Congo. Galerie-Musée Makouiza : une riche collection à découvrir

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Diverses images d'objets d'art de la Galerie-Musée Makouiza. ©Jean Lignon et ©Galerie-Musée Makouiza

Elle est peu connue, voire méconnue du grand public. Et pourtant, la Galerie-Musée Makouiza, située à Pointe-Noire, dans l’arrondissement de Tié-Tié, abrite une collection de plus de 3 000 objets d’art, provenant de plusieurs régions du Congo, du Gabon et d’autres pays africains. Elle comprend des masques, des statuettes, des pagnes en raphia, aux faïences coloniales et bien d’autres objets usuels, artistiques, rituéliques et à caractère sacré.

On doit cette riche collection à Félix Makouiza (1941-2022), qui a collecté ces objets pendant près de 50 ans, au cours de sa carrière de médecin à la Comilog. Très active, la Galerie-Musée Makouiza propose des expositions, des activités éducatives, des colloques…

Dilov Banzouzi Faouzikam*, la fille de Félix Makouiza, a bien voulu présenter la Galerie Musée Makouiza, dont elle est la directrice, aux lecteurs de Makanisi

Propos recueillis à Pointe-Noire par Jean Lignongo

Makanisi : Vous êtes la directrice de la galerie-musée Makouiza qui existe depuis 2022. Quel est votre parcours ?

Dilov Banzouzi Faouzikam ©JL

Banzouzi Faouzikam Dilov : je suis, en effet, directrice de la galerie-musée Makouiza. Mon parcours académique m’a conduite à suivre des études en administration, sanctionnées par un Brevet Professionnel d’assistant de Direction.

Passionnée par l’art et la culture, j’ai orienté ma carrière professionnelle vers la conservation et la valorisation du patrimoine. Et pour renforcer mes compétences, j’ai suivi diverses formations en art et culture.

Qu’est ce qui a motivé votre implication dans la gestion du musée ?

Mon intérêt pour l’art et la culture me vient de l’observation de l’amour qu’avait mon père, feu Félix Makouiza, pour les objets d’art africain. Cette collaboration, au fil des ans, a fait naître en moi une volonté profonde de préserver et de transmettre la mémoire collective. Pour moi, les œuvres artistiques et patrimoniales sont des témoins précieux de notre identité et un levier essentiel pour l’éducation et le dialogue interculturel.

Pouvez-vous nous retracer l’historique du musée ?

L’histoire du Musée Makouiza trouve ses racines dans la passion d’un collectionneur visionnaire, Félix Makouiza qui était médecin à la Comilog, Cette fonction l’a amené, durant 50 ans, à sillonner les terroirs du Congo et du Gabon, à la recherche des éléments matériels de la culture des peuples. Dès 1970, il a commencé à rassembler des objets d’art et du patrimoine africain, constituant ainsi peu à peu une collection remarquable.‎

‎En 2010, il fonde la Galerie d’Art Africain, dans le but de réunir l’ensemble de ses collections en un seul lieu. Cette structure évolue pour devenir la Galerie des objets d’art africain MAK-RD (2016), marquant une nouvelle étape dans la mise en valeur du patrimoine africain.‎

‎Les premières expositions publiques voient le jour, notamment en avril 2016, avec une présentation d’instruments de musique traditionnelle à l’Institut Français du Congo (IFC) Pointe-Noire, puis, en novembre 2016, à l’espace culturel Tati Loutard, lors de la fête de la République. Entre 2017 et 2019, la structure connaît une période de pause due à des problèmes de santé du fondateur.

Comment la structure a-t-elle évolué par la suite ?

En mars 2020, la Galerie MAK-RD est rebaptisée Galerie Makouiza, en hommage au collectionneur et fondateur. Une équipe de gestion est mise en place pour organiser et développer la galerie. Un an plus tard, en mars 2021, débute la création d’un site Internet, qui sera lancé officiellement en mai 2021. Cela a permis à la collection de se faire connaître au niveau international.

‎En janvier 2022, le fondateur s’est éteint, laissant derrière lui une œuvre immense. Avant sa disparition, il exprimait le souhait que la collection prenne une orientation tournée vers la conservation, pour transmettre ce patrimoine aux générations futures.

Félix Makouiza, médecin et fondateur du Musée Makouiza.©Musée Makouiza

À quel moment le musée est-il devenu la Galerie-Musée Makouiza ?

Il y a eu deux étapes. La transformation de la Galerie Makouiza en Musée Makouiza a été officialisée par une journée portes ouvertes qui a eu lieu le 2 avril 2022. Nous avons mené des campagnes de sensibilisation pour faire connaître le musée dans les écoles primaires et secondaires, les orphelinats et les structures culturelles. La Galerie-Musée Makouiza, elle, a été créée un an plus tard, en avril 2023. En mars 2025, nous avons organisé un colloque sur le langage des masques (Punu, Téké, Vili). 

