RDC. ABES : une association au service des personnes âgées

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Des responsables de l'ABES avec certains bénéificiaires de l'assistance de l'association @ABES

Depuis 2017 opère, dans le Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, l’Association pour le bien-être des séniors (ABES). Comme son nom l’indique, cette structure créée par deux jeunes de la province, vient en aide aux personnes d’un certain âge, dans un environnement où elles ne bénéficient pas de programmes sociaux. L’ABES fait ce qu’elle peut, avec les moyens du bord. Le docteur Jérémie Konkwa, qui est à la fois l’un des initiateurs de l’ABES et le responsable de sa clinique mobile, s’est exprimé sur les ambitions de cette association atypique, qui tient à élargir son rayon d’action.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu  

Makanisi : Comment est née l’idée de créer l’ABES ? 

Dr Jérémine Konkwa

Jérémie Konkwa : L’idée a germé dans la tête du docteur Pascal Kayembe, le coordonnateur. Il m’a associé à la réflexion. J’ai trouvé que c’était une belle initiative. C’est ainsi que nous nous sommes lancés dans cette aventure exaltante. Nous avons démarré avec de petites cotisations. Dans un premier temps, nous n’étions que deux, Pascal Kayembe et moi. Avec le temps, les choses ont évolué. Aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de donateurs qui nous soutiennent. Le coup d’envoi de nos activités a été timidement donné en 2017. Cependant, ce n’est qu’en 2019 que nous avons commencé à élargir notre zone de couverture.

À quelles activités se livre votre association ?

Nous portons assistance aux personnes du troisième âge. Nous rangeons dans cette catégorie  les personnes qui ont au moins 65 ans. À part les soins de santé que nous leur prodiguons, nous leur apportons des vivres et des vêtements. S’agissant des soins de santé, nous suivons tout particulièrement les personnes âgées qui ont des maladies chroniques, comme l’hypertension, le diabète, etc. Nous leur donnons des conseils utiles sur la prise de médicaments. Nous rendons visite à celles qui ont de gros problèmes de santé. Nous leur donnons, au besoin, des antiinflammatoires et des antidouleurs.

Les personnes âgées font partie intégrante de la société. Elles ne doivent pas laissées sur le bord de la route

Votre rayon d’action reste le Sud-Kivu…

Pour le moment, nous opérons dans le Sud-Kivu, particulièrement dans le territoire de Mwenga et à Bukavu. Nous envisageons toutefois d’étendre nos activités à d’autres localités du Sud-Kivu. Il s’agit aussi, pour nous, d’aller opérer en dehors de cette province, sur le sol congolais, et à l’étranger, si les moyens le permettent, bien sûr. Nous avons constaté que dans plusieurs régions d’Afrique, les personnes âgées sont quelque peu délaissées. En règle générale, leur situation ne semble pas préoccuper les pouvoirs publics. C’est ainsi que nous avons lancé cette initiative pour leur venir en aide, parce que, tout naturellement, tout être humain vieillit. Le vieillissement est un processus irréversible. Et c’est le lot de tout le monde. L’État ne se soucie pas de la prise en charge de personnes âgées dans notre pays. Nous sommes des jeunes. Les jeunes générations vieillissent aussi. Et un jour, nous ferons inéluctablement partie de la catégorie des vieux. Si la tendance n’est pas inversée, qui s’occupera de nous lorsque nos moyens intellectuels et physiques commenceront à décliner ? Personne. Nous devons donc commencer quelque part, pour que les mentalités changent dès à présent. Les personnes âgées font partie intégrante de la société. Elles ne doivent pas être laissées sur le bord de la route. 

Lire aussi : Maladies mentales : un tabou persistant dans les communautés africaines. https://www.makanisi.org/maladies-mentales-un-tabou-persistant-dans-les-communautes-africaines/

Combien de personnes, en gros, bénéficient de votre assistance ?

Pour le moment, nous portons assistance à 2633 personnes. Mais cela ne suffit pas. Nous devons faire mieux et plus. Mwenga est un vaste territoire où tant de personnes âgées dans le besoin ne bénéficient pas encore de notre programme d’assistance.

Il n’y a même pas, à ma connaissance, un gériatre à Bukavu, alors que son agglomération comptait une population estimée à près de 1,2 million d’habitants en 2022.

Comment effectuez-vous l’identification des personnes à aider ?

Quand nous arrivons dans un milieu, nous nous adressons au chef du village, au chef local ou à son représentant. Toutefois, à Bukavu, les choses se présentent différemment. Il existait déjà une structure. En effet, des personnes âgées étaient déjà regroupées au sein d’un syndicat.  Bukavu est une ville dépourvue d’établissements pour personnes âgées, les établissements appelés autrefois hospices de vieillards, en France, et communément appelés Ehpads aujourd’hui. Il n’y a même pas, à ma connaissance, un gériatre à Bukavu, qui comptait une population estimée à près de 1,2 million d’habitants en 2022.

Quel est le profil type des personnes âgées que vous assistez ?   

Toutes les personnes âgées ne sont pas forcément démunies. Nous nous occupons spécialement des personnes âgées disposant de faibles revenus. Parmi elles figurent notamment des veufs et des veuves. Ce sont des veuves de soldats et de policiers, mais aussi de civils. Nous ne faisons pas de distinction à ce niveau-là.

