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dimanche 12 juillet 2020
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RDC. Le confinement affecte peu les opérateurs de téléphonie mobile

La crise sanitaire qui sévit dans le monde a contraint de nombreux États à prendre des mesures restrictives pour freiner la propagation du coronavirus, responsable de plusieurs milliers de morts sur la planète depuis son apparition à Wuhan, en Chine, en décembre 2019. Face à cette pandémie dont l’impact économique est réel, toutes les entreprises ne sont pas touchées de la manière. En République démocratique du Congo, les opérateurs de téléphonie mobile, à l’instar d’Orange-RDC, semblent s’en tirer à bon compte. Jusqu’ici.

L’économie tourne au ralenti à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), en raison du confinement mis en place dans la commune de la Gombe, où se concentrent les ambassades, les ONG et les organismes internationaux, les principaux hôtels cinq étoiles et les sièges de grandes sociétés. Mais tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne.

« Tout le monde est confiné à la Gombe, sauf les personnes qui travaillent dans des services comme les télécommunications. C’est une question de santé publique, mais certains secteurs, comme le nôtre, doivent continuer à fonctionner », explique un cadre d’Orange RDC, filiale du groupe français du même nom. 

Télécommunications, un secteur en hausse

Il s’agit, pour les autorités, de trouver le bon équilibre entre des mesures restrictives imposées à la population pour freiner la propagation du coronavirus et le maintien de l’activité économique à un certain niveau. Difficile de mesurer, à ce stade, l’impact sur la vie sociale des arbitrages opérés par les dirigeants politiques entre l’économie et la santé.

Si globalement le monde de l’entreprise fait grise mine, le secteur des télécommunications semble tirer son épingle du jeu, dans ce contexte particulièrement difficile. L’usage du téléphone portable et d’autres services numériques est en hausse : les abonnés ont besoin de prendre des nouvelles des leurs, d’échanger des messages et des photos et d’accroître leur activité sur les réseaux sociaux.

Si globalement le monde de l’entreprise fait grise mine, le secteur des télécommunications semble tirer son épingle du jeu

Quatre opérateurs de téléphonie mobile

En RDC, le marché de la téléphonie mobile est partagé entre quatre opérateurs : Vodacom RDC, Orange RDC, Airtel Congo et Africell RDC. Fin 2019, selon l’Autorité de régulation de la Poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), le leader était Vodacom avec quelque 13,40 millions d’abonnés. La société Orange comptait, pour sa part, 10,38 millions d’abonnés. Suivaient Airtel (9,3 millions d’abonnés) et, loin derrière, Africell (4 millions). Soit, au total, un marché de 37,12 millions d’abonnements, générant un chiffre d’affaires global de 379,75 millions de dollars selon l’ARPTC.

Soit, au total, un marché de 37,12 millions d’abonnements, générant un chiffre d’affaires global de 379,75 millions de dollars selon l’ARPTC.

De tout temps, ces opérateurs ont toujours rivalisé de créativité pour proposer des produits et des services innovants à leurs clients. C’est ainsi qu’ils ont mis en place un service de transfert et de paiement adapté aux réalités locales, dans un environnement où le taux de bancarisation reste encore très faible. Sur le terrain de l’inventivité, Orange RDC semble tout de même avoir un coup d’avance sur ses concurrents.

Le kit solaire d’Orange RDC

Publicité pour Orange Énergie

A la faveur d’un partenariat avec l’entreprise Greenwish, Orange-RDC propose un service innovant de fourniture permanente d’énergie solaire baptisé « Orange Énergie ». Il s’agit d’un kit qui comprend un poste radio ou un téléviseur, une unité centrale, un panneau solaire, une torche, des lampes, un chargeur pour cinq téléphones et des interrupteurs. Les frais de souscription sont fixés à 45 dollars au minimum. L’abonné qui souscrit à ce service s’engage à renouveler son abonnement pour une période déterminée. Le kit ne fonctionne qu’avec les accessoires fournis par l’opérateur.

A la faveur d’un partenariat avec l’entreprise Greenwish, Orange-RDC propose un service innovant de fourniture permanente d’énergie solaire baptisé « Orange Énergie »

Dans un pays qui connaît de graves problèmes d’électricité, malgré la libéralisation du secteur depuis 2015, qui a mis fin au monopole longtemps détenu par la Société nationale d’électricité, Orange RDC a visé juste. En se dotant du kit Orange, le client peut ainsi éclairer sa maison, écouter la radio ou regarder la télévision. Et bien évidemment recharger plusieurs smartphones. Il échappe ainsi aux aléas qui compliquent le quotidien des ménages et des entreprises.   La société, pour sa part, peut compter sur un usage plus régulier, voire accru, de l’ensemble de ses services et produits.  

Cap sur le Kongo Central et l’ex-Katanga

Étrangement, ce kit solaire n’est pas très connu du grand public, mais d’une frange de la population qui dispose d’un pouvoir d’achat au-dessus de la moyenne. Pour l’heure, il reste cantonné à Kinshasa, la capitale, qui abrite plus de 12 millions d’habitants. Mais le succès est tel que l’expérience sera prochainement étendue à des provinces comme le Kongo-Central (ouest) et l’ex-Katanga, dans le sud-est, qui a été morcelé en quatre entités en 2015.

