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mardi 30 novembre 2021
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Congo : Andréa Ngombet, un candidat au-dessus des ethnies ?

Avec l’assurance des premiers de la classe, la rage du révolté et, peut-être, une pointe de naïveté propre aux nouveaux venus en politique, du haut de ses 34 ans, Andréa Ngombet, regard vif, propos mesuré et clair, rêve de diriger le Congo. Le candidat déclaré à la présidentielle de 2021 nous a accordé un long entretien que nous publions en deux volets. Le premier porte sur ses motivations et sa vision du Congo de demain.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu

Makanisi : Pourquoi êtes-vous candidat ?

Andréa Ngombet : Je m’estime capable d’apporter une solution nouvelle qui pourrait améliorer les conditions de vie de mes concitoyens. D’où cette envie de la présenter aux Congolais, à travers mon projet Incarner l’Espoir.

Qu’entendez-vous par solution nouvelle ?

AG : C’est une solution nouvelle par sa forme et son contenu. Elle est à cheval sur ce qui se fait au XXIème siècle. C’est le résultat d’une réflexion stratégique de plusieurs années. Je demande aux fils et aux filles du Congo de se rassembler autour de l’idée simple de la souveraineté, mais une souveraineté ouverte afin de pouvoir sortir de la situation actuelle.

Andréa Ngombet, c’est combien de divisions ?  

AG : Andréa Ngombet, c’est une marque de fabrique. Un nom qui s’est imposé par le travail, dans les cercles les plus importants de la politique internationale, la lutte contre la corruption et la violation des droits de l’homme. C’est enfin une centaine de partisans qui travaillent nuit et jour pour faire avancer le projet. Je peux me prévaloir du soutien très appuyé d’un groupe très influent, Le Forum 2000, de Vaclav Havel, avec lequel nous travaillons.

La campagne électorale requiert de gros moyens financiers. Pesez-vous suffisamment lourd pour financer une campagne coûteuse, absorbante et éprouvante physiquement ? 

AG : Si nous faisons une campagne basée sur l’argent, nous n’égalerons jamais ceux qui sont en face. Ils ont 40-50 ans d’institutions et la caisse. Nous nous employons à lever des fonds auprès de certains partenaires et institutions. Nous ferons une campagne low cost. Nous serons forcément perdants si nous basons notre campagne sur des montagnes de billets de banque à distribuer aux populations. La question centrale est celle-ci : qui est capable de mieux défendre les intérêts et la souveraineté du Congo face aux appétits des différents impérialistes ?

« C’est une démarche de renouveau qui repose sur une idée simple : l’État de droit est la chose la plus précieuse qu’un pays peut avoir. »

Avez-vous, à 34 ans, la prétention de déboulonner un système incarné par un vieux routier de la politique, Denis Sassou N’Guesso, qui a passé plus de 35 ans au pouvoir ?

AG : Je n’ai pas la prétention de déboulonner un système, car l’entreprise serait vouée à l’échec. Il est question de faire autre chose, d’abandonner ce qui a échoué. Nous espérons ne rien récupérer de ce qu’il y a actuellement, sauf les hommes, bien entendu, afin qu’ensemble, nous essayions autre chose. C’est une démarche de renouveau, comme on dit souvent en politique, qui repose sur une idée simple : l’Etat de droit est la chose la plus précieuse qu’un pays peut avoir. Nous devons réussir cette première conquête dont découlera tout le reste.

Les conditions sont-elles réunies pour que le système organise des élections libres, démocratiques, transparentes et crédibles dont les résultats seraient acceptés par les principales tendances ?

AG : Tel que le système est organisé, les élections ne pourraient pas réunir tous ces critères. Sauf que l’actualité joue pour nous. Le système a signé avec le Fonds monétaire international, en contrepartie de certaines réformes. Le système est dans une situation de faiblesse économique. Avec des partenaires internationaux, nous pourrons pousser le système à conduire les réformes. Nous nous basons sur tous ces éléments  et ces pressions externes, pour contraindre le système à aller vers plus de transparence, plus d’équité… Donc il est question que des élections se tiennent dans les meilleures conditions possibles. Évidemment, nous nous préparons, en tant qu’organisation, à contrôler, regarder et faire le travail nécessaire de lobbying, afin que notre victoire ne nous soit pas volée et qu’elle soit reconnue par l’ensemble des parties, y compris celle qui est aux manettes.

