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mardi 30 novembre 2021
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Alfoncine Nyélénga : « La libération de la parole peut passer par l’initiation au Vodou ou au Lemba »

Sont-elles capables de se libérer du fardeau des violences subies ? C’est l’un des enjeux narratifs du deuxième roman d’Alfoncine Nyélénga Bouya*, Le rendez-vous de Mombin Crochu, paru en 2019 aux éditions Le Lys bleu.

Entretien avec Alfoncine Nyélénga Bouya sur son nouveau roman, d’une puissance inouïe et au style fluide. Propos recueillis par Bedel Baouna

Pourquoi avoir choisi ce sujet – les violences faites aux femmes – pour votre deuxième livre ? Est-ce du vécu ?

Alfoncine Nyélénga Bouya : Depuis une mission onusienne à l’est de la RDC, ce sujet, intemporel, m’obsède. Le directeur d’une école que je visitais m’avait fait comprendre que toutes les filles de son établissement avaient été violées au moins une fois. De retour de cette mission, j’ai donné deux conférences à Paris sur ce sujet avec des images à l’appui – images que j’ai dû effacer de mon ordinateur tellement elles étaient horribles.

La narratrice et ses deux amies, Timie et Somathe, ont souffert dans leur chair. Leur point commun est qu’elles n’en parlent pas. Par pudeur ou par résignation ?

ANB : Vous savez décrypter entre les lignes ! Dans le roman, il n’est pas question explicitement de ce que la narratrice et ses deux amies ont souffert dans leur chair ! Ce silence était volontaire de ma part ; aussi suis-je surprise que votre regard ait pu dénicher les non-dits de mon roman ! Je soulève mon foulard ! Inutile donc de vous dire que toute femme porte en elle une souffrance, une blessure, dissimulées quelque part au fond d’elle.

L’odyssée vers Mombin Crochu débouche sur un  » séisme spirituel « , l’initiation au vaudou. Pour une Congolaise, on est un peu surpris que ce ne soit pas le Lemba ou le Kiébé-Kiébé…

ANB :  Je préfère l’orthographe VODOU, appris de mon maître spirituel et initiateur Max Gesner Beauvoir, aujourd’hui passé à l’Orient éternel. Cela dit, l’initiation telle que présentée dans le roman n’est pas une initiation au Vodou ! Elle résume toutes les formes d’initiation en mettant en action les quatre éléments de la nature. En faisant bien attention, vous verrez qu’il est fait allusion au Lemba, et d’ailleurs, dans la religion vodou, il y a bien le loa (divinité) Legba qui est une forme condensée du Lemba. Quant au Kiébé-Kiébé, il ne pouvait en être question puisqu’il s’agit d’une initiation masculine. Mais pour qui connaît le monde spirituel africain et particulièrement congolais, il pourrait y déceler une référence à l’ikêghê qui est une initiation purement féminine.

En déplaçant l’histoire en Haïti, avez-vous voulu sortir de vous-même ?

ANB : Je ne déplace pas l’histoire en Haïti ! Mombin-Crochu en Haïti est le lieu de convergence de toutes ces femmes venues d’endroits que l’on peut situer en Afrique, ou n’importe où dans le monde. J’aurais pu choisir La ville au Camp, lieu hautement symbolique dans le mysticisme haïtien ou même Le Bois Caïman, célèbre pour avoir abrité la cérémonie qui a précédé la révolte des esclaves, etc. Mais j’ai choisi Mombu-Crochu, un village quasi inconnu même de beaucoup d’Haïtiens, pour marquer que de l’inconnu peut jaillir le connu, comme de l’ombre jaillit la lumière ! En arrivant en Haïti, je ne suis pas sortie de moi-même, je me suis retrouvée et réconciliée avec moi-même.

*L’auteure : née au Congo-Brazzaville, ayant parcouru le monde dans le cadre de ses missions onusiennes, Alfoncine Nyélénga Bouya vit désormais en Belgique. Elle a participé à des anthologies de poésie et est l’auteure de Makandal dans mon sang, un recueil de nouvelles paru aux Éditions La Doxa.

  • Titre : Le rendez-vous de Mombin Crochu
  • Auteure : Alfoncine Nyélénga Bouya
  • 180 pages
  • Le Lys bleu Éditions
  • Prix : 18 euros
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