
Fin mai prochain, en marge de l’assemblée générale de la Banque africaine de développement, qui se tiendra à Brazzaville, la capitale du Congo, sera restitué le rapport d’évaluation 2025 sur le Bassin du Congo, un document stratégique piloté par le Panel scientifique pour le bassin du Congo (SPCB).
Inspiré du Panel scientifique pour l’Amazonie et placé sous l’égide du Réseau des Solutions pour le Développement Durable des Nations Unies (SDSN), le SPCB a été créé lors du One Forest Summit de Libreville, qui s’est tenu en avril 2023, et lancé officiellement à la COP28 de Dubaï. C’est une initiative internationale destinée à mieux comprendre le fonctionnement du bassin du Congo et les menaces qui pèsent sur cet écosystème majeur.

Sous-titré « Résilience et durabilité du bassin du Congo : du passé au futur », le Rapport d’évaluation 2025 sur le Bassin du Congo, dont le résumé exécutif a été présenté lors de la COP30 (Conférence de Belém de 2025), est le fruit d’un travail de recherche collectif qui a mobilisé quelque 180 scientifiques de diverses disciplines travaillant dans la région. Il s’agit de la première évaluation complète des processus géologiques, écologiques et socio-économiques qui ont abouti à l’état actuel du Bassin du Congo.
Un rapport passionnant, un voyage dans l’histoire et la géographie de cette magnifique région d’Afrique. En bref, un document à lire, sans modération…
Pour télécharger le rapport, cliquer sur le lien suivant : https://spcb-unsdsn.s3.us-east-1.amazonaws.com/2025-congo-basin-executive-summary-fr.pdf
Un écosystème forestier de 3,5 millions de km2
Le Bassin du Congo est l’un des écosystèmes forestiers les plus importants de la planète avec l’Amazonie. Il se compose principalement « de forêts tropicales humides et sèches dans les plaines guinéo-congolaises (respectivement 28 % et 16 % de la superficie totale), de forêts marécageuses (13 %), de mangroves (0,3 %) et de forêts africaines d’altitude (2,2 %), bordées au nord et au sud par une forêt ombrophile de transition et une mosaïque secondaire de formations herbacées (39%) », indique le rapport d’évaluation 2025.
Lire aussi : Les Arbres d’Afrique Centrale, un voyage botanique au coeur des forêts denses : https://www.makanisi.org/les-arbres-dafrique-centrale-un-voyage-botanique-au-coeur-des-forets-denses/
Le Bassin du Congo couvre 3 462 806 km2. Son écosystème forestier occupe de vastes surfaces dans six pays : le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo. Et compte des surfaces moins étendues dans six autres pays : l’Angola, le Burundi, le Nigeria, le Rwanda, le Soudan du Sud et l’Ouganda. À l’est, sa limite correspond à la bordure Est des forêts d’altitude de la vallée du rift africain. À l’ouest, il est délimité par la Cross River au Nigeria.
70 % du Bassin versant du fleuve Congo,
Selon le Panel Scientifique, « le Bassin du Congo comprend environ 70 % du Bassin versant du fleuve Congo, ainsi que la totalité des Bassins versants de l’Ogooué et de la Sanaga. La partie du Bassin versant du fleuve Congo qui coule vers le nord, en traversant les vastes forêts du Miombo en Angola, en RDC, en Zambie et en Tanzanie, engendre un impact important sur l’hydrologie, le climat et l’écologie du Bassin du Congo ».
Lire aussi : Le fleuve Congo : un voyage de 4700 km dans l’espace et dans le temps https://www.makanisi.org/fleuve-congo-un-voyage-de-4700-km-dans-lespace-et-dans-le-temps/
Un trésor de diversité biologique et culturelle
Véritable trésor de diversité biologique et culturelle, puits de carbone majeur, « le Bassin du Congo fournit des services environnementaux indispensables à l’échelle locale, régionale et mondiale et joue un rôle central dans le développement durable, la conservation et la résilience climatique dans le monde et en Afrique », signale le rapport. Mais des siècles d’exploitation et de dégradation ont mis à mal cet écosystème et sa fonction de poumon de la planète. Toutefois, rien n’est perdu. Préservé et géré durablement, le « bassin du Congo représente une solution fondée sur la nature, capable de soutenir les populations locales tout en contribuant aux objectifs climatiques et environnementaux du continent ». La science et les scientifiques ont un rôle à jouer pour assurer son suivi, fournir des informations, éclairer les décisionnaires et formuler, ainsi, des solutions transformatrices. Reste à renforcer la bonne gouvernance, les institutions et la responsabilité politique.

