Cet entrepreneur congolais (RDC), né en France, a fait ses débuts dans la vie professionnelle entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Installé depuis plus d’un an à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, Ken Kakena se lance dans une nouvelle aventure qui vise à démocratiser l’accès aux services financiers dans ce pays et, à terme, sur le continent. Mekka, la start-up qu’il a créée avec ses associés, veut aider les opérateurs économiques à améliorer la gestion financière de leurs activités.
À 35 ans, Ken Kakena n’a pas fini de piloter des projets destinés à transformer le paysage financier de l’Afrique, son terrain de prédilection. Né en France, de parents congolais, ce serial entrepreneur est titulaire d’un master II en marketing obtenu à l’Istec – une école supérieure de commerce et marketing parisienne bien réputée.
Il parcourt la région du nord au sud, d’est en ouest, pour entreprendre la transformation numérique des établissements financiers
Consultant en Côte d’Ivoire
Ken Kakena débarque en 2013 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en tant que consultant, pour le compte d’Advise Consulting & Technology, un cabinet français de conseil en management, qui commence alors à s’implanter à l’étranger. Abidjan est le tout premier bureau que ce cabinet ouvre hors de France. Il devient vite le visage du groupe en Afrique de l’Ouest. Il parcourt la région du nord au sud, d’est en ouest, pour entreprendre la transformation numérique des établissements financiers. « La sous-région ouest-africaine, avec Abidjan et Dakar, offrait des opportunités pour les diplômés venant de France », explique-t-il.
Si le projet vise, dans un premier temps, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, l’idée est de l’étendre, par la suite, à une série d’autres pays africains
Wizall
Deux ans plus tard, il décide de tourner la page d’Advise Consulting & Technology et de donner une nouvelle dimension à son parcours professionnel. Il se met à son compte, s’associe avec deux de ses anciens patrons et devient le cofondateur de Wizall, dont il dirige la filiale en Côte d’Ivoire.
Cette fintech (entreprise qui recourt aux progrès technologiques et numériques pour innover dans les secteurs de la finance et de la banque) développe des services financiers digitaux. Si le projet vise, dans un premier temps, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, l’idée est de l’étendre, par la suite, à d’autres pays africains et de l’ouvrir à la diaspora africaine. Wizall veut sortir des sentiers battus.
Dans la palette de services simples proposée par cette société, à des tarifs défiant toute concurrence, figurent, en bonne place, le transfert d’argent et le paiement digital, ainsi que des produits financiers basés sur la monnaie électronique. Les personnes à faible revenu, qui opèrent dans le secteur informel, peuvent ouvrir un compte sur la plateforme Wizall, sans qu’elles ne soient nécessairement titulaires d’un compte bancaire.
Avec le soutien de la multinationale Total Energies, qui met plus de 3 millions de dollars dans le projet, la fintech parvient à décoller en moins de cinq ans. Wizall poursuit son expansion et ses conquêtes territoriales, avant d’être avalée par la Banque centrale populaire du Maroc, devenue son actionnaire majoritaire en 2019.
« Mekka vient du verbe ko meka, en lingala, qui signifie tenter. J’ai mis deux K en référence à mes initiales »
Nouvelle société, nouveaux défis
Ken Kakena quitte la société en 2023, pour tenter de relever d’autres défis. Il crée Mekka, avec Elvis Olachegoun, un ancien directeur de la technologie (CTO) de Wizall, et Stéphanie Assi, une entrepreneuse ivoirienne, qui, à travers son agence Meraky, établie à Abidjan, œuvre pour le développement du numérique et de l’intelligence artificielle en Afrique. « Mekka vient du verbe ko meka, en lingala, qui signifie tenter. J’ai mis deux K en référence à mes initiales », révèle-t-il. Mekka, dont le siège est à Kinshasa, où Ken Kakena s’est installé après son départ de Wizall, dispose également d’une équipe technique qui est principalement à Abidjan.
« En Afrique francophone, la quasi-totalité des opérateurs économiques, 90 % en moyenne, sont dans l’informel »
« Nous sommes partis du constat que, de façon générale, en Afrique francophone, la quasi-totalité des opérateurs économiques, 90 % en moyenne, sont dans l’informel. Et la grande majorité des transactions entre eux sont effectuées manuellement, en cash. Ces transactions échappent complètement au système financier qui est structuré. Ces opérateurs demeurent pauvres, ne progressent pas et peuvent difficilement interagir avec les principaux fournisseurs, distributeurs et même les banques », souligne le jeune entrepreneur. Même s’il n’a pas la même ampleur partout en Afrique, ce phénomène s’observe dans des villes comme Kinshasa, une mégapole de quelque 12 millions d’âmes, Abidjan ou Dakar.