« Suis-je inconnu ? Pas tant que cela »

Pourquoi les électeurs feraient-ils confiance à un jeune inconnu qui vit depuis une vingtaine d’années à l’étranger, au lieu de se fier aux visages qu’ils voient tous les jours au Congo ?  

AG : En pur libéral, je dirais que c’est leur liberté de faire confiance ou pas. Je leur expliquerai certaines choses. Suis-je inconnu ? Pas tant que cela. Cela fait plus de 5 ans que je travaille sur différents sujets : les droits de l’homme, la lutte contre la corruption, etc. Et nous avons obtenu quelques résultats. Ce n’est pas une question d’âge. Pour preuve, celui qui gouverne est arrivé au pouvoir à l’âge de 35 ans. Et 70 % de la population congolaise a moins de 30 ans. Si nous restons dans le référentiel congolais, je fais partie des vieux, ceux qu’on peut considérer comme des anciens… Qui ont vécu les guerres civiles et les changements démocratiques de 1992. Dans le contexte congolais, j’estime être parmi les personnes matures, capables d’avoir une vision assez large de la société, pour prétendre proposer une solution alternative.

Des candidats plus aguerris, comme le général Mokoko, ont brigué la présidence avec le résultat que l’on sait… Sur quoi repose votre optimisme ?      

AG : Ils ont échoué. Et je peux apprendre de leurs échecs. Ce sont des personnalités que nous avons accompagnées. Nous avons travaillé avec elles dans le cadre des élections de 2016. Nous avons un retour d’expérience, après avoir vu les zones de force et les zones de faiblesse. Mon optimisme repose en partie sur mes qualités. Je suis un bourreau de travail. J’aime ce que je fais…

Au-delà de ces aspects techniques, j’ai grandi dans la conviction profonde que l’Afrique est malade d’idéologies périmées.

Vous sous-entendez que les autres ne travaillent pas suffisamment…

AG : Non ! Je voudrais dire que j’ai une méthodologie différente que j’ai apprise au sein de la droite française, à l’ombre du président Nicolas Sarkozy et des personnalités qui ont mené des campagnes européennes. J’ai été membre du bureau national des Jeunes populaires. J’ai géré une circonscription électorale à Paris où j’ai fait progresser le score du candidat. Je sais faire campagne, approcher les citoyens… Je fais l’ensemble de la chaîne : création d’affiches, profession de foi, argumentaire, stratégie de campagne, etc.

Au-delà de ces aspects techniques, j’ai grandi dans la conviction profonde que l’Afrique est malade d’idéologies périmées. Nous vivons dans un monde où des idées circulent. Nous ne savons plus d’où elles viennent. Et nos Etats, comme des machines folles, les répandent dans la société. C’est l’une des raisons des dérives que nous vivons actuellement. L’idée folle de l’anticapitalisme est destructrice. Toute forme de création de richesses est vécue comme une importation de l’impérialisme. Du simple fait de la couleur de sa peau, un investisseur qui irait au Congo pourrait être discriminé. On dirait de lui qu’il est le méchant blanc, le méchant Occidental, le méchant ceci, le méchant cela… Résultat : le pays n’est pas attractif. L’idée du pouvoir au bout du fusil, importée au Congo par des maoïstes dans les années 70, a prospéré. Les logiques militaires, les logiques de violences restent les logiques prioritaires d’accession au pouvoir. Je pointe la caducité de ce logiciel. On peut gagner par les urnes, pourvu qu’on se donne les moyens de bâtir des coalitions. La victoire que nous voulons n’est pas une victoire d’Andréa et ses amis contre les autres, mais une victoire du Congo.

Avant le scrutin, je m’interdis de faire une alliance qui ressemblerait à un mariage de la carpe et du lapin, simplement par haine de l’actuel chef de l’État.

Avez-vous pris langue avec les ténors de l’opposition en exil pour tenter de fédérer les forces de l’opposition autour de votre projet ?     

