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mercredi 4 août 2021
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Un vaccin contre la malaria suscite des espoirs

L’Institut Jenner de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, a mis au point un vaccin contre le paludisme (malaria) très attendu en Afrique où la maladie fait des ravages chaque année. D’autres vaccins jugés prometteurs dans le passé ont toutefois produit des résultats décevants. Si de nouvelles perspectives s’ouvrent pour les pays africains, la bataille n’est pas gagnée pour autant, notamment en République démocratique du Congo et au Nigeria.

Testé avec succès pendant 12 mois sur un échantillon de 450 enfants âgés de 5 à 17 mois, à Nanoro, dans la région du Centre-Ouest, au Burkina-Faso, le nouveau vaccin contre le paludisme (malaria), mis au point par des chercheurs de l’Institut Jenner de la prestigieuse université d’Oxford, au Royaume-Uni, affiche un taux d’efficacité de 77 %. Ce vaccin est le tout premier du genre à dépasser le seuil d’efficacité fixé à 75 % par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des essais à une plus grande échelle seront lancés prochainement dans quatre autres pays qui n’ont pas encore été révélés, sur 4800 enfants au total.

Ce vaccin est le tout premier du genre à dépasser le seuil d’efficacité fixé à 75 % par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)

Les infectiologues assurent généralement que la prévention reste la meilleure manière de lutter contre les pathologies. D’où la nécessité de mettre l’accent sur la recherche orientée vers la prophylaxie. La fabrication de vaccins efficaces est généralement considérée comme le principal axe de toute stratégie de lutte contre les maladies qui restent meurtrières dans plusieurs régions du continent. Le vaccin contribuerait à la chute du taux de mortalité infantile due au paludisme, qui est très élevé. Les adultes vaccinés seraient en meilleure santé et, à plusieurs égards, tout le monde profiterait d’une telle embellie.

« Il faudrait avoir à l’esprit que la malaria varie quelque peu selon les régions. Chaque région développe en quelque sorte sa maladie. Le plasmodium que l’on trouve en RDC, par exemple, n’est pas tout à fait le même que celui que l’on peut trouver ailleurs. Pour arriver à produire un vaccin qui lutte efficacement contre toutes ces formes, il va falloir beaucoup d’études et beaucoup d’investissements. Mais ce n’est pas inenvisageable. La malaria présente parfois des résistances aux traitements existants. Tout cela doit être intégré dans l’approche que l’on privilégiera », tempère tout de même le docteur Godé Imbamba, médecin responsable du Centre africain Promotion Santé (CAPS), situé à Matonge, à Bruxelles.

Entre 2010 et 2019, les financements dans le cadre du contrôle et de l’élimination du paludisme ont été apportés, pour moitié, par les États-Unis (35%), le Royaume-Uni (10%) et la France (5%)

De gros moyens financiers

Si on s’en tient aux chiffres publiés par l’OMS, entre 2010 et 2019, à l’échelle mondiale, les financements dans le cadre du contrôle et de l’élimination du paludisme ont été apportés, pour moitié, par les États-Unis (35%), le Royaume-Uni (10%) et la France (5%). La lutte contre le paludisme requiert de gros moyens financiers que les États les plus affectés ont du mal à réunir. Tous ces pays réunis ont, de leur côté, mis sur la table 31 % des fonds nécessaires. Qui financerait la fabrication du nouveau vaccin ? La question reste sans réponse, à ce stade.

Production en Inde

Si le nouveau vaccin se montre à la hauteur des attentes après les essais cliniques et s’il ne présente pas de lourds effets indésirables, il sera produit en grande quantité en Inde et vendu à prix coûtant. Le Serum Institute of India, qui pourrait se charger de la production, serait capable de livrer 200 millions de doses chaque année. Ce laboratoire pharmaceutique privé, qui est dans le top 5 des principaux producteurs mondiaux de vaccins, se trouve déjà au cœur du dispositif de production du vaccin AstraZeneca contre le covid-19, mis au point également par l’Institut Jenner. Des responsables de l’Institut Jenner tablent sur une validation de leur produit par l’OMS au plus tard en décembre 2022. Les scénarios les plus optimistes, sur lesquels ils travaillent actuellement, reposent sur ce calendrier.

