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vendredi 1 mars 2024
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Congo. Ils entreprennent… Gilles Tchamba, DG de L’Archer Capital. 2/3

Ils sont ambitieux et tenaces, courageux et inventifs. Ils ont la quarantaine ou frisent la cinquantaine et, déjà, derrière eux, une belle expérience entrepreneuriale qui leur a permis de maîtriser les clefs du management, de s’aguerrir, d’aborder et de résoudre tout type de problèmes. Loin d’être des fils ou des filles à papa, ces entrepreneurs, quelle que soit la taille de leur entreprise, qui ont souvent démarré leurs activités avec leurs seules économies et la tête pleine d’idées, font preuve de résilience et d’inventivité, savent s’adapter aux circonstances et innover, même dans les environnements les plus difficiles. Makanisi présente le parcours de trois d’entre eux : une femme, Carmen Valélé Moukouri et deux hommes, Vivien Ngoma et Gilles Tchamba.

Place, dans ce deuxième volet, au parcours de Gilles Tchamba, directeur général de L’Archer Capital.

L’Archer Capital, tel est le nom de la Holding fondée par des experts financiers congolais, qui compte une Société de Bourse et une autre de Gestion de Portefeuille. Tout un symbole, « L’archer se sert de son arc et de ses flèches pour atteindre ses cibles. C’est l’image que l’on présente à notre clientèle. Cela signifie que l’on met toute notre technicité au service de nos clients pour leur permettre d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés », explique Gilles Tchamba, directeur général de L’Archer Capital.

Loin de limiter son art à l’utilisation d’un arc et de flèches, l’archer tient également compte de tout un ensemble de facteurs, comme le vent, qui peuvent modifier la trajectoire de la flèche et la dévier de sa cible.

Loin de limiter son art à l’utilisation d’un arc et de flèches, l’archer tient également compte de tout un ensemble de facteurs, comme le vent, qui peuvent modifier la trajectoire de la flèche et la dévier de sa cible. « Nous prenons en compte l’environnement, dont la conjoncture ou les phénomènes sociaux qui peuvent influencer le cours des événements. Notre intelligence ne se limite pas à nos aptitudes techniques, mais elle inclut également notre capacité à comprendre le contexte dans lequel l’on se trouve », martèle ce chef d’entreprise qui frise la quarantaine.

Cette image de « combattant », car l’archer est d’abord un soldat, peut aussi s’appliquer à des entrepreneurs, comme Gilles Tchamba, qui se battent pour développer leur entreprise, innover, rectifier, voire résister, quel que soit le contexte.

D’Ecobank à UBA…

Élève, Gilles Tchamba n’avait pas de prédisposition particulière pour la finance. « J’étais plutôt passionné par l’histoire et la géographie. Le goût pour la finance m’est venu plus tard  », confie-t-il.

Né à Brazzaville, il passe une partie de sa jeunesse à Pointe-Noire, puis entreprend des études supérieures de finances à l’École Supérieure de Gestion et d’Administration des Entreprises  (ESGAE) à Brazzaville, qu’il achève en 2009. À peine ses études terminées, l’ESGAE l’engage, à temps plein, comme enseignant en finance d’entreprise : « Je continue à enseigner à l’ESGAE, mais de manière ponctuelle », précise-t-il.

En 2010, Gilles Tchamba rejoint Ecobank Congo, en tant que gestionnaire actif-passif : « J’étais chargé du bilan de la banque ». En 2019, il quitte Ecobank pour la United Bank for Africa (UBA) Congo-Brazzaville, comme directeur de la Trésorerie. Il y restera jusqu’en 2021.

C’est pendant la pandémie de Covid-19, que l’idée de fonder L’Archer Capital a germé dans la tête de ces jeunes experts financiers parmi lesquels figurait Gilles Tchamba. « Dès le début de la pandémie, on a senti l’importance d’accompagner les États de la Communauté Économique et Monétaire des États d’Afrique Centrale (CEMAC), notamment pour financer leurs besoins de fonctionnement. Tous les États du monde étant dans la même situation, il n’y avait plus assez d’entrées financières. Il fallait donc trouver de nouvelles sources de financement en attendant la reprise des activités au niveau mondial ».