Orange est, pour l’heure, le seul opérateur de téléphonie mobile à proposer ce service. Néanmoins, les choses pourraient bouger. Les opérateurs concurrents, qui observent de près les ventes du kit solaire Orange, réfléchissent, eux aussi, à de nouveaux produits et à de nouveaux services. Le recours aux énergies renouvelables est au cœur de leur réflexion dans un pays qui bénéficie de longues périodes d’ensoleillement sur l’ensemble de son territoire et (presque) en toutes saisons.

Les opérateurs concurrents, qui observent de près les ventes du kit solaire Orange, réfléchissent, eux aussi, à de nouveaux produits et à de nouveaux services.

Redéploiement vers les zones rurales ?

La concurrence pourrait donc se développer sur ce segment. D’où la nécessité pour Orange RDC de redéfinir sa stratégie commerciale. En RDC, la présence d’Orange remonte à 2011, après le rachat de la licence de Congo Chine Télécoms (CCT), une société mixte détenue par l’Etat congolais (49%) et l’équipementier  chinois ZTE (51%), qui ciblait les grands centres de consommation, les zones reculées et les couches à faible revenu, avec un slogan éloquent : « Le réseau du peuple ». 

Orange, pour sa part, a changé de cap, en se tournant davantage vers un public doté de revenus plus solides et vers les « corporates ». En 2016, le rachat de Tigo-RDC a propulsé l’entreprise au deuxième rang, derrière Vodacom.

Aujourd’hui, Orange tendrait vers un certain équilibre entre les consommateurs à haut revenu et ceux à faible revenu. Les zones blanches, qui ne sont pas « irriguées » par les réseaux de téléphonie mobile sont également au centre de sa réflexion stratégique. Si la société était présente dans toutes les provinces du pays dans son ancienne configuration administrative (une réforme mise en œuvre graduellement depuis 2015 a fait passer le nombre de provinces de 11 à 26), elle était toutefois discrète, si pas invisible, en milieu rural. La nouvelle stratégie d’Orange consiste donc à se lancer à la conquête de nouveaux consommateurs ruraux. Cette offensive vise à conquérir toutes les zones jugées potentiellement rentables dans le plus grand pays d’Afrique subsaharienne.

La nouvelle stratégie d’Orange consiste donc à se lancer à la conquête de nouveaux consommateurs ruraux.

Petite révolution

L’entreprise est dirigée depuis 2018 par Gérard Lokossou, un directeur général de nationalité ivoirienne. C’est le tout premier Africain à occuper ce poste, si bien qu’en interne, certains ont parlé d’une « petite révolution ». De même, depuis l’arrivée d’Orange en RDC, pour la première fois, le conseil d’administration de l’entreprise est piloté par une Africaine : Éliane Munkeni, de nationalité congolaise. Cette experte comptable expérimentée, associée gérante d’un cabinet fiscal, est une figure bien connue des milieux d’affaires.

C’est le tout premier Africain à occuper ce poste, si bien qu’en interne, certains ont parlé d’une « petite révolution ».

Cependant, Orange est perçue comme une entreprise pratiquant des prix plus élevés qu’Africell, une société largement considérée comme offrant des services à la portée des petites bourses. La réalité est toutefois un peu plus complexe qu’elle en a l’air : les tarifs d’Orange RDC sont comparables à ceux de ses deux principaux concurrents : Vodacom et Airtel. Pour fixer les tarifs planchers, les opérateurs se concertent avec l’ARPTC.

Plus généralement, la RDC est l’un des pays où les coûts des services offerts par les compagnies de téléphone sont des plus élevés. Cela s’explique notamment par la forte pression fiscale qui asphyxie les opérateurs, qui se sentent obligés d’appliquer des prix jugés exorbitants par une grande partie de la population. L’Etat, en tant qu’Autorité de régulation, ne joue pas pleinement son rôle pour contraindre ces entreprises à élever leurs standards et abaisser leurs tarifs.

Plus généralement, la RDC est l’un des pays où les coûts des services offerts par les compagnies de téléphone sont des plus élevés.

Image écornée des opérateurs

Dans l’ensemble, l’image des opérateurs du secteur des télécommunications n’est pas très bonne. Quels qu’ils soient, ils ont la réputation de faire des sous-déclarations fiscales pour payer le moins d’impôts possibles. Sans parvenir à trouver la parade, les autorités se plaignent régulièrement de cette pratique qui semble généralisée.

Avant l’investiture du président Félix Tshisekedi, en janvier 2019, les sociétés du secteur coupaient le signal Internet pendant et après des marches hostiles au pouvoir. Le public les accusait, à juste titre, de faire le jeu du pouvoir. Les nouvelles autorités n’ont pas encore eu recours à cette « arme » tant décriée dans ce pays où les manifestations de grande envergure semblent se raréfier.

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