Mekka entend aider les opérateurs économiques à recourir à des outils simples pour améliorer la gestion financière de leurs activités. Bien souvent, ils fonctionnent à l’ancienne. Pour s’approvisionner en marchandises, par exemple, ils se rendent physiquement chez le fournisseur, passant ainsi des heures dans des embouteillages monstres qui caractérisent le quotidien du trafic routier dans certaines capitales africaines, alors que cette opération peut être effectuée via leur téléphone portable.
« Une société de Kinshasa, grande ou petite, pourrait passer ses commandes et en recevoir à l’aide de notre application. Dès qu’elle marque son approbation, le système envoie la facture et le lien de paiement. Depuis je ne sais quel quartier de Kinshasa ou d’Abidjan, on pourrait, sans se déplacer, être en interaction avec les fournisseurs et les revendeurs et en même temps développer son business », note Ken Kakena.
Numérisation des commandes et des ventes
Mekka table sur la numérisation des commandes et des ventes pour amasser suffisamment de données en vue de faciliter les échanges entre les opérateurs, d’un côté, et, de l’autre, la microfinance et les banques. Ils pourraient ainsi accéder au crédit, à l’assurance et à des produits d’épargne. Il s’agit, pour cette start-up, de démocratiser l’accès aux services financiers en Afrique.
« Nous prévoyons d’investir entre 10 et 15 millions de dollars, dans les 5 prochaines années, dans le développement de cette néo-banque »
« Nous avons mis 6 mois pour développer le produit. Nous avons d’abord levé les fonds nécessaires à la mise en route de ce projet. Nous prévoyons d’investir entre 10 et 15 millions de dollars, dans les 5 prochaines années, dans le développement de cette néo-banque qui bousculera le secteur financier africain », explique-t-il.
Des investisseurs connus accompagnent Mekka dans cette aventure. Dans le lot, se trouve le fonds Digital Africa, une filiale de Proparco, qui fait partie de l’Agence française de développement. Le lancement officiel de Mekka en RDC est fixé au 3 février 2025 et en Côte d’Ivoire, trois mois plus tard.
L’initiateur de Mekka considère que la RDC est un pays important dans la transition numérique et écologique de la planète
Kinshasa, futur hub de la technologie financière ?
« Le but est de positionner Mekka, la start-up, comme une néo-banque. Cela veut dire que Mekka compte embrasser le domaine des produits financiers numériques, incluant les nano-crédits, les crédits spontanés, le volet assurances… », explique Ken Kakena, qui tient à faire de Kinshasa un véritable hub africain en matière de technologie financière.
L’initiateur de Mekka considère que la RDC est un pays important dans la transition numérique et écologique de la planète et dans la fourniture de minerais stratégiques utilisés notamment dans la lutte contre le dérèglement climatique.
« Notre ambition est de devenir la première licorne congolaise »
« La RDC est l’endroit idéal. La population est là, la demande est là… Il suffit de faire venir les investisseurs et de développer des start-ups. Notre ambition est de devenir la première licorne congolaise, c’est-à-dire la première start-up de ce pays valorisée à plus d’un milliard de dollars. Il s’agira, pour nous, de développer un vrai écosystème à Kinshasa et de le connecter à ceux d’Abidjan et de Dakar qui sont aujourd’hui plus avancés », souligne-t-il. Dans ce secteur, la RDC pourrait devenir un poids lourd, grâce à la taille de son marché : c’est un pays de quelque 100 millions d’habitants qui n’est pas dépourvu de talents. Et selon certaines prévisions, cette population, majoritairement jeune, pourrait passer à quelque 120 millions à l’horizon 2030.
« Pour investir dans l’innovation, il faut des instruments et des acteurs prêts à prendre des risques »
Difficultés
Ken Kakena se heurte toutefois à certaines difficultés qui n’entament pas son moral, car il pense, au fond de lui-même, qu’elles ne sont pas insurmontables. « Il n’y a pas d’investisseurs en capital risk en RDC. Pour investir dans l’innovation, il faut des instruments et des acteurs prêts à prendre des risques. Ils existent en Égypte, au Nigeria, au Kenya, en Afrique du Sud, etc. Mais on n’en trouve pas en RDC, en particulier, et en Afrique centrale, en général. Donc c’est compliqué de se faire financer. Malgré tout, nous avons pu attirer des investisseurs africains qui effectuent leurs premiers investissements en RDC. Et nous en sommes fiers. Le second écueil est lié à la faible pénétration du réseau Internet. Ce sont là des défis qui se présentent à nous et que nous tenons à relever, car des verrous sont en train de sauter », tranche-t-il, avec une pointe d’optimisme.
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