Les provinces du Corridor de Lobito : le Lualaba en RDC. 1. L’économie

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Carte du Lualaba et de ses 5 territoires. Source : Plan de Développement Provincial 2019-23.

Dans le cadre du projet du Corridor de Lobito, Kolwezi constitue le terminus Est de ce vaste réseau ferroviaire, composé de deux voies ferrées connectées : le Chemin de fer de Benguela, en territoire angolais, long de quelque 1370 km, qui relie le port maritime de Lobito, au bord de l’Océan Atlantique, à Luau, ville frontière avec la République démocratique du Congo (RDC), et le tronçon Dilolo-Kolwezi du réseau ferroviaire congolais de la Société nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC), qui traverse la province du Lualaba en RDC.

Loin d’être une simple gare, Kolwezi est la capitale de la province du Lualaba, issue du démembrement de l’ancien Katanga en 2015. Après des périodes plus ou moins fastes, la montée en puissance de l’exploitation minière enclenchée au début des années 2010 a permis à la ville de retrouver sa vocation de grand centre minier, un statut qu’elle avait acquis dès l’époque coloniale. Et de capitale mondiale du cobalt aujourd’hui. De quoi faire rêver ou trembler les grandes places boursières internationales.

En quelques années, Kolwezi s’est profondément transformé et équipé. Le chef-lieu du Lualaba abrite, en effet, un immense aéroport, le plus moderne de toute la RDC selon certains, tandis qu’un réseau dense de voieries encercle et traverse la cité dans laquelle immeubles de toutes sortes et hôtels ont poussé comme des champignons, à deux pas des concessions minières.

Mais le Lualaba, que la nature a doté d’un capital minier exceptionnel, dont Kolwezi est la vitrine, est une province à deux visages : l’un minier, industriel et relativement équipé, à l’est, et l’autre, rural et assez démuni en infrastructures, à l’ouest. C’est aussi une province à deux vitesses où la pauvreté côtoie des ilots d’opulence et où les défis en matière d’infrastructures et d’environnement ne manquent pas.

Le Lualaba est une province à deux visages : l’un minier, industriel et relativement équipé, à l’est, et l’autre, rural et assez démuni en infrastructures, à l’ouest.

Dans le sud-est de la RDC

Située dans le sud-est de la RDC, la province du Lualaba doit son nom au grand fleuve, qui prendra le nom de Congo quelque 1750 km plus au nord, à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo. Bien que né dans le Haut-Katanga, ce fleuve la traverse du sud au nord dans sa partie est, avant de se diriger vers le Haut-Lomami puis le Tanganyika.

La province s’étend sur 121 308 km². Ses quelque 3,4 millions d’habitants se répartissent, inégalement, entre ses 5 territoires : Lubudi, Mutshatsha, Sandoa, Dilolo et Kapanga. Outre le français, la langue officielle, et l’anglais, indispensable dans une région qui attire des investissements internationaux, le swahili, l’une des quatre langues nationales du pays, y est très largement parlé. 

Du découpage de l’ex-Katanga en quatre provinces, le Lualaba a hérité d’un positionnement géographique et géologique très favorable. Il est situé, en effet, dans la « copperbelt »,  la ceinture de cuivre, qui se prolonge dans le Haut-Katanga et en Zambie.  Il est ainsi frontalier,  à l’ouest et au sud, avec l’Angola, et, au sud, avec la Zambie.  En territoire congolais, ses quatre voisins sont le Haut-Katanga, le Haut-Lomami, le Lomami et le Kasaï Central.

L’économie du Lualaba gravite autour de l’exploitation minière, qui représente plus de 70 % du Produit intérieur brut (PIB) provincial.

Les deux poumons miniers

L’économie du Lualaba gravite autour de l’exploitation minière, qui représente plus de 70 % du Produit intérieur brut (PIB) provincial. Outre le cuivre et le cobalt, la province renferme de l’or, du manganèse, de l’étain et des matériaux de construction, dont du calcaire.

Toutefois, l’activité minière industrielle et à grande échelle, qui porte principalement sur l’exploitation du cuivre et du cobalt, est centrée sur le territoire de Lubudi, le plus à l’est,  et celui de Mutshatsha, où se trouve Kolwezi. Ces territoires forment les deux poumons miniers de la province.

