La filière zinc de la République démocratique du Congo (RDC) renaît. Après l’arrêt, en 1993, de la production de la mine de Kipushi, dans la province du Haut-Katanga, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de Lubumbashi, la capitale provinciale, la seule production de zinc réalisée jusqu’en 2023, provenait essentiellement du retraitement de rejets par des exploitants artisanaux.
La relance, en juin 2024, par Kipushi Corporation SA (Kico SA), de l’exploitation de la mine de zinc de Kipushi, la plus grande d’Afrique, change profondément la donne. Pour trois raisons. Primo, c’est actuellement la seule opération de taille industrielle qui produit du zinc en RDC. Secundo, les volumes de production à venir feront du pays un des plus importants producteurs mondiaux de ce métal. Tertio, le gisement, situé à une profondeur de 1250 mètres, héberge des ressources indiquées et mesurées de 12 millions de tonnes (Mt), à une teneur moyenne de 35,34 % de zinc, soit la plus forte au monde.
La société Kipushi Corporation SA (Kico SA) est une joint-venture entre Kipushi Holding Ltd, une filiale à 100% du canadien Ivanhoe Mines, qui détient 62 % des actions, et la Gécamines (38 %), la société minière publique congolaise (38%). De 32%, pendant la phase de construction des infrastructures, la part de la Gécamines est passée, en effet, à 38%, en janvier 2024. Elle devrait atteindre 43 % à partir du 25 janvier 2027. La mine contribue à l’emploi local, avec 97 % de son personnel composé de Congolais.
Kipushi Corporation SA (Kico SA) est une joint-venture entre Kipushi Holding Ltd, filiale du canadien Ivanhoe Mines (62 %), et la Gécamines (38 %)
De Prince Léopold à Kipushi
Anciennement appelée Prince Leopold, la mine de Kipushi a fonctionné de 1924 à 1993. Elle a produit au total 60 millions de tonnes de zinc, pour une teneur en zinc de 11 % et de 7 % en cuivre, durant cette période. Elle a également produit 12 673 t. de plomb et environ 278 t. de germanium entre 1956 et 1978.
En 2006, la Gécamines a lancé un appel d’offre international pour relancer les activités de la mine de Kipushi en arrêt de production depuis 1993. Le marché a été remporté par la société de droit suisse United Resources AG. La convention d’association entre la Gécamines et United Resources AG, qui prévoyait la création d’une société de joint-venture dénommée Kipushi Corporation Sarl (Kico), a été signée le 4 février 2007. L’entrée de Kipushi Holding dans Kico date de novembre 2011.
Réouverture de la mine en 2024
Plus de douze ans ont été nécessaires pour remettre en état les infrastructures de la mine, dont l’exploitation avait été mise en veilleuse fin 1993. Laissées à l’abandon pendant toutes ces années, les infrastructures souterraines étaient, en effet, très détériorées. Des travaux, y compris ceux préparatoires à l’exploitation minière, ont donc été engagés. Ils ont été achevés en 2024. De même, il a fallu remettre en état les infrastructures de surface, dont le concentrateur et le convoyeur qui transporte le minerai depuis le puits 5 jusqu’au concentrateur.
Lancés au cours de la deuxième moitié de 2022, les travaux de terrassement et de génie civil du concentrateur ont été finalisés en mai 2024. Le premier concentré de zinc a été produit le 14 juin et la mine officiellement inaugurée en novembre 2024.
Le premier concentré de zinc a été produit le 14 juin et la mine officiellement inaugurée en novembre 2024.
Lire aussi : La RDC, 1er producteur mondial de cobalt en 2024. https://www.makanisi.org/la-rdc-1er-producteur-mondial-de-cobalt-en-2024/
Production commerciale
La finalisation du concentrateur, d’une capacité de traitement de 800 000 tonnes de minerai par an, soit l’équivalent de quelque 278 000 t. de zinc contenu, avec de faibles niveaux d’impuretés, selon Ivanhoe Mines, a donné le top de départ de la production commerciale.
En 2024, la mine de zinc de Kipushi a produit 50 307 tonnes de zinc contenu, selon un communiqué d’Ivanhoe Mines, datant du 8 janvier 2025. La production est légèrement inférieure aux prévisions, en raison de problèmes opérationnels, notamment de l’instabilité de la fourniture d’électricité.
En 2025, qui marquera la première année d’exploitation complète de la mine, « les projections de production se situent entre 180 000 et 240 000 tonnes de zinc contenu. En 2026, la production devrait s’établir à 250 000 t. de zinc contenu », informe Olivier Binyingo, vice-président exécutif d’Ivanhoe Mines. La production pourrait atteindre 278 000 t. par an, au cours des 4 années suivantes.
Pour faire face aux prévisions d’augmentation de la production, la capacité de traitement du concentrateur sera portée à 960 000 t/an de minerai. Les travaux de mise à niveau de l’usine devraient être finalisés au cours du 3ème trimestre 2025.