4 sections, 16 messages
Le Rapport d’évaluation 2025 sur le Bassin du Congo comprend 39 chapitres organisés en quatre sections et 16 messages (voir encadré ci-dessous).
La section 1 explique le rôle du Bassin du Congo, entité régionale de la planète Terre et « moteur vert » à l’échelle du continent. Par son évapotranspiration, le Bassin du Congo contribue à abaisser la température de surface et à recycler l’humidité atmosphérique : son action est donc indispensable à la vie sur le continent.
La section 2 décrit l’interaction des humains avec l’écosystème du Bassin du Congo, de la Préhistoire à 1992. Selon le rapport, « c’est au cours de cette période que les êtres humains sont devenus une force déstabilisatrice dominante sur la planète ».
Lire aussi : Forêts du Bassin du Congo, des identités culturelles à préserver https://www.makanisi.org/forets-du-bassin-du-congo-preserver-les-identites-culturelles/
La section 3 énonce les transformations socio-écologiques et les premières étapes vers un développement durable dans la région, à la suite du Sommet de Rio (Brésil), qui a eu lieu du 3 au 14 juin 1992. Lors de ce sommet, les chefs d’État du Bassin du Congo ont, pour la première fois, engagé la région sur la voie d’un développement plus durable.
La section 4 présente des solutions et trajectoires d’évolution durables pour l’écosystème forestier du Bassin du Congo. « Elle propose une théorie du changement en faveur du développement durable de la région, qui vise à améliorer la qualité de vie et à assurer la prospérité, à préserver les services écosystémiques et le capital naturel et à renforcer la résilience climatique », souligne le rapport.
Un nouvel ouvrage enrichi des savoirs des peuples autochtones
En mai 2026, le SPCB publiera aux éditions Springer Nature, l’ouvrage intitulé « Resilience and sustainability in the Congo Basin », qui reprend le rapport d’évaluation 2025, enrichi d’autres travaux scientifiques. Disponible en libre accès, « il rassemblera les connaissances issues de la recherche et des savoirs des peuples autochtones et des communautés locales en un « méta-savoir » cohérent, destiné à orienter les décisions futures pour préserver la biodiversité, les fonctions écologiques et la diversité culturelle de la région ».
Lire aussi : Écologie : « L’Africain doit-il écouter les scientifiques ? » https://www.makanisi.org/ecologie-lafricain-doit-il-ecouter-les-scientifiques/
Les 16 messages clés du rapport d’évaluation
- 1: Le Bassin du Congo est le coeur vert de l’Afrique qui assure des services écosystémiques critiques pour l’ensemble du continent.
- 2: Le Bassin du Congo est le plus vaste puits de carbone tropical sur Terre et influe sur le climat régional comme sur celui du monde entier.
- 3: Le Bassin du Congo est l’un des écosystèmes les plus riches en biodiversité sur Terre.
- 4: Le Bassin du Congo est le lieu d’origine d’une riche et ancienne diversité culturelle.
- 5: Le Bassin du Congo présente une longue histoire en matière d’agriculture et du travail du métal.
- 6: Les anciens royaumes du Bassin du Congo ont encouragé les réseaux commerciaux tant au niveau régional que mondial.
- 7: Le Bassin du Congo a été profondément et durablement marqué par l’époque coloniale sur les plans social et écologique.
- 8: L’ère de l’Indépendance dans le Bassin du Congo a apporté de nouvelles visions politiques du développement.
- 9: Le Bassin du Congo a connu un changement transformateur depuis 1992.
- 10: Il est urgent d’imaginer des approches inédites de l’intendance des milieux naturels et de l’exploitation durable, en s’appuyant sur les nouveaux paradigmes qui se dessinent déjà.
- 11: Des solutions sont à portée de main, mais elles nécessitent des investissements stratégiques de la part des États, du secteur privé et de la communauté internationale.
- 12: Le développement durable du Bassin du Congo dépend d’une gouvernance effective.
- 13: Le succès du développement durable et de la conservation dans le Bassin du Congo dépend de nouveaux modèles de financement à une échelle appropriée.
- 14: Dans le domaine scientifique et technique, le Bassin du Congo doit investir pour favoriser le développement des capacités et de l’innovation.
- 15: Le Bassin du Congo doit assurer sa résilience dont il dépend en investissant dans la protection et la restauration efficaces de son capital naturel.
- 16: Le Bassin du Congo se trouve à une croisée des chemins décisive.