Cette avancée scientifique met du baume au cœur, dans un contexte difficile, marqué par la grave crise sanitaire planétaire liée au covid-19. L’Institut Jenner n’écarte pas l’idée de déposer une demande d’autorisation en urgence. Il s’agirait, pour ce centre de recherche médicale, de se mettre en rapport avec l’Agence européenne des médicaments et l’organe de régulation au Royaume-Uni pour recueillir leur avis scientifique avant de solliciter, auprès de l’OMS, l’autorisation d’utiliser son nouveau vaccin sur le continent africain, qui en aurait le plus besoin.

Des bénéfices considérables

« Si cela marche, de nombreuses vies seront sauvées. Les médicaments existent contre le paludisme. Les personnes atteintes de formes graves de la maladie courent toutefois le risque de faire certaines formes de paralysie cérébrale. Si ce nouveau vaccin se révèle efficace, il aura un impact énorme sur le quotidien des Africains qui font, en moyenne, une crise de paludisme par an. Ces crises provoquent notamment des pertes de revenus pour de nombreuses personnes », explique le professeur Christian Happi, biologiste moléculaire et directeur du Centre d’excellence africain de recherche pour la génomique des maladies.

« Si ce nouveau vaccin se révèle efficace, il aura un impact énorme sur le quotidien des Africains qui font, en moyenne, une crise de paludisme par an »

« Si ce vaccin correspond à ce qu’on en dit et s’il est homologué, cela sera une très bonne chose pour les pays africains, ne serait-ce que sur le plan économique. Le PIB augmenterait, il y aurait de moins en moins de malades parmi les employés. Au sein de la population active, il y a régulièrement des personnes qui développent la malaria, dans des pays comme la RDC. L’absentéisme décroîtra, d’une manière ou d’une autre, si les populations sont massivement vaccinées. La productivité en sortira renforcée », observe, de son côté, le docteur Godé Imbamba.

Le vaccin contre la malaria, une vieille histoire

La recherche d’un vaccin contre cette terrible maladie infectieuse est une vieille histoire qui remonte à plusieurs décennies. La science s’est jusque-là cassé les dents. « Ce nouveau vaccin pourrait nous conduire vers un processus d’éradication du paludisme. Pourquoi pas ? Le taux d’efficacité annoncé est intéressant. L’éradication du paludisme n’est pas un objectif hors d’atteinte », précise le professeur Christian Happi.

La firme pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline croyait avoir trouvé la martingale. Et nourrissait l’espoir d’éradiquer le paludisme avec son vaccin dénommé Mosquirix

Espoirs déçus

Il n’y a pas si longtemps, la firme pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline croyait avoir trouvé la martingale. Et nourrissait l’espoir d’éradiquer le paludisme avec son vaccin dénommé Mosquirix. Mais sous la supervision de l’OMS, les essais cliniques conduits, sur une période de quatre ans, au Kenya, au Ghana et au Malawi ont donné des résultats décevants. Ce vaccin s’est révélé d’une très faible efficacité contre des cas graves relevés en particulier chez les plus petits.

Depuis 2000, le nombre de décès imputables au paludisme est passé de 680 000 à 384 000 par an sur le continent africain

Le paludisme, qu’il est pourtant possible d’éviter et de traiter, est causé par des parasites transmis à l’être humain par les piqûres de moustiques femelles infectées. Cette maladie tue des centaines de milliers de personnes chaque année dans le monde. Elle reste l’une des principales causes de mortalité en Afrique où, d’ailleurs, se recrute la grande majorité de ses victimes. Selon l’OMS, depuis 2000, le nombre de décès imputables au paludisme est passé de 680 000 à 384 000 par an sur ce continent qui a une fine connaissance des plantes médicinales. L’Afrique subsaharienne concentrait près de 93 % des cas recensés dans le monde et environ 94 % des décès attribuables à la maladie en 2018. 

En dépit des progrès considérables réalisés, grâce notamment au recours aux moustiquaires imprégnées qui ont considérablement réduit le taux de létalité de la maladie, le continent africain, qui compte plusieurs zones où la maladie est affreusement endémique, aurait tort de crier victoire trop tôt.

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