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dimanche 28 février 2021
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Regroupement de PME au sein d’Unicongo pour doper l’agriculture et l’élevage

Reflet de la place grandissante des PME de la filière agro-pastorale dans la vie économique du Congo, une sous-fédération Agriculture et Élevage a vu le jour en 2020 au sein de la fédération Agro-Foresterie de l’Union Patronale et Interprofessionnelle du Congo (Unicongo), un syndicat patronal fondé en 1958.

Michel Djombo, son vice-président, explique les raisons de la création de cette sous-fédération appelée à devenir une fédération à part entière. Il présente également les différents acteurs du monde rural, leurs profils, les produits et services qu’ils offrent ainsi que leurs difficultés.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu pour makanisi

Makanisi : Qu’est-ce qui explique la création d’une sous-fédération Agriculture-Élevage au sein de la Fédération AgroForesterie d’Unicongo.

Michel Djombo : L’organisation d’Unicongo correspond à celle du monde du travail, c’est-à-dire aux conventions collectives par secteurs d’activité, dont chacune a donné lieu à une fédération au sein de l’Union. Celle de l’agriculture et des forêts, qui existe depuis 1990, ne comptait, début 2020, que 5 entreprises, la plupart installées dans le nord du pays (Likouala Timber, CIB, Ifo, Mokabi, Thanry), et seulement un membre actif pour le secteur agricole (Agri-Ressources). De ce fait, peu de discussions portaient sur l’agriculture. Face aux difficultés que rencontraient les entreprises agricoles, je leur ai proposé de nous organiser et de nous fédérer. Nous avons choisi d’intégrer Unicongo, qui mène des actions pour l’amélioration du climat des affaires et apporte une aide importante à ses membres. C’est ainsi que plusieurs PME agricoles ont adhéré à Unicongo. Au lieu de créer une fédération Agriculture, on a préféré, dans un premier temps,  mettre en place une sous-fédération Agriculture-élevage, dont je suis le vice-président, à côté de la sous-fédération Forêts.

Face aux difficultés que rencontraient les entreprises agricoles, je leur ai proposé de nous organiser et de nous fédérer. Nous avons choisi d’intégrer Unicongo, qui mène des actions pour l’amélioration du climat des affaires et apporte une aide importante à ses membres.

Combien de membres compte la sous-fédération Agriculture?

M.D. : Sur les dix-sept sociétés qui formaient le groupe de discussion de départ, une douzaine ont décidé d’adhérer à Unicongo. Au 31 décembre 2020, cinq d’entre elles étaient membres de l’Union. Les  autres finalisent la constitution de leur dossier d’adhésion. Notre objectif est d’atteindre 15 membres en juin prochain. Nous pourrons alors demander à Unicongo de nous autoriser à nous séparer de la Forêt et à créer une fédération Agriculture à part entière, ce qui nous donnera une place plus importante au sein du conseil d’administration d’Unicongo.

Quelles productions représentent vos membres et futurs membres ?

M.D. : La filière élevage est représentée par la Société Générale d’élevage du Congo (Sogec), un des plus grands éleveurs de bovins du pays, La Poulequirit (aviculture) et Tolona (élevage porcin). Parmi les entreprises de la filière agricole, figurent, entre autres, Agri-Resources, Nsatou (arbres fruitiers, maraîchage), qui est aussi importateur et veut se lancer dans l’élevage avicole, Saveurs du Congo (maraîchage), qui compte 5 ha de terres près de Pointe-Noire et fait du hors-sol, et CA-Agri, fournisseur d’intrants et de services agronomiques.

Nos adhérents et futurs adhérents sont dynamiques, ont de belles marges de progression dans leurs activités. Ils veulent faire bouger les choses, faire évoluer la législation et régler les problèmes qui se posent dans le secteur agricole et l’élevage.

Nos adhérents et futurs adhérents sont dynamiques, ont de belles marges de progression dans leurs activités. Ils veulent faire bouger les choses, faire évoluer la législation et régler les problèmes qui se posent dans le secteur agricole et l’élevage.

Quels sont les problèmes auxquels sont confrontées les PME agro-pastorales ?

