que les projets soient menés à bien, il est nécessaire que l’État ait une vision claire de ce qu’il veut faire. Il doit, dès le départ, déterminer son périmètre d’intervention. Doit-il associer le secteur privé à ses projets ? Doit-il autoriser le secteur privé à accéder à tous types d’informations ? Les projets nécessitent-ils des partenariats public-privé ? À toutes ces questions – et à bien d’autres encore – l’État doit apporter des réponses claires, nettes et précises.

Le groupe BFC n’intervient que si en face de lui les interlocuteurs sont suffisamment outillés pour savoir où ils veulent aller et de quelle manière. Si les deux parties trouvent un terrain d’entente, le cabinet se penchera, dans un premier temps, sur les questions juridiques, réglementaires, institutionnelles, organisationnelles et opérationnelles. La mise en œuvre du projet ne peut commencer que si cette étape est franchie.

Des collaborations intra-africaines

Le cabinet dispose-t-il de toutes les compétences pour intervenir à tous les niveaux du projet ? Tout dépend de la nature de ce que l’on veut mettre en œuvre.

« Tunisiens, Béninois, Congolais, Burkinabés, Ivoiriens, etc. n’ont pas nécessairement toutes les compétences requises pour faire aboutir des projets de développement. Nous pouvons mutualiser nos intelligences et nos expériences. »

« Au Bénin, par exemple, le projet a été réalisé par des consultants propres à notre cabinet. Mais on peut mettre en place des collaborations intra-africaines. Tunisiens, Béninois, Congolais, Burkinabés, Ivoiriens, etc. n’ont pas nécessairement toutes les compétences requises pour faire aboutir des projets de développement. Nous pouvons mutualiser nos intelligences et nos expériences. Les projets sur lesquels nous travaillons sont sensibles et demandent une expertise pointue. Ce n’est pas qu’une question de technologie. Il faut avoir des idées précises sur tout ce qui est lié à l’organisation, à la stratégie, à la réglementation et à l’opérationnel qui font appel à certains types de compétences et à un certain niveau de polyvalence », révèle la CEO.  

« Nous avons mené à bien des projets miniers dans des partenariats public-privé avec des Chinois sur l’exploitation du manganèse en Côte d’Ivoire. Nous avons mis au point des stratégies pour les entreprises publiques. Nous travaillons avec l’autorité des marchés financiers dans toute la zone UEMOA », explique-t-elle.

« Il m’arrive de passer une semaine à Tunis, et une autre semaine à Conakry, pour revenir à Tunis et repartir encore ailleurs, peu de temps après mon retour. Je passe beaucoup de temps dans les aéroports et dans les avions. »

Vie familiale et vie professionnelle

Comment Nadia Yaiche, qui est mariée et mère, arrive-t-elle à concilier sa vie professionnelle, absorbante, qui inclut des voyages réguliers, et sa vie familiale ?

« Cela se passe bien. Mon mari comprend mon travail. Je suis une femme mariée avec des enfants. Je voyage beaucoup. Il m’arrive de passer une semaine à Tunis, une autre semaine à Conakry, pour revenir à Tunis et repartir encore ailleurs, peu de temps après mon retour. Je passe beaucoup de temps dans les aéroports et dans les avions. C’est déjà une difficulté. Mais en même temps, j’ai une vocation, des objectifs et des ambitions. Tunis est dans le nord de l’Afrique. Pour aller à Kinshasa, à Brazzaville, et ailleurs en Afrique centrale, au départ de Tunis, on met beaucoup de temps. C’est une autre difficulté. La troisième difficulté, c’est que je suis de plus en plus consciente que changer le mindset (état d’esprit) d’un peuple n’est pas évident. Il faudrait déjà commencer par comprendre culturellement chaque pays et la philosophie des réformes ou des lois qu’il veut initier. Cela nécessite une grande ouverture d’esprit. Il faut en permanence se remettre en question et bousculer ses certitudes. Cela n’est pas toujours facile ».

« Dans 10 ans, je pense que nous serons le leader africain en matière de consulting stratégique. »

À l’horizon 2035

Où Nadia Yaich voit-elle son cabinet dans une dizaine d’années ? Quels sont ses objectifs à l’horizon 2035 ?  « Dans 10 ans, je pense que nous serons le leader africain en matière de consulting stratégique. J’ai passé une bonne période de ma vie en Tunisie. Aujourd’hui, si en tant que de cabinet, nous arrivons à accompagner les États et les présidences, à réaliser des projets de développement susceptibles de garder la jeunesse africaine sur le continent, cela sera, pour nous, une grande réussite. D’ailleurs, la question n’est pas de chercher à savoir si cela est possible. Nous voulons faire cela et cela doit être réalisé », tranche-t-elle.

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