RDC : les ZES se développent graduellement

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Une vue de l’usine de Varun Beverages, dans la ZES de Maluku. DR

La République démocratique du Congo mise sur les Zones économiques spéciales (ZES) pour doper son économie. Le projet pilote de Maluku, dévoilé au public en 2012, est prometteur. Du chemin a été fait, mais beaucoup reste à réaliser. Les premiers résultats concrets de cette stratégie économique sont là : des sociétés installées sur le site de Maluku, situé à environ 70 km du centre-ville de Kinshasa, sont passées à la phase de production. D’autres s’apprêtent à leur emboîter le pas. Le projet de Maluku a fait des émules dans d’autres provinces.

La zone économique de Maluku est entrée dans une nouvelle phase de son développement, après l’inauguration de l’usine de Varun Beverages, qui produit du Pepsi Cola made in DRC. Varun Beverages, une franchise de Pepsi Cola, est une société présente dans un certain nombre de pays dont l’Angola. Son installation dans la capitale de la RDC et la mise en production de son usine constituent une victoire pour Kinshasa qui s’est lancé dans une opération de séduction auprès de potentiels investisseurs extérieurs.

Le processus de recrutement de l’aménageur, enclenché en 2018, a été financé par la Banque mondiale et supervisé par la Cellule d’exécution du Projet de développement des pôles de croissance

Auguy Bolanda Menga DG de l’AZES

Le projet pilote, qui avance lentement mais sûrement, fait du chemin. S’il a été présenté, pour la première fois, au grand public en 2012, son exécution a nécessité, au préalable, la mise en place, en 2014, d’un cadre législatif. Le processus de recrutement de l’aménageur, enclenché en 2018, a été financé par la Banque mondiale et supervisé par la Cellule d’exécution du Projet de développement des pôles de croissance (PDPC). L’État veut tout mettre en œuvre pour générer des emplois que pourraient occuper les jeunes, qui sont majoritairement confrontés à un grave problème de chômage. « Les choses évoluent dans la bonne direction », affirme, sur un ton résolument optimiste, Auguy Bolanda Menga, le directeur général de l’Agence des zones économiques spéciales (AZES).

Les travaux se poursuivent sans relâche

Les travaux se poursuivent sans relâche à Maluku. Le bâtiment administratif, où sera logé le Guichet unique de création d’entreprise, est fin prêt. L’accès au site a été facilité par la construction d’une route principale et de voies secondaires. Un point d’entrée et un point de sortie équipés de guérites ont été aménagés sur ce site qui couvre une superficie de 244 ha. La construction d’un port fluvial est également prévue dans le cadre de ce projet qui fait peu à peu émerger un nouveau pôle économique.

La zone économique spéciale de Maluku se niche dans un environnement urbano-rural faiblement doté d’infrastructures. Le calendrier de mise en œuvre de ce projet ambitieux semble être respecté, dans les grandes lignes tout au moins. Ainsi, le paysage de la ZES de Maluku se transforme au fil des jours. Après l’entrée en production de la société Saphir Ceramics, qui fabrique des carreaux, Varun Beverages en a fait de même.

Au total, 10 entreprises ont, à ce stade, signé des conventions d’occupation avec l’Agence des zones économiques spéciales

Une dizaine d’entreprises ont répondu à l’appel

Au total, 10 entreprises ont, à ce stade, signé des conventions d’occupation avec l’Agence des zones économiques spéciales, qui est, entre autres, chargée d’assurer l’administration, la régulation, le contrôle ainsi que le suivi des activités liées à l’aménagement et à la gestion des zones économiques spéciales en République démocratique du Congo.

Parmi elles figurent Sopaco, Eben Ezer, TK Timber, Hema Beverage et Refriango. D’autres sociétés, qui se sont manifestées, n’ont pas encore bouclé les discussions avec l’Agence des zones économiques spéciales.

Le coût total de cette initiative était initialement estimée à près de 130 millions de dollars. Le gouvernement congolais et ses partenaires financent le projet pilote de Maluku qui a fait des émules ailleurs dans le pays. Les sommes décaissées jusqu’ici représentent, grosso modo, 20 % du coût d’aménagement. Les besoins de financement ne sont pas encore complètement couverts. C’est dans cette optique que des pourparlers se poursuivent avec d’autres intervenants potentiels pour qu’ils s’engagent dans ce vaste programme, porteur d’un immense espoir.

Lire aussi : RDC : cap sur les zones économiques spéciales https://www.makanisi.org/rdc-cap-sur-les-zones-economiques-speciales/

Public et privé

S’il s’appuie sur le secteur privé, l’État est très présent dans la réalisation des ZES qui ont vocation à doper l’économie nationale. Son rôle ne se limite pas à fixer le cadre légal. Pour preuve, il intervient dans les expropriations et le paiement des compensations financières auxquelles les personnes concernées ont droit.

Cette nouvelle ZES est en construction sur un site de 500 ha, à N’sele, dans l’est de Kinshasa

Maluku et Kin-Malebo

La ZES de Maluku n’est pas la seule dans la mégapole congolaise. Kin-Malebo, une zone économique spéciale initiée par la société Arise Intregrated Industrial Platforms (Arise IIP), en partenariat avec le gouvernement congolais, a également vu le jour. Ce groupe, qui opère dans plusieurs pays africains, assure qu’il « conçoit, finance, construit et exploite des zones industrielles intégrées et sur mesure apportant une forte valeur ajoutée ». 

