Filiale à 100 % de YAO CORP, une holding financière créée par Yacine et Omar Denis Junior Bongo Ondimba, la société Silicone Connect opère au Congo-Brazzaville en tant qu’opérateur d’infrastructures numériques et fournisseur d’accès Internet.
Dans l’entretien dont nous publions ici la deuxième partie, Gaëtan Soltesz, le directeur général de Silicone Connect, appelé prochainement à de nouvelles fonctions au sein du groupe YAO CORP, s’étend sur la fonction de fournisseur d’accès Internet dédié, positionné sur le marché du transport de gros à très haut débit et sur les perspectives de l’entreprise.
L’ambition de Silicone Connect est d’être l’opérateur des opérateurs et de renforcer le maillage de son réseau, ce qui permettra à l’entreprise d’être un acteur majeur des réseaux terrestres à haut débit en Afrique centrale et, au Congo, de devenir un pays de transit sur le plan numérique.
Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu
Fournisseur d’accès Internet dédié
Makanisi : Silicone Connect est aussi un fournisseur d’accès à internet. En quoi cela consiste-t-il ?

Gaëtan Soletsz : L’opérateur d’infrastructures gère une infrastructure passive composée de bâtiments, de câbles, de pylônes, de génie civil, etc. Cette infrastructure, qui est située dans le sol ou accrochée à un poteau électrique, est non-électrifiée et non-énergisée. C’est ce qu’on appelle la fibre noire, qui est détachée de toute transmission. Elle est constituée de câbles de fibre optique physiques. La fibre dispose de connecteurs à chaque extrémité. Pour l’allumer, et donc la rendre active, il faut la brancher à des appareils de transmission. Ce sera le rôle du fournisseur d’accès à Internet (FAI) d’installer des équipements de transmission. Il existe deux types de FAI. : ceux qui proposent l’Internet dédié et ceux qui offrent l’Internet partagé.
Internet dédié ou partagé : quelle option avez-vous retenue ?
Après avoir audité son réseau en 2021, et, sur la base des conclusions de l’audit, réparé et modernisé son réseau, entre 2022 et 2023, Silicone Connect a opté pour une offre Internet professionnellement dédiée, destinée aux grandes entreprises et aux institutions. C’est ce qu’on appelle la FTTO (Fiber to the office, ou Fibre à l’entreprise, en français), qui relie directement l’entreprise au nœud de raccordement de l’opérateur. Au Congo, seuls deux opérateurs interviennent sur ce marché de gros : l’opérateur historique et Silicone Connect, qui est un opérateur privé.
Quels sont les avantages d’un accès Internet dédié ?
Un accès Internet dédié offre plusieurs avantages. Il garantit au client de recevoir toujours et exclusivement la bande passante maximale à laquelle il a souscrit. Les vitesses de téléchargement et de débits symétriques sont très rapides, l’équipement réseau est fiable et de bonne qualité et la sécurité du réseau garanti. L’Internet professionnel dédié est différent de l’Internet partagé. Une connexion partagée signifie que la bande passante maximale est partagée avec d’autres personnes, comme les clients résidentiels d’un même quartier.
Futur opérateur des opérateurs ?
Quels sont vos clients ?
Nos clients sont des opérateurs de Telecom, comme CongoTelecom, MTN Congo, Airtel Congo, ROFA Network, ainsi que des grandes entreprises, des ONG Internationales et des institutionnels, qui ont besoin de la totalité des capacités qu’ils achètent. On peut citer Aéroports du Congo (Aerco), le ministère des Finances, la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC), l’Assemblée nationale, toutes les agences des Nations-Unies, les universités Marien Ngouabi de Brazzaville et Denis Sassou-N’Guesso de Kintélé, les mairies, certaines administrations, certains hôpitaux, etc.
Des appels d’offres sont-ils organisés avec les administrations publiques ?
Cela dépend. On répond parfois à des appels d’offres, parfois nous sommes sollicités par des administrations, qui nous font des demandes. Nous faisons aussi des propositions commerciales spontanées. Nous avons une équipe commerciale qui démarche des entreprises, notamment des pétroliers. Il y a eu une procédure de marchés publics pour le contrat de concession.
À combien s’élève le montant de vos investissements depuis votre création ?
Nous avons investi environ 10 milliards de FCFA (plus de 15 millions d’euros) depuis les 5 dernières années.
Lire aussi : Congo. Silicone Connect, opérateur d’infrastructures de fibre optique et FAI. http://optique et FAI https://www.makanisi.org/congo-silicone-connect-operateur-dinfrastructures-de-fibre-optique-et-fai/
Les perspectives : étendre le réseau interconnecté
Quels sont vos projets au Congo ?
Nous avons élaboré un plan de développement pour les cinq prochaines années. Nous avons en projet de déployer, en 2026, une liaison en fibre optique dans le département de la Likouala qui est très mal connecté à Internet. Aujourd’hui, la Likouala n’est connectée à Internet que par des liaisons satellites. Le réseau partira de Pokola (Sangha), passera par Gombo, Enyellé et Bétou pour atteindre Impfondo. Il permettra de connecter la Likouala au réseau national, via la route des forestiers entretenue par les compagnies forestières.
Ce projet sera réalisé en collaboration avec la Société des Postes et de l’Épargne du Congo (Sopeco), avec laquelle nous avons signé un protocole d’accord pour construire l’infrastructure et connecter les agences de la Sopeco à la fibre optique.