La mine de cuivre de Kamoa Kalula @Ivanhoe Mines

Productions record de cuivre et de cobalt

Selon le bulletin de statistiques minières, publié, en janvier 2025, par la Cellule Technique de Coordination et de Planification Minière (CTCPM) du ministère congolais des Mines, la province a fourni, en 2024, 1 843 226 tonnes de cathodes de cuivre, soit 62 % de la production nationale (3 100 234 t.) et une grande part des 198 844 t. de cobalt métal produits au niveau national.

Loin de se limiter à la production de cuivre et de cobalt métal, le Lualaba mise sur la production de précurseurs de batteries, de batteries, et potentiellement sur l’assemblage de véhicules électriques à partir des matières premières locales. Cette industrie devrait être domiciliée dans la future Zone économique spéciale (ZES) de Musompo, dont les travaux d’aménagement ont été lancés en mars 2025. Reste à concrétiser ce projet, qui devrait être réalisé en partenariat avec la Zambie.

Les effets négatifs de l’activité minière se font sentir à deux niveaux. Faute de terres et de main d’oeuvre disponibles, l’activité agricole (maïs, manioc et haricot) y est réduite et l’élevage limité à des bovins et des caprins. En outre, selon l’ONG Afrewatch, la province a perdu 5550 km2 de forêts de miombo, entre 2001 et 2023, dont 388,5 km2 dus à l’activité minière.

Lire aussi : La RDC, 2ème producteur mondial de cuivre métal en 2024 https://www.makanisi.org/la-rdc-2eme-producteur-mondial-de-cuivre-metal-en-2024/

Les majors chinois en tête

L’activité minière mobilise de grandes sociétés étrangères, la plupart en partenariat avec la Gécamines. Fait notable, la majorité d’entre elles est contrôlée par des groupes chinois. Parmi ces derniers figurent, en effet, CMOC Group Ltd. Selon le rapport financier 2024 du groupe, ses deux filiales en RDC (TFM et KFM Kisanfu) ont livré, en 2024, 650 161 tonnes de cuivre métal (60 % de la production congolaise) et 114165 t. de cobalt métal, faisant de ce groupe chinois le premier producteur de cobalt en RDC.

L’activité minière mobilise de grandes sociétés étrangères, la plupart en partenariat avec la Gécamines. Fait notable, la majorité d’entre elles est contrôlée par des groupes chinois.

D’autres majors de l’Empire du Milieu opèrent dans ces deux territoires : Jinchuan group (Ruashi Mining), Tengyuan Cobalt, Zijin Mining  (Commus et Kamoa Copper, en partenariat avec le canadien Ivanhoe Mines), China Nonferrous Metal Mining Corporation (Somidez), ainsi que le consortium Sinohydro/ Greg (Sicomines) et Chengtun Mining (Kalongwe)…

La zone minière de la province abrite également les concessions du suisse Glencore dont les deux filiales (KCC et Mumi) ont produit 226 433 t. de cuivre et 35100 t. de cobalt en 2024, et Metalkok RTR (102 240 t.), filiale du kazakh Eurasian Resources Group (ERG). À côté de ces grands groupes, on trouve des coopératives artisanales, opérant dans la filière cuivre-cobalt,  et des entreprises de taille moyenne, chinoises et congolaises, qui exploitent des carrières de manganèse.

Le Lualaba agricole

Formé des territoires de Dilolo, Sandoa et Kapanga, le « Luabala Ouest » a une vocation plutôt agricole, pastorale et piscicole. Certes, l’activité minière n’y est pas absente. Mais elle porte sur de faibles volumes et des minerais ou matériaux comme l’or alluvial et les matériaux de construction, dont le calcaire. Cette activité est artisanale ou réalisée par de petites structures.

Les principales productions agricoles des trois territoires, dont les terres arables bénéficient d’une bonne pluviométrie, sont le maïs, le manioc, l’arachide, le riz paddy, le haricot, la patate douce et les fruits (bananes, agrumes). L’élevage (bovins, caprins, ovins, volaille), souvent extensif, et la pêche dans les nombreuses rivières et les marais complètent la panoplie des activités dans cette partie du Lualaba.

Formé des territoires de Dilolo, Sandoa et Kapanga, le « Luabala Ouest » a une vocation plutôt agricole, pastorale et piscicole.