« Dès le début de la pandémie, on a senti l’importance d’accompagner les États de la Communauté Économique et Monétaire des États d’Afrique Centrale (CEMAC), notamment pour financer leurs besoins de fonctionnement. »

Naissance de L’Archer Capital

L’équipe planche très vite sur la mise en place d’une stratégie pouvant répondre efficacement aux besoins de financement des États de la CEMAC. « Les banques locales ne s’inscrivaient pas vraiment dans cette logique. Nous avons donc créé, fin 2020, L’Archer Capital pour pallier ce manque. Nous avons fait nos débuts dans un petit appartement au Camp Clairon. Nous n’avions pas assez de moyens pour nous offrir un plus grand local. Nous avons travaillé d’arrache-pied  », se souvient Tchamba.

Pour permettre à l’institution d’être plus visible, l’équipe s’installe, en janvier 2021, en centre-ville, dans l’immeuble Coray Résidence, au-dessus du magasin Brooks Brothers, sur l’avenue Nelson Mandela. Puis, en 2022, elle emménage dans l’immeuble AGC, sis avenue Denis Sassou N’Guesso, où les bureaux occupent aujourd’hui deux étages : le 3ème et le 10ème.

De simple startup financière au départ, L’Archer Capital s’est transformé en banque d’investissement. « Nous avons démarré avec un capital de 10 millions de FCFA. À cette époque, nous faisions essentiellement du conseil en mobilisation de ressources. Puis, nous avons créé deux filiales métiers : L’Archer Capital Securities, une Société de Bourse, avec un capital de 300 millions de FCFA et L’Archer Capital Asset Management, qui est une société de gestion d’actifs et de conseil en investissements, au capital de 150 millions de FCFA », informe Tchamba.

De simple startup financière au départ, l’Archer Capital s’est transformé en banque d’investissement.

Lire aussi : Congo. Ils entreprennent et réussissent. Portrait de Vivien Ngoma. 1/3. https://www.makanisi.org/congo-ils-entreprennent-et-reussissent-portrait-de-vivien-ngoma-1-3/

Des employés jeunes et passionnés

Outre Brazzaville et Pointe-Noire, la Holding compte une filiale commerciale à Malabo, la capitale de la Guinée Équatoriale, qui propose les produits et services des deux filiales congolaises ; soit un total d’environ 40 employés.  Quels sont leurs profils ? « Ce ne sont pas spécialement les diplômes qui nous importent, même s’ils permettent de situer le niveau d’études. Nous engageons surtout des jeunes, car nous préférons travailler avec des gens qui n’ont pas encore pris des habitudes, qui sont dynamiques et qui en veulent. Nous voulons aussi des personnes passionnées. Nous recherchons davantage la passion plutôt que l’intelligence intellectuelle. Nous sommes une petite institution, avec une très grande ambition ».

« Nous recherchons davantage la passion plutôt que l’intelligence intellectuelle »

Levée de fonds

Figurant parmi les 3 sociétés de bourse existant au Congo, L’Archer Capital Securities accompagne les États et les grandes entreprises de la sous-région, dont des fonds de garanties et des municipalités, dans la levée de fonds pour assurer leurs besoins d’investissement et/ou de fonctionnement. « Nous avons une salle de marchés, où nos traders recherchent, à travers notre réseau de banques et de sociétés d’assurances, les liquidités disponibles à placer. Nous étudions les besoins que les banques locales ne peuvent pas gérer seules. Le montant de financement minimum est de 5 milliards de FCFA ». Les fonds proviennent généralement de la sous-région, mais L’Archer Capital ambitionne de se tourner également vers l’Amérique Latine, l’Europe ainsi que le Proche et le Moyen-Orient.

La gestion d’actifs

Le volet « gestion d’actifs » a pour objet de collecter et de rentabiliser l’épargne publique, provenant généralement de particuliers, mais aussi d’entreprises et de banques qui confient la gestion de leurs liquidités à L’Archer Capital Asset Management. « Dans leur politique de gestion du personnel, certaines entreprises veulent créer un fonds commun de placement qui gérerait la retraite complémentaire de leurs salariés. Nous proposons ainsi des plans d’épargne retraite, de construction ou d’études pour les enfants. Nous sommes une sorte d’assurance vie sans être dans l’assurance. Nous plaçons l’épargne directement, sans intermédiaire ».

Nous proposons ainsi des plans d’épargne retraite, de construction ou d’études pour les enfants. Nous sommes une sorte d’assurance vie sans être dans l’assurance.

