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mercredi 29 mai 2024
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Mémoires, Genève dans le monde colonial : un autre regard sur les collections du MEG

C’est à travers l’exposition « Mémoires : Genève dans le monde colonial », que le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) explore l’histoire de ses collections liées à l’époque coloniale. Comment Genève a-t-elle traversé cette époque ? Quel rôle le MEG a-t-il joué dans ce contexte ? Qu’en racontent ses collections ? Quelles violences, vol d’objets et brutalités déployées contre leurs détenteurs pour les subtiliser, ces objets cachent-ils ?

L’exposition est structurée en trois espaces : le Salon, la Collection, dans laquelle sont dévoilées des enquêtes menées sur les objets et présentés des témoignages de la résistance passée et présente au colonialisme et au racisme qui en découle ainsi que les six Capsules, qui proposent, chacune, une histoire d’objets abordant le passé, le présent et le futur. Outre la découverte d’un patrimoine culturel et artistique rapporté des quatre coins du monde, dont l’Afrique, l’exposition reflète les engagements pris par le MEG pour redéfinir le statut des collections ethnographiques et co-construire leur avenir avec les personnes engagées dans la reconnaissance des droits des peuples et dans la lutte anti-raciste.

Floriane Morin, conservatrice, responsable du département Afrique du MEG, et commissaire de l’Exposition, s’est confiée à Makanisi sur le message central de l’exposition et la place de la statuaire Kota dans les collections du musée.

Propos recueillis par Jean Lignongo, à Genève

Makanisi : Floriane Morin, vous êtes commissaire de l’Exposition « Mémoires : Genève dans le monde colonial ». Quelle est la ligne directrice de cette exposition ?

Floriane Morin

Floriane Morin : La ligne directrice de l’exposition Mémoires, Genève dans le monde colonial, ou, tout au moins, son point de départ, a été d’expliquer comment le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) est à la fois issu d’une histoire coloniale genevoise et a été aussi un acteur de cette histoire coloniale. On a vraiment voulu consacrer cette exposition aux collections du musée dans leur passé, leur présent et leur futur potentiel, pour qu’on puisse comprendre dans quelle histoire ce musée a servi et comment il a contribué, justifié la colonisation, créé des imaginaires des populations suisses et participé de cette histoire coloniale européenne et globale.

La ligne directrice de l’exposition a été d’expliquer comment le MEG est à la fois issu d’une histoire coloniale genevoise et a été aussi un acteur de cette histoire coloniale

Dans cette exposition, une vitrine est consacrée à l’aire culturelle Kota. Comment situez-vous les Kota dans l’ensemble de l’exposition ?

Cette exposition n’est pas consacrée à l’Afrique, mais étant donné que l’équipe de conception s’est créée autour du département Afrique, il y a beaucoup d’objets venant du continent africain qui illustrent cette histoire coloniale. En revanche, dans l’exposition elle-même, les objets Kota, qui forment un ensemble très cohérent, sont présentés dans une vitrine à part. On a créé un focus sur eux. Mais ils ne sont pas associés à d’autres objets de la région d’Afrique centrale.

Vue partielle de l’exposition. ©JLignongo

Toutefois, il y a, non loin d’eux, un lointain cousin qui est une statue Téké, un objet-force téké qui, lui, a une histoire de violence puisqu’il a été rapporté par un scientifique géologue genevois. Ce scientifique a été l’élève du directeur du musée, Henri Lagotala, qui était aussi professeur d’anthropologie à l’université de Genève. Quand il est venu apporter au musée une dizaine de statuettes qui venaient de la République démocratique du Congo, Henri Lagotala a expliqué qu’il les avait trouvées dans une grotte, enfermées dans un sac.

Derrière cet objet téké, il y a une première histoire de violence coloniale qui est la persécution des thérapeutes et de leurs objets qui devaient être dissimulés.

Enfermées par qui et pourquoi ?

Statuette Téké. ©MEG

C’était une trouvaille pour Henri Lagotala, mais, vraisemblablement, ces statuettes avaient été cachées à cet endroit par un thérapeute ou un devin qui avait tenté de les soustraire à l’administration coloniale qui voulait les détruire. Derrière cet objet téké, il y a une première histoire de violence coloniale qui est la persécution des thérapeutes et de leurs objets qui devaient être dissimulés.

La deuxième violence vient du fait que cette personne, qui se retrouve par hasard dans l’endroit où elle les découvre, décide de s’en emparer pour les rapporter à Genève où, au final, elles font collection. On connaît cette information uniquement parce qu’elle est écrite dans l’inventaire original de la collection, c’est-à-dire dans un recueil de données brutes. Dans la base de données du musée, dans les différents inventaires et les catalogues d’exposition, cette information n’a jamais été répercutée. On n’a jamais su comment cet objet était arrivé dans les collections. Dans cette exposition, on essaye de recréer ce lien et de mettre en lumière cette histoire qui fait partie de la biographie de cet objet et de toutes les autres statuettes qui l’accompagnaient. Cette histoire est restée occultée au cours des 70 dernières années, voire plus, puisque cet objet est arrivé dans les collections du musée en 1920.

Dans cette exposition, on essaye de mettre en lumière cette histoire qui fait partie de la biographie de cet objet et de toutes les autres statuettes qui l’accompagnaient.

Quelle place occupent les objets Kota dans vos collections et quel nouvel éclairage leur donnez-vous dans l’exposition ? 

Le MEG compte dans sa collection Afrique, des objets venant du Congo et du Gabon, en lien avec l’aire culturelle kota, qui est située au cœur du Bassin du Congo, en zone forestière. Ces objets sont importants historiquement et font partie des fonds rapportés par des administrateurs coloniaux. Leurs histoires sont liées au marché de l’art français, qui a été un marché de l’art colonial dans la 1ère moitié du 20ème siècle.

Expliquer au public, quelle que soit son origine, la réelle identité de ces sculptures kota ainsi que leurs statuts pour la société kota et pour les musées aujourd’hui

Les pièces kota sont des pièces importantes du musée. En effet, les figures de reliquaires ont été exposées de nombreuses fois par le musée dans différents contextes d’exposition. À travers l’exposition sur « Mémoires, Genève dans le monde colonial », le moment était venu de les présenter en expliquant leur réelle identité. Des échanges avec des chercheurs congolais nous ont permis de comprendre comment les musées avaient dévitalisé ces objets patrimoniaux, en les plaçant dans des vitrines où finalement leurs histoires et leurs identités étaient trop peu et trop mal racontées. On a repris ensemble ce projet avec la volonté, cette fois-ci, d’expliquer au public, quelle que soit son origine, la réelle identité de ces sculptures kota ainsi que leurs statuts pour la société kota et pour les musées aujourd’hui.

Mémoires : Genève dans le monde colonial
  • Musée d’ethnographie de Genève (MEG)
  • Adresse : Boulevard Carl-Vogt 67 – Genève
  • Téléphone +41 22 418 45 50
  • Exposition temporaire
  • Date : du 3 mai 2024 au 5 janvier 2025
  • Tarif : Gratuit
  • Site web du MEG : https://www.meg.ch/fr
  • Site web de l’exposition : https://www.colonialgeneva.ch
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