Commerce de détail vs fournisseurs de services aux miniers

Dans son rapport 2021 sur le Lualaba, l’Unicef souligne « qu’autour de l’activité minière s’est développé l’entreprenariat en qualité des fournisseurs de services, biens de consommation et d’équipement divers aux entreprises minières. Concernant le commerce général, c’est un moyen de subsistance et de survie ». Force est de constater, en effet, qu’excepté dans les territoires miniers où a émergé une sous-traitance de haut niveau indispensable pour l’industrie minière, partout ailleurs, le commerce est limité et local. 

Seul le territoire de Dilolo, traversé par la RN 39 et la voie ferrée, qui relie Kolwezi à Luau en Angola, a une activité commerciale plus développée. Ce commerce transfrontalier est basé sur l’échange de produits vivriers, de bétail et de biens manufacturés. La douane de Dilolo est d’ailleurs une source de recettes locales (douanes, taxes sur les carburants et autres marchandises, etc.).  Sa position de carrefour fait de ce territoire une porte commerciale potentielle entre la RDC et l’Angola, à la fois pour les flux miniers et agricoles. Des petits marchés frontaliers permettent aussi des échanges avec les pays voisins. 

Une complémentarité à inventer

Avec trois millions d’hectares de terres fertiles, potentiellement exploitables, et une main-d’œuvre disponible, les territoires de Dilolo, de Sandoa et de Kapanga pourraient nourrir les territoires miniers de Lubudi et de Mutshatsha. Ces derniers sont des marchés de consommation qui concentrent la demande alimentaire et disposent d’un pouvoir d’achat.

Avec trois millions d’hectares de terres fertiles et une main-d’œuvre disponible, Dilolo, Sandoa et Kapanga pourraient nourrir les territoires miniers de Lubudi et de Mutshatsha. Mais dans la réalité, la complémentarité n’existe pas.

Mais dans la réalité, la complémentarité n’existe pas. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. En premier, le manque d’infrastructures de transport, de stockage et énergétiques qui limitent les échanges et donc la production et sa transformation. L’autre facteur est la difficulté pour les petits agriculteurs et éleveurs d’accéder à des crédits bancaires par manque de regroupements en coopérative et en raison d’une fiscalité et d’une parafiscalité inadaptées qui les rend peu compétitifs.  

Ainsi, malgré un potentiel certain, l’agriculture provinciale n’arrive pas à nourrir le Lualaba minier. Pour couvrir leurs besoins alimentaires, les zones minières dépendent en grande partie des provinces voisines et des importations, notamment en maïs en provenance de la Zambie.

Lire aussi : Haut-Katanga, Lualaba : l’impact négatif du recul de la forêt miombo. https://www.makanisi.org/haut-katanga-lualaba-limpact-negatif-du-recul-de-la-foret-miombo/

Une économie peu diversifiée

Avec une croissance économique estimée à 5-6 % en 2024-2025, l’économie provinciale est dynamique. Mais cette croissance est tirée par les investissements directs étrangers dans le secteur minier, soit quelque 2 milliards de dollars en 2024. D’où une dépendance à l’industrie extractive, avec tous les risques connus à la clef. Le rapport de l’UNICEF note que « lorsque le secteur minier est en difficultés, l’activité économique en général est paralysée du fait d’une économie peu diversifiée ».

L’agriculture et l’agro-industrie sont au centre de la relance économique dans le Plan de Développement Provincial 2024-2028 (PDP) lancé en août 2024

Des pistes de diversification

Le gouvernement provincial explore des pistes de diversification, en particulier dans l’agriculture et l’agro-industrie. Deux secteurs placés au centre de la relance économique dans le Plan de Développement Provincial 2024-2028 (PDP), lancé en août 2024, par la gouverneure Fifi Masuka Saini. L’objectif est triple : assurer l’autonomie alimentaire, diversifier l’économie et faire de l’agriculture un pilier de développement durable, complémentaire aux mines. Des partenariats public-privé, impliquant aussi bien les grands fermiers que les petits cultivateurs et les maraîchers, invités à se regrouper en coopératives, sont encouragés.  Des discussions sont en cours avec la Zambie, la Namibie et le Qatar, intéressés à investir dans le secteur agricole provincial.

D’autres défis sont à relever : renforcer les infrastructures énergétiques et de transport, mieux protéger l’environnement, améliorer les services sociaux (santé et éducation) et favoriser la participation citoyenne et la gouvernance de proximité.

La province du Lualaba est à la croisée des chemins : ou elle continue à être simplement un grand gisement minier ou elle devient un espace dans lequel les habitants, les territoires et l’économie locale trouvent leur propre dynamique.