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samedi 5 décembre 2020
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Pour les 80 ans du Manifeste de Brazzaville, des soldats africains «célébrés» à Verquin

Ce 27 octobre 2020, est commémoré le 80ème anniversaire du Manifeste de Brazzaville. Un événement fêté au Congo-Brazzaville, dont la capitale devint, en octobre 1940, la capitale de la France libre. Une commémoration également célébrée à Verquin, petite ville du Pas-de-Calais, où un ensemble de sculptures a été érigé en hommage aux combattants africains qui ont contribué à la victoire de la France libre et des forces alliées contre le nazisme.

Composé de neuf sculptures en fer, finement taillées, qui font penser à des ombres chinoises – un travail d’orfèvre ou de dentelière -, l’ensemble est majestueux. D’un côté, huit soldats, placés côte à côte, au garde-à-vous, fusil dressé vers le ciel, faisant face à un neuvième personnage, seul. Au fond de la petite esplanade sur laquelle ces silhouettes semblent avoir pris racine, une stèle portant une épitaphe : « En souvenir de Brazzaville, capitale de la France libre. Hommage aux combattants africains pour la liberté du monde ».

« En souvenir de Brazzaville, capitale de la France libre. Hommage aux combattants africains pour la liberté du monde ».

Tout est dit. En effet, cet ensemble de sculptures, érigé à Verquin, petite commune du Pas-de-Calais de 3 500 habitants, représente des soldats africains, communément connus sous le nom de tirailleurs sénégalais, au garde à vous devant le général de Gaulle. Ce sont des artisans français – de la Scop Fer Art, une ferronnerie serrurerie d’art installée à Béthune -, qui ont dessiné et sculpté ces oeuvres. Le nom de l’entreprise exprime un double symbole : Fer,  pour déchirure, douleur, et Art pour beauté.

Le Manifeste de Brazzaville

Ces artisans se sont inspirés d’une photographie illustrant la couverture de l’ouvrage intitulé « Brazzaville, capitale de la France libre. Histoire de la résistance française en Afrique noire ; 1940-1944 », écrit par l’historien congolais, Jérôme Ollandet, disparu en 2017. Il s’agit en fait d’une réinterprétation de l’image. Alors que la photo du livre  met en scène le général de Gaulle passant en revue les troupes françaises, à son arrivée à Brazzaville, le 24 octobre 1940, les sculptures de Verquin mettent en avant les soldats africains. Une reconnaissance a posteriori pour l’apport inestimable de l’Afrique à la lutte contre le nazisme.

Les sculptures de Verquin mettent en avant les soldats africains. Une reconnaissance a posteriori pour l’apport inestimable de l’Afrique à la lutte contre le nazisme.

Petit rappel. Nous sommes en 1940. Pour le général de Gaulle, le gouvernement de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain, est inconstitutionnel et soumis à l’envahisseur. Il faut donc qu’un pouvoir nouveau assume la charge de diriger l’effort français dans la guerre. Dans son appel du 18 juin 1940, prononcé sur les ondes de la BBC à Londres, de Gaulle insiste sur le poids des colonies dans cette entreprise. Ne pouvant s’appuyer sur l’Afrique occidentale française, plutôt pro-Vichy, il se tourne vers l’Afrique équatoriale française (AEF). Après le ralliement de plusieurs colonies de l’AEF, il se rend fin octobre à Brazzaville, capitale du Moyen-Congo et de l’AEF.

Dans son Manifeste lancé à Brazzaville le 27 octobre 1940, il annonce la création du Conseil de Défense de l’empire colonial, organe politique de la France libre et appelle « à la guerre, c’est-à-dire au combat ou au sacrifice, tous les hommes et toutes les femmes des terres françaises qui sont ralliées à moi ».  

Brazzaville devient alors la capitale de la France libre et le siège du Haut-Commissariat de l’Afrique Française Libre. L’installation de cette administration civile à Brazzaville a, entre autres, pour objectif de relancer l’effort de guerre qu’on attendait des populations locales et des coloniaux. D’où la participation des soldats africains aux batailles menées sur plusieurs fronts par les troupes de la France libre et de ses alliés pour lutter contre le nazisme.   

Brazzaville devient alors la capitale de la France libre et le siège du Haut-Commissariat de l’Afrique Française Libre.

Marquée du sceau de de Gaulle

On ne peut qu’applaudir l’initiative du maire de Verquin, Thierry Tassez, qui a choisi de rendre hommage non seulement à de Gaulle mais aussi aux tirailleurs d’Afrique à travers cet ensemble de sculptures inauguré le 15 novembre 2019 par le conseiller diplomatique du chef de l’État congolais. Plusieurs facteurs ont contribué à ce choix.

La commune de Verquin se trouve dans les Hauts-de-France (nord de la France). C’est, à Lille, dans cette région, que naquit, le 22 novembre 1890, le général de Gaulle. C’est à Arras, qu’il fit son service militaire et à Calais qu’il épousa Yvonne Vendroux, native de la ville. La région est donc marquée du sceau du général de Gaulle.

