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dimanche 27 septembre 2020
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RDC. Kennesy Kayembe, 23 ans, futur roi du lithium ?

Bien élevé, visage poupin, voix posée, pensée claire, remarquable vision économique, aisance dans l’expression, etc. Kennesy Brouwers Kayembe – Kenny pour ses proches – fait preuve d’une grande maturité pour un entrepreneur d’à peine… 23 ans.

Kennesy Brouwers ? Cela ne fait pas congolais a priori. Pourtant, congolais, il l’est. Et congolais, il se sent… jusqu’au bout des ongles, lui qui est né à Kinshasa, et a grandi en Belgique où il est arrivé, tôt, à l’âge de 7 ans. D’abord à Bruxelles, puis à Gand, en Flandre, où il a appris le néerlandais. Aujourd’hui, le jeune homme d’affaires parle français (avec un léger accent belge), anglais et (un peu) lingala, la langue la plus courante dans la capitale congolaise, la mégalopole bouillonnant d’activité sur la rive gauche du fleuve Congo.

La Belgique est un pays étrange où deux principales communautés cohabitent pacifiquement depuis de longues décennies, sans pour autant éviter des poussées de fièvre identitaire liées à leurs profondes différences culturelles. De cet environnement où il fallait se montrer entreprenant et créatif, Kennesy Kayembe garde de bons souvenirs, mais aussi des choses négatives. « En Flandre, où j’ai grandi, on valorise énormément le travail. L’entrepreneur est mis sur un piédestal. », explique-t-il.

Élève de Sudbury

Cet entrepreneur à la trajectoire singulière sait ce qu’il veut. Dans la vie, pour sa myriade de sociétés et pour la République démocratique du Congo, où il se rend chaque année, en toute discrétion, au gré de l’évolution de ses projets professionnels, notamment dans l’ex-Katanga (sud-est).

A 16 ans, cet autodidacte est sorti du système scolaire classique pour s’inscrire à Sudbury, un établissement qui responsabilise les élèves

A 16 ans, cet autodidacte est sorti du système scolaire classique pour s’inscrire à Sudbury, un établissement qui responsabilise les élèves et les autorise à faire à peu près ce qui leur plaît. Il n’y a pas de programme, pas de cours, pas de professeurs et pas d’horaires dans le réseau Sudbury qui a été lancé initialement aux Etats-Unis en 1967. L’institution offre, sur plusieurs mois, des formations en ligne aux candidats désireux d’accroître leurs connaissances dans des domaines spécifiques. Ce système requiert une discipline et une application sans faille. Il en est sorti avec, en poche, l’équivalent du bac et a renvoyé à plus tard l’idée de poursuivre ses études.

A ce stade de son existence, seule l’immersion dans la vie professionnelle intéressait Kennesy Kayembe, qui nourrissait secrètement l’espoir de réaliser enfin un vieux rêve : devenir son propre patron. Le monde du travail ? Ce n’était pas un territoire complètement inconnu. Il y avait déjà mis un pied, alors qu’il était inscrit à Sudbury. En effet, il travaillait à l’époque pour une entreprise spécialisée dans le marketing relationnel qui vendait des produits à la jeunesse. En moins de trois mois, il avait réussi à mettre en place son propre réseau de quelque 200 personnes, qui écoulait des articles de cette société auprès d’un public adolescent. Succès fulgurant et éphémère ! Telle une météorite, la société s’est effondrée aussi vite qu’elle était montée au firmament. Cette expérience fut tout de même enrichissante. Seul dans son coin, plongé dans la cogitation, il a essayé de comprendre pourquoi les choses n’avaient pas marché comme prévu et d’identifier ce qui mériterait d’être corrigé à l’avenir.

Graine d’entrepreneur

Loin de se démoraliser, il se fiait à son flair. C’est ainsi qu’il a contacté le puissant groupe chinois Ali Baba, qui facilite les échanges entre les entreprises et les plateformes de paiement et de ventes au détail. Il a proposé au géant chinois de l’Internet de lui trouver des fournisseurs de matières premières issues du sous-sol tanzanien. Sitôt dit, sitôt fait.

Loin de se démoraliser, il se fiait à son flair.

