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mardi 30 novembre 2021
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Congo. La Poule Qui Rit recherche maïs désespérément

Pour Rui Frédéric Barreto, PDG de La Poule Qui Rit, trouver du maïs pour nourrir ses gallinacés est un véritable casse-tête. Las de passer son temps à chercher l’introuvable, il s’est lancé dans la production de maïs en créant Green Peas, ajoutant ainsi à sa casquette d’éleveur, celle d’agriculteur.

C’est dans le département de Pointe-Noire, dans le district de Tchiamba-Nzassi, que Rui Frédéric Barreto a installé, en 2009, sa ferme avicole, créée en 2007, qu’il a baptisée la Poule qui rit, un clin d’œil à une marque de fromages fondus bien connue. Établie sur la route qui mène à Cabinda (Angola), à 35 kilomètres de Pointe-Noire, le port maritime du Congo, la ferme abrite quelque 80 000 gallinacées – poules, poulettes et poussins. L’exploitation, qui s’étend sur près de cinq hectares,  compte une dizaine de bâtiments et de cages, un petit verger et des logements pour travailleurs.

60 000 œufs par jour

Quand on s’approche des poulaillers, on est accueilli par une fanfare de musiciens à plumes, qui semble fêter, à longueur de journée, les quelque 60 000 œufs que livrent chaque jour les poules pondeuses de la ferme. Un vrai concours de caquètements, qui ne s’arrêtent qu’à la tombée de la nuit. Les oeufs sont destinés à des restaurants, des hôtels, des sociétés de catering, des boutiques de Ouest-africains, des supérettes et des supermarchés de Pointe Noire et Brazzaville. « Le transport se fait par camion depuis le site jusqu’à Pointe-Noire. Pour Brazzaville, le relais est pris par Océan du Nord, dont les bus peuvent acheminer vers la capitale quelque 80 000 à 90 000 œufs par voyage », signale Barreto.

Des poulaillers aux normes européennes

Poulaillers, poussinière… Tout est aux normes européennes. Cage automatique adaptée, espace, système de refroidissement et d’aération, linéaire de mangeoire, pipettes pour boire, système de collecte des œufs et de ramassage de la fiente, etc. Tout a été, en effet, calculé pour permettre aux volailles d’être à l’aise. Chaque classe d’âge a ses bâtiments pour éviter les contaminations.  

À La Poule Qui Rit, le troupeau de volailles est sans cesse renouvelé pour maintenir la production d’œufs à un niveau constant. Quand les poules atteignent 3 ans, elles quittent la ferme pour être vendues aux commerçantes du marché de Pointe-Noire car elles ne sont plus productives. Elles finiront dans les assiettes sous forme de poules au pot. Mais les départs sont compensés par les arrivées. Toutes les huit semaines, la ferme importe de France entre 6 500  et 14 000 poussins par fret aérien Air France. Un choix dicté par les commodités offertes par la compagnie aérienne. « Les vols sont directs et les avions disposent d’une soute pressurisée située à l’avant de l’appareil qui permet de régler la pression et  de maintenir la température à 33°. Ainsi il n’y a pas de risque de morts de poussins qui sont très fragiles », indique Barreto.  

Règles alimentaires et d’hygiène strictes

À La Poule Qui Rit, les règles alimentaires et d’hygiène sont strictes et le personnel est trié sur le volet. La vaccination, de rigueur, mobilise un tandem de vétérinaires et la nourriture des gallinacés plusieurs travailleurs au quotidien. Du frais, rien que du frais. Au menu : du maïs et du soja pour les protéines, du son de blé fin pour les fibres, de l’huile de palme pour les lipides, du calcaire, de l’argile et des  micro-ingrédients.  Produits ou disponibles localement, en particulier dans le Pool et la Bouenza, l’huile de palme, le calcaire et l’argile sont  faciles à acquérir. Il en est de même pour le son fin, que Barreto achète à Minoterie du Congo (Minoco), une filiale du groupe agroalimentaire américain Seaboard Corporation installée à Pointe-Noire. En revanche, le maïs se fait rare localement.

Pénurie de maïs au Congo

Pour assurer une production de 60 000 œufs/jour, La Poule Qui Rit consomme environ 1600 tonnes de maïs par an, ce qui représente une superficie plantée de 400 hectares. Impossible de trouver cette quantité au pays. Installés à Malolo dans le Niari, des Sud-Africains, qui disposent d’une concession de 40 000 ha, en produisent un peu, mais sur commande. Dans la Bouenza, Tolona, une ferme à capitaux espagnols, a délaissé la culture au profit de l’élevage de porcs notamment.  

