
Le Congo, qui a célébré le 65ème anniversaire de son indépendance le 15 août 2025, fait face à des défis majeurs. Son économie, bâtie essentiellement sur le secteur pétrolier, peine à répondre aux aspirations d’une population d’un peu plus de 6 millions de personnes, dont la majorité, confrontée aux difficultés du quotidien, cherche avant tout à vivre décemment. Gâté par la nature, le Congo dispose de nombreux atouts qu’il peut exploiter à bon escient pour aller de l’avant. Des réformes couplées à une amélioration de la gouvernance s’imposent.
L’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (Unicongo), qui entend apporter sa pierre à l’édifice, a organisé, en juin 2025, à Brazzaville, la cinquième édition de la Rencontre des Entrepreneurs francophones (REF). Michel Djombo, le président d’Unicongo, tire les premières leçons de ce rendez-vous international et envisage l’avenir avec réalisme.
Propos recueillis par Arthur Malu-Malu.
Makanisi : Quel bilan peut-on établir, trois mois après la tenue de la REF ?

Michel Djombo : L’élan a été clairement poursuivi, parce que l’Alliance des patronats francophones veut être le bras armé économique de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). L’OIF a, de tous temps, voulu être comme le Commonwealth qui a un pendant économique assez fort. L’OIF est ravie de disposer de l’Alliance des patronats francophones (APF). On a senti un grand engouement pour la REF à Brazzaville. C’est l’édition qui a connu la plus grande participation d’hôtes étrangers et d’acteurs nationaux.
Quelle a été la participation ?
Il y a eu plus de 2800 inscrits, les participants ont été probablement autour de 2000, les ¾ étant des Congolais. Toutes sortes de porteurs de projets ont pris part à ces travaux : étudiants, fonctionnaires, etc. D’un point de vue institutionnel, les cases sont toutes cochées. Unicongo avait un double objectif : faire du réseautage et la mise en relations avec les gens intéressés par le Congo et des gens qui, au Congo, sont déjà établis et cherchent des partenaires. Pour nous, c’est un magnifique outil de soft power.
Grâce à la REF, nous avons été contactés par des organisateurs d’un forum sur la fiscalité initié par le ministère qui veut que le secteur privé soit au cœur de la réflexion
Quelle est la prochaine étape ?
S’il ne faut parler que de quelques sujets congolo-congolais, nous demandions depuis longtemps au ministère des finances, entre autres, de discuter fiscalité et de mettre à plat l’environnement des affaires… Et grâce à la REF, nous avons été contactés par des organisateurs d’un forum sur la fiscalité initié par le ministère qui veut que le secteur privé soit au cœur de la réflexion. Des ministres veulent faire avancer certains agendas, comme s’ils voulaient montrer qu’ils collaborent aussi avec le secteur privé. Deux ministres nous demandent, à la manière d’un think tank, de leur proposer des idées qu’on pourrait mettre en œuvre d’ici trois ans, si possible, avec le moins de moyens publics.
Lire aussi : Brazzaville. REF 2025. La francophonie économique en marche. https://www.makanisi.org/brazzaville-ref-2025-la-francophonie-economique-en-marche/
Les relations entre Unicongo et les pouvoirs publics semblent de plus en plus cordiales…
La REF a été le rassemblement le plus important du secteur privé de l’histoire récente du Congo. Une trentaine de pays y ont pris part. Le président du Mouvement des Entreprises de France (Medef) est venu. Notre objectif n’est toutefois pas de rendre tellement cordiales nos relations avec le gouvernement.
Quelles sont les retombées de la REF sur l’économie congolaise ?
Il serait prématuré de faire une évaluation maintenant, trois mois après la clôture de la REF. Il faut, je pense, 18 mois pour voir si le pays est plus attractif pour les investisseurs étrangers. Dans les 18 mois qui ont précédé la REF, les investisseurs étrangers au Congo n’étaient que chinois, turcs et émiratis. Nous verrons donc si nous avons réussi à attirer d’autres nationalités.
Des pétroliers comme ENI ont réussi à faire suffisamment de lobbying pour dire que le gaz n’est pas tout à fait aussi sale que le pétrole.
Comment se porte le secteur pétrolier qui est l’un des principaux piliers de l’économie congolais ?