En tant qu’intermédiaire, il a toutefois réalisé que ses marges étaient faibles. Il s’est résolu à apprendre les rudiments du trading avant de se glisser lui-même dans les habits du trader en vue d’accroître ses gains. Le hasard de la vie a placé un entrepreneur de Dubaï sur son chemin. Kenny reconnaît avoir élargi ses connaissances du monde des affaires au contact de ce partenaire. C’est ainsi qu’il a appris, entre autres, la logistique, le système financier, le financement des transactions, la mitigation des risques, etc.

Après avoir travaillé pour une compagnie américaine, une société grecque et une entreprise des Emirats arabes unis, il a créé Quantum Global Capital (QGC) en 2017, avec son compagnon de route qui n’est autre qu’un ancien cadre du Fonds souverain d’Oman. Minexco a, par la suite, récupéré les actifs de QG Lithium, une entreprise mise en place après la dissolution de QGC. Les deux partenaires ont investi dans l’acquisition de biens immobiliers aux Emirats arabes unis, en Italie, en Allemagne et au Portugal. Il s’agissait, pour eux, de racheter, de remettre à neuf et de revendre. Kennesy Brouwers Kayembe a plusieurs autres activités sur lesquelles il souhaite néanmoins rester discret.

Esprit de famille

KBK a des participations dans Tamaris, une société de son père. Tamaris a acquis des concessions minières à Kongolo, dans la province du Tanganyika (sud-est), riches en lithium, si on s’en tient aux conclusions rendues par l’Institut sud-coréen de géoscience et des ressources minérales, après une série d’études et de tests réalisés sur place. Visiblement, KBK reste admiratif de son père, un entrepreneur prospère qui lui a appris à se battre comme un homme pour se bâtir un bel avenir. Le regard illuminé, il évoque, avec émerveillement, de vieux souvenirs de son enfance dans une famille nombreuse, au sein de laquelle il existait de solides chaînes de la solidarité. Le sens de l’effort était inculqué à tous les membres de la fratrie.

KBK reste admiratif de son père, un entrepreneur prospère qui lui a appris à se battre comme un homme pour se bâtir un bel avenir

« Mon père a été d’une grande influence. Je l’ai vu partir de rien pour devenir ce qu’il est devenu aujourd’hui. Il m’a toujours répété que dans la vie, il faut travailler dur pour avoir ce qu’on veut, croire qu’on peut y arriver et ne jamais cesser d’être ambitieux », explique-t-il.

Le lithium, le pétrole de demain

Le sous-sol congolais est des plus riches au monde. Le pays dispose d’une gamme variée de ressources minérales. D’où son surnom de « scandale géologique ». Faire des affaires nécessite d’avoir le sens de l’anticipation. Aussi le jeune chef d’entreprise s’intéresse-t-il à deux métaux en particulier. « Je me focalise sur le cobalt et le lithium. L’offre actuelle ne pourra pas couvrir la demande qui va nécessairement exploser d’ici 5 ans », note Kayembe.

« Je me focalise sur le cobalt et le lithium. L’offre actuelle ne pourra pas couvrir la demande qui va exploser d’ici 5 ans »

Pourquoi porte-t-il son regard particulièrement sur le lithium ? C’est sûrement le pétrole de demain. La bataille du lithium s’annonce rude. Ce métal blanc très recherché entre dans la fabrication de la batterie pour les smartphones et la voiture électrique.

Kayembe mobilise des capitaux pour les sociétés partenaires qui disposent de concessions minières en RDC. Des projets miniers en quête de capitaux atterrissent sur son bureau à Londres. Minexco n’est pas une société minière, mais une banque d’investissement dont le siège est à Londres. Elle s’est spécialisée dans la levée de fonds pour le financement des projets miniers au sein de la communauté de développement d’Afrique australe (Sadec).

De Bruxelles à Londres

Peu après son installation à Londres en 2016, Kenny a observé des différences majeures entre cette ville tentaculaire et Bruxelles, la capitale de l’Union européenne. « En Belgique, on se méfie des autodidactes, alors qu’à Londres, on m’a demandé mon business model et ce que je pouvais apporter, compte tenu de mon background, pour faire prospérer une entreprise. On parle également anglais à Londres qui reste une grande place financière mondiale. Cela favorise les contacts avec d’autres régions du monde », tranche-t-il. Avec un carnet d’adresses bien fourni et son entregent, il se veut optimiste quant à la mise en œuvre de quelques projets qu’il juge prioritaires.