Du coup, las de courir après une denrée qui joue les arlésiennes, Barreto a décidé de se lancer dans la production de maïs. Il a ainsi acquis un terrain dans la Bouenza, près de Mont Bello où il a placé sa ferme agricole Green Peas. « Les sols y sont meilleurs que dans le Kouilou où les sols, sableux, ne retiennent pas l’eau », explique Barreto. 

Green Peas vise 220 ha de maïs en 2020

La culture a vraiment démarré en 2019 sur environ 70 hectares, sous la direction d’un Zimbabwéen.  En 2020, la surface cultivée sera portée à 220 ha. Ce qui permettra de produire 1100 tonnes de maïs, sur la base d’un rendement de 5 tonnes à l’hectare. Progressivement, la production montera en puissance. « En 2021, je dépasserai 500 ha, soit 1000 tonnes de maïs. Cela ne sera pas suffisant, car entre temps je compte augmenter la production d’oeufs », assure Barreto. Ainsi, loin de se limiter à 60 000 oeufs/jour, « La Poule Qui Rit vise 200 000 œufs/jour, ce qui représente une récolte de 7500 tonnes de maïs et une superficie plantée de 1500 ha », avertit-il. Le top serait d’atteindre 400 000 œufs/jour.

Changement d’échelle

Passer de 150 hectares de maïs à 400 ha est une gageure. Que dire de 1500 ha ? Deux problèmes majeurs seront à résoudre : les ressources humaines et la logistique (stockage et transport). « Jusqu’à 70 ha (350 tonnes), c’est gérable. Le stockage et le transport sont faciles à résoudre. Mais à 750 tonnes, ça devient plus sérieux. On passe du stade artisanal au stade industriel. Il faut mettre en place une logistique, qui est un vrai métier », relève Barreto. Ainsi, Green Peas devra s’équiper en silos horizontaux, dits silos-bags, en ensacheuses, en matériel pour remplir les silos et en extraire le maïs, en hangars pour traiter le produit…

La Poule Qui Rit n’échappera pas aux changements. « Pour passer à 200 000 œufs/jour. il faudra de nouvelles installations, avec du matériel plus performant et plus fiable, qui programmera par ordinateur toutes les opérations ». À terme, la ferme avicole pourrait être transférée sur le site de Green Peas. « Ce sera à mi-chemin entre les deux grands marchés de consommation que sont Pointe-Noire et Brazzaville. Je récupérerai les fientes de poule comme engrais ».

Outre du personnel qualifié, un tel projet exige d’importants financements pour les deux entités. Où les trouver ? Du côté des banques locales ? D’institutions financières officielles étrangères ? De partenaires agro-industriels locaux tels que Minoco ou la Société d’organisation, de management et de développement des industries alimentaires et agricoles (Somdiaa -Vilgrain) qui a trois filiales au Congo : la Saris (sucre), l’Unité de broyage de calcaire dans la Bouenza et la Société des Grands moulins du Phare (SGMP) à Pointe-Noire ?

Un marché porteur

Le marché du maïs est porteur. Le Congo consomme environ  8 400 tonnes de maïs par an, destinées essentiellement à l’élevage (porcs, poules pondeuses, poulets de chair). Si les Congolais du Congo-Brazzaville ne consomment quasiment pas de maïs dans leur alimentation, ce n’est pas le cas en RD Congo, notamment dans les Kasaï et l’ex-province du Katanga. Mais le déficit est si important en RD Congo que le pays a signé le 2 octobre dernier un protocole d’accord avec la Zambie pour l’importation de maïs. 

En attendant de satisfaire la totalité des besoins de la Poule qui rit et du Congo, voire d’exporter, il faut trouver la matière première. Pas de difficulté côté semences qui proviennent de Limagrain, une coopérative d’agriculteurs français. L’Inde pourrait être une autre source d’approvisionnement. En revanche, le maïs pose problème. Outre sa production, Green Peas peut se fournir auprès de Somdiaa qui importe des céréales. La SGMP va prochainement fabriquer du gritz de maïs. Mais cela ne permet pas encore de boucler la boucle.

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