Les majors, ENI et Total notamment, sont en train de réduire la voilure sur le pétrole au Congo. Perenco reprend la majorité de leurs puits matures pour les redévelopper. C’est ainsi que Perenco a le vent en poupe au Congo et au Gabon. Je pense qu’un des majors pourrait se retirer à terme du Congo. La stratégie d’ENI est de se désengager du pétrole pour développer le gaz. Il y avait une volonté marquée d’arrêter de financer les hydrocarbures. Des pétroliers comme ENI ont réussi à faire suffisamment de lobbying pour dire que le gaz n’est pas tout à fait aussi sale que le pétrole. Et que le gaz permet d’avoir une production d’engrais, d’électricité, etc., comme si le pétrole ne servait qu’à faire tourner les voitures et les usines. Ils ont réussi à convaincre les banques. Puis la guerre d’Ukraine est arrivée. L’Europe avait besoin de gaz et a arrêté son approche dogmatique sur les hydrocarbures. Aujourd’hui, les grands pétroliers peuvent à nouveau financer le secteur gazier.
La fiscalité pétrolière appliquée aux parapétroliers mérite d’être regardée de près
Les activités parapétrolières semblent se développer aussi…
Il y a toujours eu un tissu de sociétés parapétrolières au Congo. Plusieurs entreprises locales sont au service des pétroliers. Cependant, de plus en plus de pétroliers poussent les coûts à la baisse en mettant la pression sur leurs premiers prestataires qui sont les parapétroliers. Cela a conduit au retrait de certaines sociétés internationales qui ne suivent pas, au motif que les coûts sont devenus trop bas pour elles. Elles s’engagent moins. La nature ayant horreur du vide, des Congolais s’engouffrent dans cette brèche.
Lire aussi : Silicone Connect. Une ambition : faire du Congo un pays de transit numérique https://www.makanisi.org/silicone-connect-une-ambition-faire-du-congo-un-pays-de-transit-numerique/
De quelles sociétés congolaises s’agit-il ?
La fiscalité pétrolière appliquée aux parapétroliers mérite d’être regardée de près. Une loi au Congo dit que lorsque vous avez plus de 70 % de votre chiffre d’affaires réalisé avec des clients pétroliers, on vous applique la fiscalité pétrolière. La fiscalité pétrolière est un impôt de 10 % sur le chiffre d’affaires. Le rendement d’une entreprise appliquant une stratégie cohérente dans tous les pays où l’environnement des affaires est favorable s’élève généralement à 10 – 15 % de son chiffre d’affaires. Cette situation étrangle les pétroliers et fait que des Congolais commencent à s’aventurer dans le parapétrolier. Je connais une société en particulier qui faisait du nettoyage industriel, du gardiennage, etc. qui s’oriente vers le parapétrolier… Ce sont des Congolais qui entendent parler des contrats que telle ou telle autre grande société a perdus et qui seront remis en jeu par un appel d’offres. C’est perçu comme une aubaine, sauf que les conditions de réalisation des travaux ne sont plus les mêmes qu’il y a 10 ans.
Les pétroliers connaissent la part qu’ils représentent dans l’économie et sont de redoutables interlocuteurs dans la négociation commerciale.
Le secteur parapétrolier est-il un secteur porteur ?
Les pétroliers connaissent la part qu’ils représentent dans l’économie et sont de redoutables interlocuteurs dans la négociation commerciale. Les pétroliers ont des marges exceptionnelles. Ils se comportent néanmoins comme des sociétés en quasi faillite dont la survie dépend du fait de rogner sur les marges de leur prestataire. Cet état d’esprit entrave le développement du secteur parapétrolier. Si la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) fonctionnait correctement, on n’aurait pas la même discussion, parce que la SNPC aurait une préférence nationale et agirait de façon plus vertueuse. Les sociétés pétrolières ne rapatrient pas tous leurs bénéfices. Comme elles ne sont pas très transparentes sur leurs comptes, elles peuvent se prévaloir de revenus ou de bénéfices faibles. Une société nationale avec une bonne gouvernance, qui rapatrie tous ses fonds ici, paie correctement ses prestataires, en temps et en heure, aurait un impact sur le secteur parapétrolier. Aujourd’hui, la société ENI est le pire payeur du Congo après l’État. Cette société peut mettre jusqu’à un an et demi pour payer une facture.
Les parapétroliers font-ils du lobbying en haut lieu ?
Les parapétroliers ne font pas de lobbying dans les hautes sphères du pouvoir. Ils sont inféodés aux pétroliers. Les parapétroliers sont totalement effacés face aux pétroliers. Il y a tout de même une nouvelle donne : ENI se retire en partie au profit d’AMMAT, une société connue en Italie apparemment dans la distribution de carburant, mais pas dans le trading ou la production.
Où en est la réflexion sur l’après-pétrole et la diversification de l’économie ?
L’après-pétrole et la diversification de l’économie dépendent, en grande partie, de la gouvernance. Aujourd’hui, le gouvernement n’est pas vraiment « secteur privé friendly ».