En 2025, les projections de production se situent entre 180 000 t. et 240 000 t. de zinc contenu. En 2026, la production devrait s’établir à 250 000 t. de zinc contenu
Production de concentrés de zinc
Le projet Kipushi étant focalisé sur l’exploitation du zinc, même si des indices d’autres métaux pourraient conduire à des explorations, le produit final de Kico sera du concentré de zinc. « Pour Ivanhoe Mines, la transformation n’ira pas au-delà du concentré. Il appartient à la Gécamines d’aller plus loin, ou non, dans la valorisation du concentré », note Binyingo. Le zinc a plusieurs usages. Outre son utilisation dans le processus de galvanisation de l’acier, pour éviter sa corrosion, il entre également dans la fabrication d’engrais et de suppléments de nutrition. L’option engrais pourrait être un débouché pour l’industrie locale, la RDC ayant un fort potentiel agricole.
Évacuation des produits
Depuis Kipushi, où se trouve l’usine, les concentrés de zinc sont acheminés, par camions, jusqu’à la RN 37, qui relie Kipushi à Lubumbashi, puis empruntent la RN1 jusqu’à Kasumbalesa, poste frontière avec la Zambie. Pour l’heure, « aussi bien à l’entrée qu’à la sortie de notre site, les camions circulent tard le soir et durant la nuit, pour des raisons de sécurité », explique Olivier Binyingo. À terme, ils passeront par une route de contournement, dite route des Poids-Lourds, de 13 km de long, qui est en phase de construction. Sa réalisation permettra aux camions d’éviter de traverser le centre urbain de Kipushi.
Arrivés à Lubumbashi, les concentrés sont transportés, via la RN1, jusqu’à Kasumbalesa, avant de pénétrer en Zambie, d’où ils sont dispatchés vers trois ports : Dar-es-Salaam (Tanzanie), Durban (Afrique du Sud) ou Walvis-Bay (Namibie). De là, ils sont exportés par bateau vers leur destination finale.
Le transport des concentrés a un coût financier élevé. « L’impact du coût logistique est très important pour l’entreprise, le prix mondial du zinc n’étant pas aussi élevé que celui du cuivre », indique Binyingo.
Ivanhoe Marketing a conclu des accords d’enlèvement (off-take) avec CITIC Metal Company, spécialisée dans le négoce de métaux ferreux et le négociant Trafigura Asia Trading.
Acheteurs
Ivanhoe Marketing a conclu des accords d’enlèvement (off-take) portant sur des concentrés de zinc de Kipushi, avec deux acheteurs, des négociants de matières premières. L’un est CITIC Metal Company, une filiale de Citic Metal Group basée à Hong Kong, qui est spécialisée dans le négoce de métaux ferreux. L’autre est le négociant Trafigura Asia Trading, établi à Singapour. D’autres accords d’achat devaient être également signés. Par ailleurs, des facilités de financement, d’un montant total de 170 millions de dollars, ont été mises en place par CITIC Metal Co (60 M$), Trafigura (60 M$) et First Bank RDC de Kinshasa (50 M$), selon un communiqué de Ivanhoe Mines datant de juillet 2024.
Lire aussi : La RDC, 2ème producteur mondial de cuivre métal en 2024. https://www.makanisi.org/la-rdc-2eme-producteur-mondial-de-cuivre-metal-en-2024/
Énergie
Comme ses consoeurs, l’entreprise minière est affectée par le déficit énergétique qui sévit en RDC, y compris dans le Grand Katanga, et par l’instabilité du réseau de la Société nationale d’électricité (SNEL).
D’environ 20 MW actuellement, les besoins en électricité de Kico passeront à 25 MW fin 2025, avec l’augmentation des volumes de concentrés de zinc produits. L’électricité de la SNEL provient de la centrale hydroélectrique Inga 2, dont les travaux de réhabilitation du groupe 5 sont réalisés dans le cadre d’un partenariat public-privé entre la SNEL et Ivanhoe Mines Energy, une filiale 100 % de Kamoa Holdings Ltd. « Nous intervenons aussi sur des travaux de stabilisation des infrastructures de transmission et de distribution pour améliorer la stabilité du réseau sud », précise Binyingo.
Près de 14 MW sont garantis, par ailleurs, par des groupes électrogènes installés sur le site. « Nous espérons que les 25 MW, dont nous aurons besoin, seront couverts par la SNEL fin 2025. Toutefois, même si le déficit était résorbé, les infrastructures de la SNEL pourraient être défaillantes. Aussi, par prudence, nous garderons l’option groupe diesel comme plan B dont nous renforcerons les capacités pour éviter des pertes de production et garder la mine sèche. L’idéal serait ne pas avoir trop besoin de cette option, mais elle reste un garde-fou si l’on veut respecter les objectifs de production », signale Binyingo. L’idée d’installer du solaire est également envisagée.
D’environ 20 MW actuellement, les besoins en électricité de Kico passeront à 25 MW fin 2025, avec l’augmentation des volumes de concentrés de zinc produits.
Environnement
Outre les options d’énergie propre et renouvelable, que souhaite renforcer l’entreprise, la question de l’impact négatif de certaines opérations minières sur l’environnement reste posée. « Nous sommes soutenus aux niveaux provincial et national pour minimiser ces impacts », note Binyingo. Les opérations minières sont réalisées en milieu urbain, avec les nuisances de toutes sortes que l’on peut imaginer. La construction de la route de contournement devrait permettre d’éviter la cité et ainsi de limiter les problèmes de poussière, de nuisances sonores et de risques d’accidents de circulation. Dans le process de production, l’entreprise s’emploie également à aller vers les solutions technologiques les plus modernes et les moins polluantes.














