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lundi 18 octobre 2021
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Theo Broma, du chocolat 100% bio et esalemi na RDC (made in DRC)

La filière cacao enregistre un début de relance en République démocratique du Congo. Parmi ses acteurs figure Theo Broma Congo, la start-up lancée par des entrepreneurs locaux congolais, dont fait partie Misao, une entreprise bien connue pour ses épices rares, en particulier ses poivres, que sa fondatrice Sandrine Vasselin Kabonga déniche au fin fond des provinces congolaises, dont le Sud-Kivu, met en valeur et commercialise au pays et à l’étranger. Aux épices, Sandrine a ajouté le cacao transformé en chocolat, dont les premières tablettes seront dégustées le 30 juin. Focus sur une chercheuse d’épices devenue une orfèvre de l’or noir.

Édition spéciale Indépendance 30 juin

Les tablettes de chocolat Théo Broma, édition spéciale Indépendance 30 juin

C’est avec une édition spéciale Indépendance 30 juin que l’entreprise Theo Broma fête le 61è anniversaire de l’Indépendance de la RDC et sa première production de tablettes de chocolat Théo Broma (nectar des Dieux), 100% bio et « esalemi na RDC » (made in DRC pour les anglophiles). Des tablettes de 45 grammes, fabriquées à Kingabwa (Kinshasa), du pur chocolat noir pailleté d’éclats de fèves torréfiées, contenant 80% de cacao issu des grands crus de Yaligimba.

Des tablettes de 45 grammes fabriquées à Kingabwa (Kinshasa), du pur chocolat noir  pailleté d’éclats de fèves torréfiées, contenant 80% de cacao issu des grands crus de Yaligimba.

Il aura fallu deux ans pour implanter le projet. Tout a commencé en juin 2019 quand Sandrine Vasselin Kabonga, originaire du Sud-Kivu (est), se rend à Yaligimba, dans la province de la Mongala (nord-ouest), pour mettre en place un projet de développement de poivre avec les populations locales. Cette « chasseuse » d’épices rares découvre alors des blocs de cacaoyers dans la vaste concession des Plantations et huileries du Congo (PHC), ex-Huileries du Congo belge (HCB), rebaptisées Plantations Lever du Zaïre (PLZ) en 1971, qui appartenaient au groupe Unilever.

La Mongala, une province agricole

Rien d’étonnant à cela. La Mongala est historiquement une grande région agricole. À l’époque coloniale et jusqu’à la fin des années 1980, cette province, qui était alors un district, produisait une grande variété de denrées agricoles : de l’huile de palme, du riz, des bananes, du mais, de l’arachide, des patates douces, des ignames et du cacao.

Dans la concession des PHC à Yaligimba

Les HCB possédaient à Yaligimba, dans le cercle de Bumba, une grande plantation d’huile de palme créée en 1933, au bord de la rivière Itimbiri, ainsi que des cacaoyères. La production de cacao décolla quand les PLZ, confrontées à la concurrence des producteurs sud-asiatiques sur le marché mondial, renoncèrent à planter de nouvelles palmeraies, préférant se replier sur le marché intérieur et se concentrer sur l’exportation des produits comme le caoutchouc, le thé et le cacao. 

En 1982, les PLZ possédaient 3 773 hectares de cacaoyers, soit la superficie la plus vaste du Zaïre (actuelle RDC).

Les HCB possédaient à Yaligimba, dans le cercle de Bumba, une grande plantation d’huile de palme créée en 1933, au bord de la rivière Itimbiri, ainsi que des cacaoyères.

En 1950, le groupe Unilever avait transféré à Yaligimba une station de recherches, dont l’activité était centrée sur les cultures industrielles, qui avait pris le relais de l’Ineac pour la production de graines de palmiers elaeis. Toujours opérationnelle, cette station, située à une soixantaine de kilomètres à l’est de Bumba, capitale de la Mongala, fournit des semences de palmier à huile aux planteurs congolais.

Le couple poivre et cacao

L’entreprise PHC n’étant pas intéressée par le cacao, Sandrine Vasselin Kabonga a décidé d’investir dans cette filière, après avoir finalisé la mise en place du projet poivre. Pour plusieurs raisons. Primo, le cacao et le poivre font bon ménage. Ils poussent ensemble sous le couvert forestier des grands arbres qui forment une sorte de serre naturelle et protègent les deux plantes de la lumière du soleil. Secundo, la région, située sur la ligne de l’équateur, ensoleillée et humide, est idéale pour la cacaoculture. Enfin, Misao privilégie des activités qui permettent de créer de l’emploi et des revenus pour les communautés locales. 

Le cacao et le poivre font bon ménage. Ils poussent ensemble sous le couvert forestier des grands arbres qui forment une sorte de serre naturelle et protègent les deux plantes de la lumière du soleil.

Le projet cacao, qui avait été lancé sous les activités sociales de PHC, a très vite rencontré l’adhésion des habitants de Yaligimba, notamment des femmes avec lesquelles Pierre, un agronome de la société, avait commencé à réhabiliter les cacaoyères pour les occuper et leur procurer des revenus. Avec l’appui d’un programme social du Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), ces femmes avaient acquis des techniques rudimentaires de séchage et de fermentation. Un premier pas qui a permis de relancer la production sur quelque 3 hectares. Restait à trouver des acheteurs et des partenaires. Et à s’assurer de la qualité du cacao.

