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dimanche 14 juillet 2024
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RDC : quelle armée pour demain ?

Les forces armées congolaises peinent à reprendre les localités qui sont passées sous le contrôle du M23 soutenu par le Rwanda. Ce mouvement rebelle, défait en 2013, a repris du service. Kinshasa semble miser sur des pays de la région pour ramener la paix dans l’est du pays en proie à l’instabilité depuis plusieurs années. La RDC, qui ne s’avoue pas vaincue, a adopté une ambitieuse loi de programmation militaire qui prévoit une hausse du budget de la défense.

Les jours se suivent et se ressemblent pour les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Rares sont les batailles qu’elles ont remportées depuis qu’elles affrontent les rebelles du M23 soutenus par Kigali. Défaits en 2013, ces rebelles ont repris les armes en novembre 2021 et conquis aisément plusieurs localités dans l’est du pays, dont Bunagana, un poste frontière avec l’Ouganda, qui a une grande importance stratégique commerciale et militaire.

Faiblesses de l’armée nationale

L’impression générale qui se dégage depuis la reprise des hostilités dans cette partie du territoire national est que l’armée congolaise ne se montre pas à la hauteur des attentes. Elle a du mal à remporter des victoires décisives et à reconquérir les zones occupées par le M23.

L’armée a du mal à remporter des victoires décisives et à reconquérir les zones occupées par le M23.

Les faiblesses des FARDC constituent un sujet de discussion récurrent. Leur histoire n’est pas banale. Sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila, qui s’est emparé du pouvoir en 1997 après un « règne » de 32 ans du maréchal Mobutu, les forces armées congolaises ont été dirigées par un chef d’état-major rwandais, James Kabarebe. Ce général, un bras droit du président rwandais Paul Kagame, a par la suite occupé le poste de ministre de la Défense dans son pays d’origine. Il est actuellement le conseiller militaire du chef de l’État rwandais.

D’anciens rebelles « gradés »

Autre spécificité, l’armée congolaise compte dans ses rangs d’anciens rebelles qui, à la faveur d’une série d’accords conclus entre le gouvernement et des groupes armés qui opèrent sur le sol congolais, ont été intégrés à l’armée tout en conservant les « grades » qu’ils avaient au sein de la rébellion. Or ces grades distribués généreusement au sein des groupes armés ne correspondaient à rien. C’est ainsi que des colonels autoproclamés au sein de mouvements rebelles sont devenus, du jour au lendemain, des colonels des FARDC. Ces rebelles absorbés par l’armée n’ont pas tous suivi une formation militaire digne de ce nom.

Des colonels autoproclamés au sein de mouvements rebelles sont devenus, du jour au lendemain, des colonels des forces armées congolaises

Critique de la Monusco

Pendant des années, les forces armées congolaises n’étant pas en mesure de mener seules des opérations d’envergure, la RDC a dû recourir au soutien logistique des troupes onusiennes. Créée en 1999, la Monusco, la mission de l’ONU en RDC, compte plus de 14 000 soldats dans le pays. Mais cette mission est vivement critiquée par des Congolais qui la jugent inefficace. Depuis quelques mois, des manifestations sont organisées régulièrement pour exiger le départ des soldats onusiens qui, par moments, sont accusés, sans preuve, de complicité avec l’ennemi et de pillage de ressources naturelles de la RDC.

Force régionale

Faute d’une armée digne de ce nom, Kinshasa semble avoir pris l’option de sous-traiter la protection du territoire national, alors que c’est l’une des premières missions de l’armée congolaise. Pour faire taire les armes, le président Félix Tshisekedi a en effet misé sur le déploiement progressif de la force régionale de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (East African Community-EAC), une organisation que la RDC a officiellement rejointe en mars 2022. Cependant, pour l’heure, la lente mise en place de cette force dans l’est de la RDC n’a pas conduit au retrait des rebelles du M23 de toutes les zones qu’ils occupent.