Qu’est-ce qui différencie le Musée de la Galerie ?

Dans ce modèle hybride, le musée prend la forme d’une association à but non lucratif, tandis que la galerie, en annexe, fonctionne comme une entreprise pour assurer la pérennité et la préservation de l’ensemble. Aujourd’hui, la Galerie-Musée Makouiza poursuit cette mission : préserver, valoriser et transmettre les connaissances socioculturelles à travers les objets d’art et d’histoire africaine, témoins précieux de l’identité et de la mémoire collective du continent.

Comment s’est constituée la collection ?

La collection s’est constituée principalement grâce aux achats auprès d’héritiers et des familles possédant ces objets. Elle regroupe des pièces provenant des différents pays du Bassin du Congo et de la sous-région Afrique centrale. Le musée compte 3000 objets.

Quelle est la provenance et la typologie des objets que le musée abrite ?

L’essentiel des objets provient de plusieurs communautés ethniques du Congo : Vili, Bembé, Punu, Kota, Kwele, Yombe, Téké, Kuyu, Sundi, Songye, Luba… Ils ont été acquis par achat et transmission.

Le musée présente différents types d’objets anciens : des masques, des sculptures, des textiles, des instruments de musique, des faïences, des minéraux, des monnaies, des poteries, des objets sculptés en os et en pierre, du mobilier. Chaque catégorie reflète une dimension particulière de la vie sociale, rituelle ou artistique des communautés: Kongo, Téké, Kota, Songye, etc.

Quels sont les profils des visiteurs et leur nombre ?

La clientèle est composée de scolaires, de chercheurs, de touristes et d’habitants du Congo. En 2023, le musée a accueilli environ 457 visiteurs et, en 2024, 840 visiteurs. Sa visibilité sur les réseaux sociaux ne cesse d’augmenter. Par exemple, plus de 2000 abonnés (followers) suivent notre page Facebook. Pour 2025, nous prévoyons une hausse de la fréquentation grâce à une communication dynamique, aux visites de scolaires, de chercheurs et tout autre public intéressé par la culture. La première édition du colloque sur les masques africains, qui a été très fréquenté, nous a donné aussi de la visibilité. Nous espérons accueillir davantage de visiteurs à l’occasion de la deuxième édition programmée en avril 2026.

À quelles difficultés le musée est-il confronté ?

Actuellement, le musée fait face à plusieurs défis : l’inadéquation des infrastructures pour la conservation des objets, le manque de moyens financiers, l’absence d’équipements de conservation modernes. Le soutien de l’État et des organisations publiques ou privées est inexistant. La collection, qui est très riche,  est véritablement en péril.

Avez-vous des besoins en formation ?

Nous avons identifié des besoins en formation dans les domaines suivants : la conservation et la restauration des œuvres, la gestion muséale, la médiation culturelle, l’accueil du public et l’organisation d’expositions, la sécurité des pièces.

Quelles sont vos perspectives ?

Avant d’évoquer les perspectives, je rappellerai la mission du musée. Elle consiste à conserver, restaurer, promouvoir et valoriser les œuvres d’art qui constituent un patrimoine culturel africain et congolais en particulier. Elle vise aussi à promouvoir des activités d’éducation et de diffusion pour assurer l’accès de tous à la culture.

À moyen et long terme, le musée ambitionne de construire des infrastructures appropriées, de développer de nouvelles expositions thématiques, d’accroître sa visibilité nationale et internationale et souhaite collaborer avec d’autres institutions culturelles. Notre objectif est de devenir un espace de référence pour la préservation et la valorisation du patrimoine culturel.

Le manque de moyens est un handicap alors même que nous disposons de l’une des meilleures collections du pays, avec des artefacts anciens et de qualité qui racontent l’histoire des peuples du Bassin du Congo et notre identité. Nous avons besoin d’aide pour préserver ce patrimoine d’une valeur inestimable et pour honorer la mémoire de nos ancêtres et celle de Félix Makouiza, le promoteur de ce musée d’ethnographie.

*Dilov Banzouzi Faouzikam

Formée en administration culturelle et en médiation culturelle, elle œuvre depuis plus de huit ans dans le domaine de la préservation et de la transmission des traditions orales, des arts rituels et des pratiques sociales. Sous sa direction, le musée Makouiza a réalisé plusieurs actions majeures, telles que des expositions temporaires, des projets éducatifs, des colloques itinérants et la modernisation de l’accueil du public. Engagée en faveur de la démocratisation culturelle, elle développe également des partenariats avec les écoles, les collectivités locales, la presse écrite et les associations pour faire du musée un lieu vivant, inclusif et ancré dans son territoire. Sa vision : un dialogue intergénérationnel riche et respectueux, au service de l’identité et de la mémoire collective.

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