Un cacao de qualité

Sandrine quitte Yaligimba avec ses 60 kg de fèves de cacao sous le bras, qu’elle fait goûter à des chocolatiers belges et à Axel-Emmanuel Gbaou, un artisan chocolatier ivoirien qu’elle avait rencontré lors d’un salon du chocolat à Bruxelles début 2020. Verdict des chocolatiers sur les fèves de cacao de Yaligimba, dont 80 % sont des variétés forastero, le reste étant des criollos : « Le cacao est de très bonne qualité ». Toutefois « les méthodes de fermentation et de séchage sont à revoir », indique Gbaou. Ce dernier apportera son expertise à Misao et ses partenaires sous la marque Theo Broma, et formera son équipe cacao depuis la sélection des variétés jusqu’à la transformation.

« Nous avons appris les techniques de plantation de cacao bio et d’associations de cultures, comment trier les fèves, fabriquer du beurre et de la poudre de cacao, des tablettes de chocolat et divers autres produits à base de beurre de cacao »

Collaboration panafricaine en amont

De gauche à droite : Axel-Emmanuel Gbaou, un planteur ivoirien d’Azaguié, Sandrine Vasselin Kabonga et Xavier Bowekomi

Pilotée par Axel-Emmanuel Gbaou, la formation a été réalisée en Côte d’Ivoire, dans son atelier puis dans ses plantations, situées à quelque 100 km d’Abidjan. « Nous avons appris les techniques de plantation de cacao bio et d’associations de cultures, comment trier les fèves, fabriquer du beurre et de la poudre de cacao, des tablettes de chocolat et divers autres produits à base de beurre de cacao. Nous avons fait cela avec nos fèves de RDC », raconte Sandrine Vasselin Kabonga.

Lors de son séjour en Côte d’ivoire, l’équipe de Theo Broma a également noué un partenariat avec des planteurs ivoiriens « qui nous ont fourni des plans de cacaoyers et apporté leur expertise sur les techniques de fermentation et de séchage ».

En RDC, Sandrine Vasselin Kabonga peut compter sur ses deux partenaires de Theo Broma pour relancer la filière dans la Mongala, améliorer les cacaoyères et transformer les fèves : Xavier Bowekomi, originaire de Kisangani, et l’entreprise PHC qui appuie le projet sur le plan logistique et financier et assure l’encadrement des populations locales pour étendre les plantations et améliorer la qualité des fèves.

Du bean to bar

Pour Theo Broma, l’objectif est de parvenir, d’ici 3 à 5 ans, à produire 5 à 10 tonnes de fèves par an, contre 2 tonnes aujourd’hui, et à faire un cacao de très bonne qualité. Actuellement la production congolaise de cacao est estimée entre 3000 et 3800 tonnes par an, ce qui positionne la RDC au 30è voire 40è rang mondial.

Parce qu’elle souhaite replacer la RDC sur la carte des producteurs internationaux de cacao de qualité, Sandrine Kabonga vise le bean to bar (de la fève à la barre chocolatée)

Parce qu’elle souhaite replacer la RDC sur la carte des producteurs internationaux de cacao de qualité, Sandrine Kabonga vise le bean to bar (de la fève à la barre chocolatée), une approche dont le chocolatier Axel Emmanuel Gbaou est l’un des précurseurs en Côte d’Ivoire. Autant dire qu’il s’agit d’une révolution car elle vise à « placer le cacao africain sur une filière de transformation et des niches de qualité et à rendre les planteurs indépendants des grands acheteurs internationaux ». Cette méthode écoresponsable « consiste à fabriquer du chocolat à partir de fèves de cacao que l’on collecte directement dans des terroirs sélectionnés en fonction des variétés de cacaoyers. C’est la filière la plus courte et la plus noble. Elle est plus chère, mais le chocolat est de qualité supérieure », explique-t-elle.

Transformation à Kingabwa

Fèves de Yaligimba

Après un premier essai de fabrication de chocolat à Bukavu, Theo Broma a ouvert une unité de torréfaction et de transformation à Kingabwa dans la commune de Limete à Kinshasa, dont l’équipe est composée de 5 personnes. C’est ici que sont fabriquées les tablettes de marque Théo Broma. Pour l’heure, l’atelier de production est alimenté par les fèves de Yaligimba, qui sont acheminées par bateau, via le fleuve Congo, jusqu’à Kinshasa.

Plus tard, Theo Broma s’approvisionnera également dans la province du Sud-kivu, où des chocolatiers belges et suisses viennent déjà se fournir en fèves forestero, intenses en goût et adaptées pour faire du chocolat au lait, et dans celle de l’Équateur.

Après un premier essai de fabrication de chocolat à Bukavu, Theo Broma a ouvert une unité de torréfaction et de transformation à Kingabwa dans la commune de Limete à Kinshasa.

Créer une véritable filière

Le projet de Sandrine Kabonga au travers de Theo Broma Congo est de créer une véritable filière. Outre des tablettes de chocolat, de 45 grammes actuellement et de 100 grammes plus tard, elle envisage de fabriquer divers produits à base de beurre de cacao pour le marché local, à des prix accessibles pour les Congolais. L’autre objectif est d’exporter les meilleures fèves. « Nous travaillerons, en aval, avec des chocolatiers de plusieurs pays ». 

Theo Broma prévoit également d’implanter une unité de torréfaction dans la Mongala. « Les fèves torréfiées seront mises sous vide et envoyées à Kinshasa. Cela créera plus d’emplois localement et l’usine se concentrera sur la transformation ».

Reste à amener les Congolais à consommer davantage de chocolat. Comment ? « Secret ! », sourit Sandrine. Pour découvrir la future gamme Theo Broma-chocolat, rendez-vous dans quelques mois à Mabele Coop à Kinshasa où les produits de Misao (poivre, cannelle et autres épices) sont déjà en vente.

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