Tout le monde peut placer son épargne chez L’Archer Capital Asset Management, le minimum requis étant de 50 000 FCFA. De 5%, la rémunération est passée à 9% après un an de placement, pour l’épargne longue. Tous les contrôles bancaires classiques sont observés, notamment ceux ayant trait au blanchiment d’argent.

D’environ 800 millions de FCFA en début 2023, le niveau d’actifs sous gestion de L’Archer Capital Asset Management devrait atteindre 20 milliards de FCFA en fin d’année et 200 milliards de FCFA fin 2024. Ce qui positionnerait alors la société non loin derrière le camerounais Harvest Asset Management (environ 250 milliards de FCFA), actuel leader en Afrique centrale.

Lire aussi : Congo. Ils entreprennent… Carmen Moukouri, directrice d’Eyano Services. 3/3. https://www.makanisi.org/congo-ils-entreprennent-carmen-moukouri-directrice-deyano-services-3-3/

Consolider les acquis

Si une filiale a été ouverte à Malabo, un marché certes plus petit que le Congo mais dont le potentiel important de ressources permet de nourrir les ambitions de la Holding, l’objectif à moyen terme est de consolider les acquis, avant d’aller à la conquête d’autres pays. « Nous voulons consolider notre expertise. Nous sommes soucieux de nous différencier par notre expertise et notre qualité de service. Or le service de qualité est très rarement au rendez-vous, il faut l’installer. On nous propose rarement un service ou un produit qui cadre avec nos besoins et répond à nos spécificités. On nous applique plutôt un modèle standard sans prendre le soin de nous écouter. C’est cette qualité de service que nous voulons asseoir afin d’être utile à nos clients », indique Tchamba.

« Nous voulons consolider notre expertise. Nous sommes soucieux de nous différencier par notre expertise et notre qualité de service… »

Dans un pays où les gens ont peu l’habitude de construire l’avenir, L’Archer Capital s’est assigné le rôle pédagogique de vulgariser le concept d’épargne et de capitalisation. « On veut davantage impliquer la classe moyenne dans cet objectif et instaurer l’idée que la retraite par capitalisation est une bonne chose ». En effet, même si un retraité reçoit une pension de vieillesse, la retraite se traduit par une baisse importante du pouvoir d’achat, qui peut être amortie par une retraite par capitalisation. « Ce système est particulièrement efficace quand la décision de financer une retraite complémentaire est prise très en amont », assure-t-il.

L’Archer Capital s’est assigné le rôle pédagogique de vulgariser le concept d’épargne et de capitalisation.

Communiquer

Toutefois, le marché congolais est en mutation. En effet, les mentalités évoluent tant du côté des particuliers que des entreprises, notamment dans le secteur pétrolier, qui incitent les représentants du personnel à investir dans des instruments de placement collectif , dans le cadre des plans d’investissement prévus pour la retraite complémentaire. Reste à L’Archer Capital de lancer une grande campagne de communication sur le sujet. « En octobre prochain, lors de la Semaine de l’investisseur, nous lancerons officiellement la branche Société de gestion d’actifs du groupe. Ce sera sa première grande publicité », annonce Tchamba.

Pour ce dernier, les choses iront très vite. Pour deux raisons :  l’existence d’interlocuteurs sérieux dans la gestion d’actifs et la mise en place d’un plan de communication pensé spécifiquement pour sensibiliser des populations à de nouveaux produits d’épargne et d’investissement.

« Les instruments d’épargne collective sont encadrés par des règles d’investissement strictes et contrôlés à de multiples niveaux. »

Des règles strictes

Dans le contexte actuel, la population étant très peu encline à se tourner vers des produits inconnus, quels sont les éléments de sécurité qui viendraient atténuer cette réticence ? « Les instruments d’épargne collective sont encadrés par des règles d’investissement strictes et contrôlés à de multiples niveaux ». Le contrôle est notamment effectué par un régulateur en la personne de la Commission de Surveillance du Marché Financier (COSUMAF), le dépositaire qui reçoit les fonds et un commissaire aux comptes qui audite et certifie chaque exercice comptable.  « Les fonds sont domiciliés dans des banques, qui ne nous permettent pas de faire des virements. L’argent est principalement destiné à l’acquisition de titres émis par les États de la CEMAC. C’est la Banque des États d’Afrique Centrale (BEAC) du pays émetteur qui organise le remboursement. L’arbitre est la Banque centrale qui ne permet pas le défaut des États », signale le directeur général.

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