Cette nouvelle ZES est en construction sur un site de 500 ha, à N’sele, dans l’est de Kinshasa. Elle abritera, entre autres, un quai, un Guichet unique, une zone logistique, une zone industrielle et une zone résidentielle.

La première phase des travaux d’aménagement a été entamée. Un mur a été érigé tout autour de cette zone qui a été sécurisée. Des routes sont en construction à l’intérieur du site qui sera, pour l’essentiel, consacré à la transformation du bois. Plusieurs entreprises qui opèrent dans d’autres secteurs (matériaux de construction, produits pharmaceutiques, unités d’assemblage, transformation de produits agricoles, etc.) ont également manifesté leur intérêt pour la ZES Kin-Malebo dont l’aménagement a été confié à la Société d’investissement et de développement industriel du Congo (Sidic), issue d’un partenariat entre l’État et Arise.

Le modèle de Maluku est reproduit dans d’autres parties du territoire congolais

Le Haut-Katanga et le Lualaba

Le modèle de Maluku est reproduit dans d’autres parties du territoire congolais. Si des avancées ont été réalisées, le tableau global incite toutefois à la prudence : beaucoup reste à faire. Malgré tout, dans le Haut-Katanga (sud-est), province issue du morcellement de l’ex-Katanga en vertu de la réforme administrative qui est progressivement entrée en vigueur à partir de 2015, le projet de Kiswishi prend forme au fil des mois, sur un site qui couvre 4400 ha. Kiswishi se trouve à 16 km du centre de Lubumbashi, au croisement de la route de Kasenga et de celle de Likasi, la deuxième ville du Haut-Katanga. Cette ZES est attribuable à une initiative privée pilotée par une filiale du groupe Rendeavour.

Volet immobilier et volet industriel

Ce projet comporte un volet immobilier et un volet  industriel. La partie immobilière avance à grande vitesse. Le visage de cette partie du territoire national change au fur et à mesure. Un nouveau quartier résidentiel sort de terre dans le secteur. La zone industrielle, de son côté, attire de plus en plus d’entreprises qui ne veulent pas rater le train du développement local. La société Varun Beverages, qui est déjà opérationnelle à Kinshasa, a annoncé la création d’une unité de production de Pepsi à Kiswishi. Varun Beverages a, dans ce cadre, annoncé un investissement de 50 millions de dollars qui pourra générer un très grand nombre d’emplois directs et indirects.

Kinsevere et Musompo

La deuxième zone économique spéciale du Haut-Katanga se met en place à Kinsevere, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Lubumbashi. Connue auparavant sous la dénomination – exagérée –  de « zone de batteries », elle est le fruit d’un accord signé entre la RDC et la Zambie voisine et appuyé par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et Afreximbank. Également appelée la Banque africaine d’import-export, cette banque a été créée en 1993 par des gouvernements africains, sous l’impulsion de la Banque africaine de développement. En réalité, il n’a jamais été question de consacrer exclusivement Kinsevere à la fabrication de batteries.

La Zambie et la RDC se sont résolues à unir leurs forces pour avoir leur juste part dans la chaîne de fabrication de batteries de voitures et de téléphones portables

La Zambie et la RDC, qui disposent de minerais utilisés dans les industries de pointe dans le monde, se sont résolues à unir leurs forces pour avoir leur juste part dans la chaîne de fabrication de batteries de voitures et de téléphones portables. Les prévisions ont toutefois été chamboulées. Si un aménageur n’a pas encore été trouvé pour la mise en valeur du site de Kinsevere, le « volet batteries » a néanmoins été transféré à Musompo (Kolwezi), dans la province du Lualaba.

« Les études ont conclu que l’exécution des travaux sur le terrain de Kinsevere prendrait plus de temps qu’à Musompo. Un centre de négoce existe déjà à Musompo. On y trouve des infrastructures qui permettent d’atteindre facilement le site. Le projet Musompo s’insère dans le cadre de la coopération entre la RDC et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique », explique Auguy Bolanda Menga.

Pour faire émerger cette ZES, le gouvernement procédera, là aussi, à des expropriations. Les autorités provinciales ont mis à disposition un site d’une superficie de 2500 ha pour la réalisation de ce programme.

Des entreprises spécialisées dans le solaire et la cinétique semblent conquises par l’idée d’accompagner les ZES en RDC

Électrification

Reste qu’industrialisation rime avec électrification. Il serait inenvisageable de multiplier les ZES ici et là sans pour autant que la République démocratique du Congo arrive à accroître sa capacité de production d’électricité. La RDC est consciente du fait qu’elle fait partie des plus mauvais élèves du continent en matière de taux d’électrification. Les données de la Banque mondiale indiquent qu’en 2021, le taux d’accès à l’électricité ne se situait qu’à 22 % en RDC.

Des efforts sont néanmoins fournis pour que le pays rejoigne le peloton de tête en Afrique et attire davantage d’investissements extérieurs. Mais l’équation de l’électricité est-elle en passe d’être résolue ? Rien n’est moins sûr, même si de plus en plus d’opérateurs se bousculent pour proposer leurs services, en sachant que le secteur de l’électricité a été libéralisé en 2014. Des entreprises spécialisées dans le solaire et la cinétique semblent conquises par l’idée d’accompagner les ZES en RDC.  

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