24.5 C
Kinshasa
vendredi 23 février 2024
AccueilSecteursÉducation-RechercheRDC : un festival pour célébrer le fleuve Congo

RDC : un festival pour célébrer le fleuve Congo

La troisième édition du festival Kongo River se tiendra à Muanda, en juillet 2023. Cet événement, organisé depuis 2021 par l’ONG Kongo River, tournait jusque-là autour d’un thème central : le fleuve Congo, ses bienfaits et sa préservation. D’autres sujets s’y agrègeront cette année. Vincent Kunda, artiste, dirigeant de Kongo River et initiateur de ce rendez-vous annuel, s’est confié à Makanisi.

Makanisi : quelle est la genèse du festival Kongo River ?

Vincent Kunda

Vincent Kunda : un artiste qui œuvre dans le secteur de l’événementiel est toujours en quête d’innovations. L’idée de départ était d’offrir un festival au Congo et au public congolais. Il s’agissait d’organiser un événement qui sortirait un peu des sentiers battus. Il nous fallait trouver des partenaires pour organiser un festival assez innovant à Kinshasa. Un jour, j’étais au bord du fleuve, autour d’un repas, avec des amis. Je contemplais le fleuve. Et j’ai dit à mes amis que, curieusement, il n’existait pas, en RDC, un événement qui célébrait le fleuve et le mettait vraiment en honneur. C’est ainsi que nous avons pensé à la création d’un rendez-vous annuel autour de ce fleuve. Le déclic est parti de là.

Nous avons, par la suite, commencé à travailler sérieusement sur ce projet. Nous sommes arrivés à la conclusion que l’événement devait célébrer non seulement le fleuve, mais aussi le Congo, parce que le fleuve Congo est le plus grand patrimoine naturel de la RDC. Nous avons compris les enjeux liés à ce fleuve, qui sont de divers ordres : écologiques, environnementaux, économiques – on parle de l’économie bleue –, diplomatiques, etc.  

Nous sommes arrivés à la conclusion que l’événement devait célébrer non seulement le fleuve, mais aussi le Congo, parce que le fleuve Congo est le plus grand patrimoine naturel de la RDC.

En quoi la troisième édition sera-t-elle différente des précédentes éditions ?

La première édition s’est tenue en 2021, dans un contexte assez difficile, en pleine pandémie de covid 19. Nous avons même failli l’annuler au moment où les regroupements étaient interdits en raison des restrictions induites par la pandémie. Nous avons quand même pu avoir des autorisations et lancer le festival qui s’est déroulé en un seul jour. Cette première édition comptait une conférence scientifique et un volet festif. La deuxième édition, organisée en 2022, s’est tenue selon les prévisions. Nous avons eu, au total, 5 jours d’activités et 1 jour de conférence scientifique. Des orchestres venus de plusieurs endroits, notamment de Paris, des Antilles, etc. se sont produits durant 3 jours.

La troisième édition aura la particularité de se tenir à Muanda, non loin de l’embouchure du fleuve Congo, dans la province du Kongo-Central. C’est près de Muanda que le fleuve finit son parcours et se jette dans l’océan Atlantique. La conférence scientifique s’étalera sur deux jours cette fois-ci, à la différence des éditions précédentes qui ne lui avaient consacré qu’une seule journée. Nous allons nous orienter vers l’écotourisme et le développement durable. Bien évidemment, nous allons aborder les questions liées aux érosions côtières, aux mangroves, etc. C’est dans cette partie du territoire national que se trouve la façade maritime de la RDC qui est longue d’environ 37 kilomètres.  

La troisième édition aura la particularité de se tenir à Muanda, non loin de l’embouchure du fleuve Congo, dans la province du Kongo-Central. C’est près de Muanda que le fleuve finit son parcours et se jette dans l’océan Atlantique.

Quels partenaires ont accepté de vous accompagner dans la mise en œuvre de ce projet ?

Le festival Kongo River est un projet holistique et transversal. Cela donne de la force à ce festival qui embrasse plusieurs secteurs. Prenons l’Unesco, l’organisation onusienne chargée d’instaurer la paix par la coopération internationale en matière d’éducation, de science et de culture… Le festival Kongo River parle du fleuve Congo, notre patrimoine, et du bien-fondé de l’éducation. Nous sensibilisons la population à l’adoption des comportements éco-responsables. Nous menons aussi des activités annexes pendant le festival et pendant les vacances, comme le projet Eau Congo. Nous organisons des journées pédagogiques de recherche participative, avec des enfants, sur la chimie de l‘eau, le réseau hydrographique, etc.

« Nous avons, en outre, un projet, ‘‘Pêcheurs de plastiques’’, qui a une vraie dimension écologique. Nous ramassons les bouteilles en plastique dans le fleuve. Nous sensibilisons les pêcheurs, les premiers utilisateurs de fleuve, à la propreté du fleuve. »

Nous éduquons les enfants à la base. Nous avons, en outre, un projet, ‘‘Pêcheurs de plastiques’’, qui a une vraie dimension écologique. Nous ramassons les bouteilles en plastique dans le fleuve. Nous sensibilisons les pêcheurs, les premiers utilisateurs du fleuve Congo, à la propreté du fleuve. Ils doivent s’imprégner du fait qu’ils ont le devoir de garder le fleuve aussi propre que possible.