Le président Félix Tshisekedi a misé sur le déploiement progressif de la force régionale de la Communauté des États d’Afrique de l’Est

Il est évident que les pays contributeurs n’envoient pas leurs troupes en RDC au nom de la politique de bon voisinage, sans contreparties. Mais de quoi s’agit-il ? Le grand public n’est au courant de rien : la RDC ne communique pas habituellement sur cet aspect.

Fin de l’embargo

Pendant 22 ans, la RDC a fait l’objet d’un embargo de l’ONU sur les armes. Une décision prise au début des années 2000, face à l’étendue des violences qui touchaient alors le pays. Cette situation, perçue comme une grande injustice, empêchait la RDC de lutter contre les groupes armés qui prolifèrent dans l’Est du pays. Pour acquérir des matériels militaires, Kinshasa était dans l’obligation de prévenir le conseil de sécurité de l’ONU.

Le gouvernement congolais a souligné que la levée de l’embargo sur les armes a réparé une injustice.

Cette mesure a néanmoins été levée en décembre 2022 par le Conseil de sécurité de l’ONU, après un intense lobbying de la diplomatie congolaise. La mention de la résolution qui exigeait que les pays informent le Conseil de sécurité et ses 15 membres de toute vente d’armes ou d’aide militaire à la RDC a été retirée. Dans un communiqué, le gouvernement congolais a souligné que la levée de cette exigence a réparé une injustice.

La RDC a désormais les mains libres pour acheter les armes de son choix, sans en informer au préalable le conseil de sécurité de l’ONU. Elle est donc en mesure de se doter d’équipements militaires qui doivent permettre aux forces armées de « défendre la patrie, face notamment à l’agression rwandaise sous couvert du mouvement terroriste M23 », selon Kinshasa.

Nécessité de réformer l’armée

Joseph Kabila, aux commandes du pays entre janvier 2001 et janvier 2019, n’a pas fait grand-chose pour améliorer l’image de cette armée mal-équipée et sous-dotée. Quelles réformes faut-il entreprendre et à quel effet ?

« Il faut prendre le temps de bien faire les choses au lieu de tout faire dans la précipitation, sans planification. Il y a moyen de faire des réformes par paliers. En s’attaquant d’abord à la réorganisation du commandement des opérations par la simplification de la chaîne de commandement et la restructuration des troupes opérationnelles sur le front. Cela n’exige pas plus de trois mois pour améliorer leur efficacité », explique Jean-Jacques Wondo, spécialiste congolais des questions de défense et de sécurité.

Il faudrait laisser la coordination des opérations à un seul commandant des opérations, de préférence le commandant de la 34ème région militaire (Nord-Kivu)

« Il faudrait laisser la coordination des opérations à un seul commandant des opérations, de préférence le commandant de la 34ème région militaire (Nord-Kivu) auprès de qui tout dépendra, à l’instar de ce qui s’est fait en 2013 lorsque le feu général major Lucien Bahuma a conduit victorieusement les opérations contre le M23. Actuellement, il y a trois pôles de commandement et des interférences de Kinshasa, particulièrement de la maison militaire du président qui dédouble les structures de commandement sur le terrain. Il y a aussi des électrons libres », poursuit-il.

Une ambitieuse loi de programmation militaire

Si le tableau synoptique paraît fort peu reluisant, les choses commencent tout de même à bouger. C’est ainsi qu’une loi de programmation militaire a, pour la première fois, été adoptée en RDC. Elle prévoit notamment une hausse du budget de la défense. Le pays compte consacrer plus de 4,5 milliards de dollars à la défense entre 2022 et 2025. Il s’agit là d’un premier pas vers une réforme de grande ampleur des forces armées qui ne pourra produire ses effets que sur la durée.

Une loi de programmation militaire a, pour la première fois, été adoptée dans le pays

Celle loi devrait permettre aux troupes de bénéficier d’équipements neufs et de monter en puissance en vue de mieux faire face aux menaces auxquelles la RDC est confrontée. Il est, en outre, question du triplement des effectifs des forces armées qui se situent, en théorie, autour de 150 000 personnes.  

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