À ceux qui désirent nous accompagner, nous commençons par expliquer notre vision, notre mode de fonctionnement et le bien-fondé du travail que nous faisons en faveur de personnes âgées

Comment financez-vous les activités de votre association ?  

Nous avons recours à un personnel bénévole. Donc nous n’avons pas de salariés en tant que tels. Les volontaires qui se montrent disposés à travailler bénévolement avec nous sont les bienvenus. Ils consacrent une partie de leur temps à honorer leurs engagements vis-à-vis de notre association. Sans eux, l’ABES n’existerait pas. Nos activités, qui ne sont pas menées quotidiennement, se font selon les besoins. Les bénévoles ne s’y adonnent pas des journées entières. À ceux qui désirent nous accompagner, nous commençons par expliquer notre vision, notre mode de fonctionnement et le bien-fondé du travail que nous faisons en faveur de personnes âgées. Ceux qui adhèrent à notre vision nous rejoignent. Pour l’instant, nos effectifs, bénévoles et dirigeants inclus, s’élèvent à 23 personnes.

Les donateurs sont des personnes qui ont accepté librement de nous soutenir. Nous les remercions chaleureusement pour tout ce qu’ils font au profit de l’ABES. Malgré tout, les dons qui nous sont destinés ne suffisent pas à couvrir les besoins auxquels nous faisons face. Nous n’avons pas de personnes morales parmi les donateurs. Il n’y a ni association, ni société, encore moins une quelconque organisation qui nous aide financièrement.

Où sont établis vos donateurs ?

Certains de nos donateurs sont dans le Sud-Kivu, d’autres hors du territoire national, en Europe essentiellement. Les donateurs de l’étranger vivent, pour l’essentiel, en Belgique et en France. Il y a, dans leurs rangs, des Africains, mais aussi des Européens.

Je crois sincèrement qu’un budget de 30 000 dollars par an nous permettrait de répondre à plus de 80 % de nos besoins

Quels montants arrivez-vous à mobiliser approximativement chaque année ?

Par an, les dons financiers tournent autour de 5 000 – 6 000 dollars. Je dirais que nous n’avons pas encore dépassé le plafond de 6 000 dollars par an. Nos donateurs ne donnent pas des millions de dollars. Ce sont des personnes de bonne volonté qui font ce qu’elles peuvent pour nous aider. Elles sont sensibles à notre cause et perméables à l’idée que la société ne doit pas abandonner à elles-mêmes les personnes d’un certain âge.

Le Dr Konkwa visitant deux personnes âgées

Je dois tout de même signaler que les dons qui nous sont destinés ne sont pas que financiers. Nous recevons des habits, des médicaments, du matériel médical, etc. Pour relever les défis qui sont les nôtres, dans le contexte actuel, j’aurais du mal à donner des chiffres précis. Pour ce qui est de la prise en charge des personnes que nous suivons régulièrement, je pourrais néanmoins estimer à 30 000 dollars le montant qui serait nécessaire pour mener cette activité de façon optimale. Ce chiffre n’inclut pas les coûts liés à l’extension envisagée de nos opérations dans la province. Je crois sincèrement qu’un budget de 30 000 dollars par an nous permettrait de répondre à plus de 80 % de nos besoins.

Lire aussi : Coronavirus : la RDC, terre du quinquina, au centre des enjeux mondiaux. https://www.makanisi.org/coronavirus-la-rdc-terre-du-quinquina-au-centre-des-enjeux-mondiaux/

Je suppose que vous vous êtes mis en rapport avec les autorités locales et nationales pour voir si elles peuvent vous aider…

Depuis 2020, nous avons contacté les autorités provinciales. Nous leur avons expliqué le bien-fondé de notre structure et notre apport dans la société. Elles ont répondu qu’elles comprenaient bien le sens de notre démarche. Mais au bout du compte, elles se sont contentées de nous dire : « On verra » ! En réalité, depuis 4 ans, les autorités provinciales ne sont pas venues à notre aide. Rien n’a été fait en ce sens jusqu’ici.

Les gens ne se livrent plus à leurs activités d’autrefois. Ils ne vont plus faire leurs champs, ils ne cultivent plus rien…

Quel impact la guerre qui sévit dans une partie de l’est de la RDC a sur vos activités ?

L’impact de la guerre est énorme. Le nombre de veuves a augmenté considérablement dans la région. De nombreux maris sont morts sur le champ de bataille. Les gens ne se livrent plus à leurs activités d’autrefois. Ils ne vont plus faire leurs champs, ils ne cultivent plus rien… Cette situation rend la vie extrêmement difficile pour cette catégorie de population. La famine guette en permanence cette couche vulnérable dont les difficultés ont été amplifiées par la guerre. Les personnes âgées sont les premières victimes de l’agression que la RDC subit.

Quel est le regard que porte la société, surtout sa composante jeune, sur vos activités ?

Personnellement, je suis jeune, mais le sort réservé aux personnes âgées ne me laisse pas indifférent. Je serais tenté de dire que les autres jeunes ne sont pas très différents de moi. Ils voient comment les personnes âgées vivent et dans quelle situation nombre d’entre elles se trouvent. Je constate que de nombreux jeunes voient d’un bon œil les activités que nous menons. Sans fausse modestie, je serais tenté de dire que le regard de la société sur nos activités est positif.

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