Quelques mètres carrés d’Afrique

Thierry Tassez, maire de Verquin (à gauche) et Brice Mankou (à droite) fin septembre 2020 @MDMM

Pourquoi le maire a-t-il tenu à mettre en valeur les tirailleurs africains ?  Dans sa ville et dans les environs, il y a peu d’Africains et encore moins de Congolais. Mais Thierry Tassez est très proche de Brice Arsène Mankou, originaire de Brazzaville, conseiller municipal de Lens et docteur en sociologie. Une amitié qui a contribué à l’émergence du projet. « Avec Brice Mankou, qui est l’ambassadeur du Congo-Brazzaville dans notre région, nous avons eu des échanges. Nous avons voulu exhumer cette histoire de Brazzaville, oubliée, la remettre au goût du jour et la faire connaître aux Français et aux Congolais. De Gaulle est un personnage hors du commun. La saga de Gaulle ne laisse personne indifférent », souligne le maire de Verquin.  Ainsi, la stèle, comme il la nomme, est dédiée « à la fraternité entre les peuples et à l’amitié franco-congolaise. Elle est une manière pour les deux peuples de se (re)découvrir. Ici, à Verquin, il y a un morceau du Congo, il y a quelques mètres carrés d’Afrique. Il faut le savoir et le faire savoir», martèle Tassez.

« Avec Brice Mankou, qui est l’ambassadeur du Congo-Brazzaville dans notre région, nous avons eu des échanges. Nous avons voulu exhumer cette histoire de Brazzaville oubliée, la remettre au goût du jour et la faire connaître aux Français et aux Congolais »

Son désir de redonner aux « tirailleurs africains » la place qui leur revient dans le combat contre le nazisme, pendant la seconde guerre mondiale, Tassez le doit aussi à son père, qui fut un résistant. « Comme la plupart des résistants, mon père parlait peu, mais quand il s’exprimait, il parlait positivement de tous les peuples. Il n‘était pas un Français qui a gagné la guerre. Il a rencontré plein de gens, d’origines diverses, pendant cette période. Il a toujours présenté la victoire comme le résultat du combat de plusieurs peuples. La France avait un empire à cette époque. Les soldats africains ont donc été mobilisés pour cette guerre. Ce fut une action collective. Nous avons voulu montrer par ces sculptures le rôle déterminant de l’Afrique dans cette libération mondiale », souligne  Tassez.

« Il a toujours présenté la victoire comme le résultat du combat de plusieurs peuples ».

Un triple anniversaire

Ce 27 octobre 2020 prend une dimension très particulière à Verquin, comme à Brazzaville. « L’année 2020 a été consacrée au général de Gaulle par le président Emmanuel Macron. On commémore  les 130 ans de sa naissance et les 50 ans de sa mort. Il est en effet décédé le 9 novembre 1970 à Colombey-les-deux églises en Haute Marne. Mais c’est aussi le 80ème anniversaire du Manifeste de Brazzaville », indique Tassez.  Simple coïncidence ou signe du destin ? En tout cas, il ne fallait pas passer à côté de cette conjonction d’événements.  

Panneau présentant le Manifeste de Brazzaville à Verquin. @MDMM

Si elle participe du devoir de mémoire, la célébration de ce triple anniversaire, qui a enregistré, à Verquin, la présence du ministre congolais de l’enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation, Anatole Collinet Makosso, envoyé par le gouvernement de Brazzaville, est aussi l’occasion de découvrir l’autre et de faire acte de tolérance. 

Pendant les dix jours qui ont précédé la cérémonie, les enfants de Verquin ont ainsi découvert le Congo et l’Afrique, à travers des livres, des histoires et des vidéos. « Le but final  de cet enseignement, c’est la lutte contre les préjugés, le racisme et autres discriminations », déclare le maire.

« Le but final  de cet enseignement, c’est la lutte contre les préjugés, le racisme et autres discriminations », déclare le maire.

À travers cette stèle, est également visé le tourisme mémoriel. « Parmi les axes de développement de ma commune, j’ai choisi la culture, le sport et le tourisme. Sur le plan touristique, le Pas-de-Calais n’avait pas bonne réputation.  Mais nos amis bretons nous ont montré la voie en mettant en valeur leur région. La plupart des guerres du XXème siècle, ont eu lieu dans le nord de la France, qui est une région d’immigration. Nous avons beaucoup de lieux et une gastronomie propices au tourisme. », reconnaît Thierry Tassez.

Une invitation à aller découvrir Verquin et son « petit morceau d’Afrique » qu’est le Congo, un pays qui a également donné au général de Gaulle, il faut le reconnaître, une dimension internationale.

Une invitation à aller découvrir Verquin et son « petit morceau d’Afrique » qu’est le Congo, un pays qui a également donné au général de Gaulle, il faut le reconnaître, une dimension internationale.

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