« Nous éduquons les enfants à la base » déclare Vincent Kunda

Les bouteilles en plastique ainsi ramassées sont-elles recyclées et transformées localement ?

Nous travaillons en collaboration avec Kintoko, une société de recyclage de bouteilles en plastique. Nous leur apportons toutes les bouteilles en plastique que nous recueillons. C’est aussi une opportunité d’affaires pour les ramasseurs, parce que ces bouteilles sont vendues. Nous tentons également de faire comprendre à ces pêcheurs que les bouteilles qui sont dans le fleuve peuvent constituer une opportunité d’affaires pour eux. Ils peuvent donc les ramasser et les vendre à Kintoko.

« La guerre qui sévit dans l’est de la RDC génère des clichés et des stéréotypes. À l’extérieur du pays, de nombreuses personnes croient, à tort, que le Congo est en guerre et que rien de positif ne s’y passe. »

Le festival comporte également un volet touristique…

Il s’agit aussi, pour nous, de rendre le pays attractif pour les étrangers et d’inciter, d’une certaine manière, au retour de la diaspora. La guerre qui sévit dans l’est de la RDC génère des clichés. À l’extérieur du pays, de nombreuses personnes croient, à tort, que le Congo est en guerre et que rien de positif ne s’y passe. L’image de la RDC est mauvaise. Pourtant, le conflit de l’est est très localisé. Et partout ailleurs dans le pays, la vie continue. Il y a des coins à visiter et des choses agréables à montrer. L’image se travaille et doit rencontrer la vérité du pays.

Sur quoi portera la conférence scientifique ?

Le thème retenu est ‘‘Fleuve Congo, moteur de l’écotourisme et du développement durable pour la province du Kongo-Central’’. Il y aura quatre panels.

Le thème retenu est ‘‘Fleuve Congo, moteur de l’écotourisme et du développement durable pour la province du Kongo-Central’’. Il y aura quatre panels.

Combien de personnes sont attendues à la troisième édition du festival ?

Nous tablons sur 3000 personnes. Peut-être que nous irons au-delà de ce chiffre. Nous aurons des artistes très populaires qui pourront attirer davantage de monde.

Sur quels critères ont été sélectionnés les artistes qui prendront part au festival ?

Nous utilisons la culture comme vecteur de communication pour sensibiliser le grand public à adopter des comportements éco-responsables. Nous ciblons surtout les artistes populaires et perméables à notre cause. La liste n’est des artistes pas encore arrêtée, à ce stade.

« L’année passée, le budget s’élevait à environ 300 000 dollars pour organiser la deuxième édition. Cependant, le coût sera un peu plus élevé cette année. »

Combien coûte l’organisation d’un tel festival et d’où viennent les financements ?

Nous avons du souci au sujet du financement. L’année passée, le budget était d’environ 300 000 dollars pour organiser la deuxième édition. Cependant, le coût sera un peu plus élevé cette année. Nos prévisions font état de 400.000 – 450.000 dollars. L’ONG Kongo River apporte sa contribution financière. C’est une contribution partielle, car nous comptons aussi sur les apports de nos partenaires. L’année passée, l’ambassade des États-Unis, l’ambassade d’Allemagne, des partenaires privés, etc. se sont joints à nous. Ce n’est pas toujours facile. Il faut courir derrière les sponsors potentiels et chercher des financements à droite et à gauche. Nous comptons néanmoins changer d’approche bientôt. L’ONG Kongo River pourrait ainsi avoir ses sources de financement en développant certains produits. L’idée est que nous soyons en mesure de financer nos activités, à concurrence de 70 %. Le festival Kongo River est un produit de l’ONG Kongo River, laquelle tient à valoriser et à protéger le fleuve Congo et son bassin.

« La principale difficulté est la recherche des financements. Certains des partenaires qui nous ont soutenus l’année passée ne peuvent plus renouveler leur soutien cette année. »

C’est également un immense défi logistique à relever dans la ville de Muanda dont l’offre hôtelière est limitée…

Nous voulons développer le tourisme local. Les logements disponibles seront, avant tout, proposés aux gens qui partiront de Kinshasa. Mais le gros du public du festival viendra du Kongo-Central. Nous ciblons prioritairement les habitants de cette province.

Quelles sont les difficultés majeures auxquelles vous faites face ?

La principale difficulté est la recherche des financements. Certains des partenaires qui nous ont soutenus l’année passée ne peuvent plus renouveler leur soutien cette année. De nouveaux partenaires entrent quand même en piste. Nous voudrions avoir un réseau de partenaires qui s’engagent pour 3 ans, voire 5 ans, parce que nous voulons vraiment faire de ce festival un grand événement de la sous-région d’Afrique centrale. Il faut que nous ayons de la visibilité pour les prochaines années. Sans financements, notre expertise ne donnera rien. Les autres difficultés auxquelles nous sommes confrontés sont liées aux lourdeurs administratives. Il n’est pas toujours facile d’entreprendre en RDC. C’est un peu stressant par moments, mais on fait avec.

- Advertisment -

ARTICLES LES PLUS LUS