Les entrepreneurs en Afrique, quel que soit leur secteur, se heurtent à un grave problème de financement.

 « J’ai envie de faire grandir ma banque d’investissement pour avoir accès à plus de capitaux et être en mesure de faire la jonction entre d’un côté, les capitaux, ici à Londres et sur les marchés financiers  mondiaux, et, de l’autre, le marché de la Sadec. Les entrepreneurs en Afrique, quel que soit leur secteur, se heurtent à un grave problème de financement. Les banques locales financent très difficilement les porteurs de projets. Nous voulons être les pionniers dans le financement de projets innovants. Les gens vont investir en Afrique, qu’on le veuille ou non », souligne-t-il.  Minexco s’emploie à acquérir des actifs dont le portefeuille total est évalué à quelque 9 milliards de dollars.

Ouvrir une école de formation à la finance internationale en RDC

Le ciel de la RDC s’était assombri après la fin du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, en décembre 2016. L’ex-président a usé de subterfuges pour prolonger le plus longtemps possible son séjour à la tête du pays. L’élection présidentielle, qui s’est finalement tenue en décembre 2018, après une série de reports, a donné lieu à une passation des pouvoirs entre Joseph Kabila et son successeur, Félix Tshisekedi. Une première pour ce pays où était privilégié le coup d’Etat comme mode d’accession au pouvoir. Le climat politique n’est pas complètement apaisé, mais les investisseurs ne semblent plus frileux. Et observent de près ce qui s’y passe.

« La technologie évolue vite et le système éducatif congolais n’est plus vraiment adapté. On doit changer de logiciel éducatif et d’approche »

Dans une douzaine d’années tout au plus, Kennesy Brouwers Kayembe pense ouvrir en RDC une école de formation à la finance internationale. Il s’agira, pour cet établissement, d’apprendre aux Congolais à lever des fonds, monter et financer des projets en Afrique. Il est de ceux qui pensent qu’il est impératif que des compétences congolaises prennent d’assaut les secteurs clés du pays, car, dit-il, la RDC ne peut se développer que si les Congolais s’impliquent véritablement dans la transformation du pays et influent positivement sur son économie. « La technologie évolue vite et le système éducatif congolais n’est plus vraiment adapté. On doit changer de logiciel éducatif et d’approche », insiste-t-il.

A moyen-terme, il réfléchit à des contrats de livraison de lithium à des constructeurs automobiles comme Volkswagen, Toyota et Mitsubishi. En même temps, il souligne la nécessité de construire, en RDC, une usine de transformation du cobalt en hydroxyde de cobalt. Il considère que même si la RDC assure un approvisionnement sans faille à ces entreprises qui se lancent dans la course à la voiture électrique, le pays doit, à terme, fabriquer des batteries au lithium sur place. Pour atteindre cet objectif, il faudra former beaucoup plus d’ingénieurs et les déployer là où ils seront utiles.

De grandes ambitions pour la RDC

KBK, qui rêve grand, nourrit de grandes ambitions pour le plus grand pays d’Afrique subsaharienne. « En 2050, j’aurai un peu plus de 54 ans. Et j’aimerais qu’à cette échéance, il y ait en RDC des sociétés qui valent 30, 40, 50 milliards de dollars. Cela est possible en misant sur le marché domestique et régional. C’est à notre portée, pourvu que nous parvenions à créer des cerveaux à cet effet. Il est possible d’apprendre aux gens des techniques spécifiques à certains métiers et à les appliquer à bon escient », explique-t-il.

« En 2050, j’aurai un peu plus de 54 ans. Et j’aimerais qu’à cette échéance, il y ait en RDC des sociétés qui valent 30, 40, 50 milliards de dollars. »

Les pôles de puissance bougent dans le monde. L’Asie est tout naturellement appelée à jouer un rôle moteur dans l’économie mondiale. Singapour s’affirme peu à peu comme un centre névralgique en matière de finance. La plupart des capitaux et des banques d’investissement seront inévitablement en Asie. KBK estime, pour sa part, que les milieux d’affaires congolais doivent y être actifs pour avoir accès à plus de fonds. « En étant à Singapour, en tant que société africaine, on peut commencer à parler avec les géants de demain. La RDC a plusieurs atouts, notamment la jeunesse de sa population et sa démographie », lâche-t-il, sûr de son coup.

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