M.D. : Il y a les problèmes généraux, qui touchent toutes les sociétés du Congo, dont le manque de stabilité du cadre réglementaire et l’interprétation de ce cadre par l’administration congolaise. Par exemple, la loi de finances indique que sont exonérés de patentes, les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs. À Brazzaville, l’administration considère que ces catégories sont des personnes physiques. Ainsi, une personne morale ne peut pas être exonérée de patente. Les exemples de ce genre d’interprétation sont multiples.

Il y a les problèmes généraux, qui touchent toutes les sociétés du Congo, dont le manque de stabilité du cadre réglementaire et l’interprétation de ce cadre par l’administration congolaise.

Champ de manioc, près de Makoua (nord du Congo) @MDMM

Quelles sont les superficies moyennes selon le profil des agriculteurs ?

M.D. : La majorité des petits agriculteurs ont entre 0,5 et 1 hectare de terres. Les néo-ruraux, qui ne sont pas des agriculteurs de métier, ont environ 5 ha. Vient ensuite une gamme de privés plus fortunés qui se sont lancés dans l’agriculture, avec des superficies comprises entre 30 et 100 ha. Les PME agricoles, qui s’apparenteraient à des TPE en Europe, ont entre 200 et 300 ha réellement utilisés.

Les PME agricoles, qui s’apparenteraient à des TPE en Europe, ont entre 200 et 300 hectares réellement utilisés.

Certains avancent que le Congo étant à cheval sur l’équateur, il pourrait produire toute l’année. Qu’en est-il réellement ?

M.D. : Au Congo, l’agriculture est principalement pluviale. Les cultures qui exigent beaucoup d’eau, sont plantées pendant la saison des pluies, faute de système d’irrigation qui pallierait l’absence de pluie en saison sèche. Le Congo étant à cheval sur l’équateur, les saisons sont inversées, selon que l’on se trouve dans l’hémisphère nord ou dans l’hémisphère sud. Cette inversion pourrait permettre de cultiver des denrées dans la partie nord et la partie sud du pays, en fonction de la saison des pluies. Mais cela n’est vrai que pour certaines spéculations, dont les arbres fruitiers, les cultures de long terme. En revanche, le maraîchage et les cultures de court terme, comme le maïs, sont produits toute l’année au Congo. Tout dépend des investissements faits en particulier dans l’irrigation et la culture sous serre.

Quelles cultures pourraient être développées à la fois dans la partie nord et la partie sud du Congo en tenant compte de l’inversion des saisons ?

M.D. : Prenons l’exemple du safou, qui est principalement cultivé dans la partie sud du Congo. Quand il n’y en a plus au Congo, on en importe du Cameroun par avion, à des prix très élevés. En effet, étant situé dans l’hémisphère nord, le Cameroun peut produire des cultures dont le Congo ne dispose pas à la même période. Si le safou était cultivé dans la Likouala ou la Sangha, où il pleut beaucoup, et également dans un département du sud du pays, comme le Pool, le Niari ou la Bouenza, le Congo disposerait de cette denrée toute l’année,  ce qui réduirait, voire éviterait les importations en provenance du Cameroun.

Si le safou était cultivé dans la Likouala ou la Sangha, où il pleut beaucoup, et également dans un département du sud du pays, comme le Pool, le Niari ou la Bouenza, le Congo disposerait de cette denrée toute l’année, ce qui réduirait, voire éviterait les importations en provenance du Cameroun.

Même chose pour le palmier à huile, qui peut être produit de part et d’autre de l’équateur. On a fait la proposition à Socapalm, filiale de la Socfin au Cameroun, de s’installer dans des zones non enclavées au Congo. Sans résultat pour l’heure, car les décisions sont prises par la maison mère.

Toutefois, plusieurs facteurs limitent le développement de l’agriculture dans le nord forestier du Congo. Les terres y sont moins disponibles, 95 % de l’espace étant recouverts de forêts. La terre y est riche et les pluies y sont abondantes, mais l’humidité y est très forte. Le stress sur les plantes est donc important. Par exemple, des plantes, comme le maïs, sont attaquées par d’énormes chenilles, soit des coûts élevés d’intrants, qui réduisent les rendements.

Safoutier dans le département de la Cuvette (nord du Congo) @MDMM

Qui fait l’agriculture vivrière au Congo ?