AG : Je m’inscris dans une logique de rupture. Certes, je travaille en bonne intelligence avec certains ténors, parce que nous partageons un socle de valeurs et des idées de projet commun. Mais il existe aussi des ténors dont je ne partage ni l’idéologie, ni la vision, encore moins la façon de faire. Je n’ai aucun intérêt à envisager une coalition avec eux. Avant le scrutin, je m’interdis de faire une alliance qui ressemblerait à un mariage de la carpe et du lapin, simplement par haine de l’actuel chef de l’État. Pour rompre avec la langue de bois, je prends l’exemple de Modeste Boukadia, qui vit à Paris, et dont on pourrait croire qu’il est proche de moi à certains égards. Mais les individus qui sont autour de lui prônent la scission du pays, voire la scission par les gènes et la préservation du génome Sud-Congo ; donc une distinction des Congolais par les gènes… Ils sont dans la haine et le ressentiment permanents. Ils ont un discours anti-mbochi et je ne vois pas pourquoi, au nom d’une simple idée de l’opposition, je devrais me retrouver dans une coalition avec des individus pareils. Ils ont un discours de façade de plus en plus lisse qui cache en réalité une idéologie de revanche ethnique.

Le Congo est prisonnier des schémas ethniques marqués par une vieille rivalité Nord-Sud. Comment comptez vous contourner cet écueil dans votre quête de pouvoir ?       

Ma candidature se situe dans une configuration post-ethnique. Je fais exprès de mettre en avant mon prénom, pas mon nom. Mon nom apparaît de temps en temps, mais je ne le mets pas en exergue, parce que le nom au Congo assigne à une ethnie. C’est la personne, sa trajectoire individuelle et ce qu’elle veut apporter qui comptent. Notre volonté est d’aller vers le post-ethnique. Les ethnies sont une chance, mais elles sont devenues un poison, parce qu’elles ont été utilisées à des fins de conquête politique.

Sachant que le président est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois, rien n’empêche Denis Sassou N’guesso, élu en 2016, de rempiler. Cette perspective ne vous fait pas peur ?

Nous respectons son droit de se présenter en 2021. Nous n’avons pas peur. Il fait ce qu’il a à faire pour demeurer au pouvoir. C’est normal dans le cadre de la Constitution qui permet une telle attitude. Nous faisons notre travail de notre côté pour conquérir le pouvoir et convaincre les citoyens du fait que nous sommes la meilleure option. Nous ne voyons pas le bilan que le président actuel peut défendre. Son nom est traîné dans la boue de toutes les grandes affaires internationales de corruption. Son bilan est extrêmement négatif sur les plans social, environnemental, sécuritaire, etc. Cela ne serait pas trop demander que de vouloir une alternance réelle.

Dans mon projet politique, ma priorité est de rétablir l’État de droit et de donner à la justice les outils de son indépendance.

Si vous gagnez les élections, quelle sera la place de Denis Sassou N’guesso et de son clan ?

AG : La Constitution règle cette question. DSN bénéficiera de l’immunité pour ses actions du temps de son mandat. Cette disposition sera respectée à la lettre. Il devra pouvoir aller dans son village tranquillement. Il sera honoré en tant qu’ancien président. Les avantages liés à la fonction ne s’arrêteront pas. On pourra ainsi éviter des velléités de violences dans le clan. D’autre part, l’immunité de député continue jusqu’à la fin de la législature.  

Dans mon projet politique, ma priorité est de rétablir l’État de droit et de donner à la justice les outils de son indépendance. Une fois que le pouvoir judiciaire est effectivement indépendant de l’exécutif, la décision de poursuivre ou non ceux qui sont cités dans des affaires ne sera plus du ressort de l’exécutif. Au mieux, l’exécutif pourrait dire, de temps en temps, qu’il souhaite que les choses se passent dans l’apaisement. Si l’équité est violée, des commissions parlementaires peuvent toujours se pencher sur la question.

Une amnistie serait-elle envisageable ?

Dans le projet Incarner l’Espoir, nous voulons  qu’il y ait une loi d’amnistie pour six mois, en faveur notamment des délinquants fiscaux et monétaires. Nous leur donnerons six mois pour venir se dénoncer eux-mêmes. Ceux qui viendront d’eux-mêmes pourront conclure un accord avec l’administration. Dans le projet, il est prévu qu’ils gardent un certain pourcentage. Nous avons prévu 10 %. Cela peut être moins ou plus, en fonction des sommes à recouvrer. C’est ce qui se fait dans les grandes démocraties. A l’issue de cette période, la loi s’appliquera dans toute sa force aux personnes qui ne se seront pas présentées. On ne pourra pas dire, à ce moment là, que c’est une chasse aux sorcières. Je souligne toutefois que les crimes de sang et les crimes de guerre sont imprescriptibles.

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