Cela permettra aussi à Silicone Connect de rendre possible le raccordement de Bétou avec Bangui, la capitale de la Centrafrique, située seulement à 200 km plus au nord. Or Bangui ne reçoit Internet que par un réseau terrestre linéaire qui la relie à Salo par Yaloke, Carnot et Berberati. En cas de problème sur le réseau existant, la capitale est coupée d’Internet. Pour les Centrafricains, il est donc impératif de construire une deuxième voie qui passera par le Congo via la Likouala.

Une connexion est-elle prévue le long du fleuve Congo ?
C’est à l’étude. Nous réfléchissons en effet à connecter Impfondo à Imboulou, le long de la rivière Oubangui et du fleuve Congo. Ce sera la construction la plus longue, la plus difficile et la plus chère. Il y a peu de clients, mais ce projet suscite un triple intérêt. Sur ce parcours, où sont déjà implantés des pylônes, des projets de construction de nouveaux pylônes sont prévus sur financement du Projet d’accélération de la transformation numérique (PATN). Certains pourront être raccordés à la fibre optique, bénéficiant ainsi de services de qualité. Par ailleurs, dans les départements de la Likouala et du Congo-Oubangui et dans la province de l’Équateur en RDC, il y a des villes où les demandes d’opérateurs sont nombreuses. Avec ce réseau fluvial, on peut fournir de la fibre optique, très haut débit, aux localités situées en bordure du fleuve Congo. Enfin, avec ce projet on peut projeter de réaliser une nouvelle et grande boucle, qui sécurisera le backbone nord.
Cette architecture n’est pas nouvelle. L’UIT travaille depuis des années sur un tel projet. Notre schéma permettra de faire l’intégration des réseaux numériques terrestres de la sous- région. Ce réseau sera très robuste grâce la redondance créée par ses différentes boucles. Raccordé à des réseaux d’autres pays de la région, il permettra à de très grands opérateurs internationaux de faire passer des corridors est-ouest, voire nord-sud. Dans le sens est-ouest, ce réseau pourra capter les grandes capacités des câbles sous-marins internationaux et les transporter via les réseaux terrestres de l’autre côté de l’Afrique. Cela représente la clientèle de demain de Silicone Connect.
Avez-vous des projets d’interconnexion avec le Gabon ?
Dans le cadre de l’initiative CAB, le Congo est interconnecté avec le Gabon depuis 2017. Le réseau va de Dolisie à Lèkoko, qui fait frontière avec le Gabon, pour atteindre Franceville, au Gabon, laquelle est reliée à Libreville par le réseau gabonais. Il est exploité par la société MAMB Services, basée au Congo et en RDC.
Notre schéma prévoit de construire une nouvelle boucle à cheval sur le Congo et le Gabon. À partir de Franceville, une bretelle sera établie avec Lékoni et Leketi, au Congo. De Leketi, un embranchement, vers le nord-ouest, atteindra Boundji et Oyo, et un autre, au sud, atterrira à Djambala. Cette boucle, conjuguée à celle formée entre Leketi, Djambala, Ngo, Oyo et Boundji, sécurisera le réseau entre Dolisie, Brazzaville, Ngo et Oyo.
Un acteur majeur des réseaux terrestres à haut débit en Afrique centrale ?
Quels sont les enjeux des interconnexions transfrontalières pour l’entreprise Silicone Connect ?
Elles sont très importantes pour notre entreprise car elles nous permettront d’avoir une clientèle d’opérateurs internationaux en RDC, au Cameroun, en Centrafrique, en Angola, au Gabon et dans d’autres pays. Aujourd’hui, nos clients sont au Congo et nous sommes clients de sociétés étrangères. Demain, nous serons le fournisseur d’opérateurs étrangers qui cherchent des partenaires régionaux pour étendre et mailler leurs réseaux et qui ont besoin de redondance.
Dès 2026, avec la réalisation du segment Owando-Ouesso, on pourra avoir des clients internationaux et faire transiter leur trafic à travers le réseau de Silicone Connect. Nous nous positionnons sur le marché du transport de gros (wholesale) à très haut débit. À terme, nos clients seront tous des opérateurs. Notre ambition est d’être l’opérateur des opérateurs.
Si nous parvenons à réaliser notre vision en 2030, nous aurons un réseau fortement maillé qui pourra prendre du trafic n’importe où dans les pays alentours et le faire transiter, de manière sécurisée, dans toute l’Afrique centrale. Cela permettra à notre entreprise d’être un acteur majeur des réseaux terrestres à haut débit en Afrique centrale et, au Congo, de devenir un pays de transit sur le plan numérique.
Rappelons que les programmes du développement de l’économie numérique au Congo et ailleurs sous-entendent l’existence d’une infrastructure de transmission moderne et très rapide. Le réseau à fibre optique de Silicone Connect est le socle indispensable pour rendre possible l’essor de l’économie numérique.
Lire aussi. Congo-B : vers une généralisation de l’usage d’Internet ? https://www.makanisi.org/congo-b-vers-une-generalisation-de-lusage-dinternet/
Vous avez été récemment nommé à d’autres fonctions au sein du groupe YAO CORP. De quoi s’agit-il ?
J’ai été le premier directeur général de la société, de 2020 à l’été 2025, et je suis très fier du travail accompli avec mes équipes. Les activités Télécom du groupe YAO CORP prenant de l’ampleur, il est devenu nécessaire de confier la gestion opérationnelle de la société à un successeur, afin de mieux assurer ma prochaine fonction de conseiller stratégique du PDG.
Dans ce nouveau poste, je consacrerai mon temps à la stratégie, pour garantir la cohérence des investissements de la holding dans le secteur des télécom. Un jour, nous rêvons qu’à travers nos sociétés, nous devenions un acteur majeur des télécommunications en Afrique centrale.