M.D. : Ce sont essentiellement les petits agriculteurs qui font le vivrier. L’objectif des PME agricoles est ciblé et limité. Certaines préfèrent fournir une unité agro-alimentaire, plutôt que de mettre directement leurs produits sur le marché national. Le consommateur congolais ne connaît que l’entreprise qui lui fournit le produit final. Il connaît la Poulequirit dont il achète les oeufs, mais pas Green Peas dont le maïs sert à nourrir les poules.

Ce sont essentiellement les petits agriculteurs qui font le vivrier.

L’impact des PME agricoles sur le consommateur est indirect, alors que celui du producteur de vivrier est direct. En effet, la carence en produits vivriers est directement ressentie par le client final. En revanche, on arrive mieux à pallier l’absence de productions des PME et des grands producteurs agricoles, car des importateurs vont immédiatement combler le vide. Cela aura un impact sur les prix mais pas sur la disponibilité du produit.

Quelles sont les difficultés que rencontrent les petits producteurs ?

M.D. : Les petits producteurs n’ont pas suffisamment de moyens financiers pour produire.  Il n’y a aucun mécanisme de financement de la production. Il manque un chaînon entre le petit producteur et les fournisseurs d’intrants et de services. Il faudrait mettre en place des banques rurales qui financeraient les campagnes sur le court terme. Unicongo, via notre fédération, pourrait travailler avec les banques, leur indiquer les agriculteurs sérieux, donc les candidats aux financements fiables, et leur proposer des solutions concrètes, dans chaque bassin de production. 

Il n’y a aucun mécanisme de financement de la production. Il manque un chaînon entre le petit producteur et les fournisseurs d’intrants et de services.

Ce qui limite également les petits agriculteurs, dont le bénéfice dégagé sur une récolte reste très faible, ce sont les accidents de la vie, comme un décès, un déménagement ou une maladie, qui les obligent à puiser directement dans le chiffre d’affaires de la campagne agricole qui vient de finir. Impossible pour eux de financer la nouvelle campagne. Au Congo, dès que quelqu’un génère des revenus, il génère en même temps de nombreuses responsabilités et obligations sociales, qui le ruinent d’une année sur l’autre. Ce qui n’est pas le cas d’une entreprise.

Des privés se sont spécialisés dans des services comme la location de matériels agricoles. Djambala. @MDMM

Pouvez-vous définir ce qu’est un bassin de production ?

M.D. : Plusieurs critères définissent un bassin de production : la plante cultivée, la localisation, le climat, une spécificité de sols, les formes d’organisations paysannes, les débouchés et le lieu de commercialisation. Par exemple, Boko et Louingui, au sud de Kinkala, dans le département du Pool, forment un même bassin de production : mêmes types de sol, de lieux, limités à un ou deux districts, de spéculations et de débouchés qui est Brazzaville. Il y a homogénéité des facteurs. Le bassin de production d’Igné, qui va d’Igné jusqu’au village agricole d’Imvouba, porte les mêmes productions (manioc, patate douce, ananas, produits maraîchers), dont les débouchés sont les marchés du nord de la capitale. Les producteurs y sont organisés en coopératives. Le bassin de production du district de Mindouli, spécialisé dans les cultures maraîchères et les arbres fruitiers, écoule ses produits vers la RDC, au Kongo-Central, voire à Kinshasa.

Plusieurs critères définissent un bassin de production : la plante cultivée, la localisation, le climat, une spécificité de sols, les formes d’organisations paysannes, les débouchés et le lieu de commercialisation.

L’organisation des petits producteurs est donc plus effective qu’on l’imagine…

M.D. : Même de manière informelle, les agriculteurs congolais se sont organisés. Selon moi, les faiblesses de l’agriculture congolaise sont le financement et la formation. La terre est accessible dans chaque village pour ses habitants. L’offre en matériels s’est développée, avec des privés qui se sont spécialisés dans des services comme la location de matériels agricoles à des prix raisonnables.

Selon moi, les faiblesses de l’agriculture congolaise sont le financement et la formation.

Mais la formation reste un problème. Beaucoup de petits agriculteurs méconnaissent l’utilité des intrants, en rapport notamment avec la spécificité des sols. Les Centres d’éducation, de formation et d’apprentissage (CEFA) pourraient dispenser cette formation. Il faudrait définir différents modèles de formation et encourager l’apprentissage, très peu développé chez nous.

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