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mercredi 24 avril 2024
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Congo. L’apiculture, une filière pleine de promesses

Prévue dans la stratégie de développement de la Société des plantations forestières Batéké Brazzaville (SPF2B), l’apiculture vient d’être lancée dans le district d’Ignié (Pool), avec l’installation de dix ruches dans les plantations forestières de l’entreprise. La mise en place de ce pilote a reçu l’appui technique de l’ONG française ApiflorDev, qui a formé également des apiculteurs.

Entretien avec Paul Bertaux (Directeur Technique / Environnement, Social et Gouvernance) sur une filière pleine de promesses, qui reste à organiser, et sur un nouveau produit qui répond à la volonté de SPF2B de diversifier ses produits/marchés. 

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Vous venez d’installer un premier rucher dans vos plantations forestières situées dans le nord du Pool. Qu’est-ce qui a motivé cette décision  ?

Paul Bertaux : Nous poursuivons le déploiement de nos plantations de nouvelle génération, c’est-à-dire multi-produits/marchés, à fort impact social et environnemental. Ainsi, nos plantations forestières et agroforestières s’adressent à plusieurs marchés : crédit-carbone, agriculture (avec l’agroforesterie), bois d’œuvre, bois-énergie, PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux, dont le miel), etc. On ne veut pas qu’ellessoient captives d’un seul produit, comme beaucoup de plantations l’ont été ou le sont encore dans le monde. L’acacia a la caractéristique d’être une plante très mellifère, avec des potentiels de production très élevés. En RDC, plusieurs projets de plantations d’acacias ont développé une activité apicole à un niveau relativement important. On sait donc que l’on peut développer cette filière au Congo car les conditions sont très proches. Cette nouvelle activité dans nos plantations va permettre d’augmenter l’impact socio-économique de nos programmes.

L’acacia a la caractéristique d’être une plante très mellifère, avec des potentiels de production très élevés

Pourquoi avez-vous choisi de vous associer avec l’ONG française Apiflordev pour mettre en place ce premier rucher ?

Cette ONG (www.apiflordev.org), qui est très active en Afrique centrale, est composée d’apiculteurs et de professionnels de la filière. Elle apporte un savoir-faire reconnu. On s’est donc associé avec elle pour mettre en place plusieurs pilotes sur nos différentes plantations.

Y-a-t-il une tradition d’apiculture au Congo ?

Il y a quelques ruches çà et là, mais il n’y a pas de tradition d’apiculture organisée au Congo. C’est donc à la fois la difficulté mais aussi une opportunité, car il y a une demande de miel au Congo. Il existe des récolteurs de miel dont l’activité s’apparente à la cueillette,  mais il n’y a pas réellement d’éleveurs d’abeilles. Les populations vont chercher, surtout en forêt, les essaims naturels d’abeilles. Mais pour prélever le miel, elles détruisent les essaims. Certes, la colonie d’abeilles ne disparaît pas forcément, mais si la reine est tuée lors de la récolte, l’essaim ne sera pas reconstitué à un autre endroit. Toutefois, cette cueillette se faisant à faible échelle au Congo, il n’y a pas de menace pour les abeilles.

Il existe des récolteurs de miel dont l’activité s’apparente à la cueillette,  mais il n’y a pas réellement d’éleveurs d’abeilles.

En revanche, l’apiculture est un élevage organisé et systématique qui permet une production durable de miel, à partir de ruches. La ruche est organisée pour que la colonie et l’essaim se développent. Seule une partie du miel est collectée. Ce qui reste permet de nourrir les abeilles et d’assurer la survie et la vie de la colonie. En apiculture, le miel est récolté régulièrement et les colonies d’abeilles sont maintenues et préservées.

Apiflordev a-t-elle aussi pour mission de former des apiculteurs ?

C’est une nouvelle activité pour nous et il y a très peu d’apiculteurs au Congo. Il faut donc former nous-mêmes nos équipes d’apiculteurs. Des jeunes ont été recrutés spécifiquement pour former notre équipe d’apiculteurs en interne. Un noyau de base, composé de quelques ingénieurs et techniciens, qui auront un rôle transversal, a ainsi été formé par Apiflordev ainsi que les responsables opérationnels de nos différents programmes de plantations, qui déploieront, le moment venu, la production de miel sur leurs sites respectifs.

C’est une nouvelle activité pour nous et il y a très peu d’apiculteurs au Congo. Il faut donc former nous-mêmes nos équipes d’apiculteurs.

À quelle quantité estimez-vous la demande de miel au Congo ?

On sait qu’il y a une demande locale, mais on doit encore la quantifier. La demande, qui s’est ajustée à une offre qui est faible (miel de « cueillette »), est forcément relativement limitée. Nous avons donc lancé une étude pour identifier ce marché local et sa réponse potentielle à une offre élargie. C’est la première étape. À l’étape suivante, on visera le marché régional. Kinshasa est proche et les différents pays du bassin du Congo peuvent être également une cible commerciale. À la troisième étape, d’ici trois ou quatre ans, nous pourrons envisager d’exporter vers l’Europe, qui est globalement déficitaire en miel et fortement importatrice. Pour exemple, la France importe la moitié de sa consommation, oscillant entre 50 000 et 60 000 tonnes par an. C’est une cible pour nous, même si l’exportation de denrées alimentaires vers l’Europe est un processus très compliqué, qui nécessite une importante préparation.

On sait qu’il y a une demande locale, mais on doit encore la quantifier. La demande, qui s’est ajustée à une offre qui est faible (miel de « cueillette »), est forcément relativement limitée.

Comptez-vous développer la filière apicole dans vos plantations situées dans les départements des Plateaux et du Kouilou ? 

On va développer, en effet, l’apiculture au-delà du Pool où se trouve SPF2B. On a prévu d’installer un pilote, l’an prochain, sur le programme BaCaSi, avec notre partenaire TotalÉnergies, qui se trouve dans les Plateaux. Selon le potentiel mellifère des eucalyptus, nous étudions aussi la possibilité de mettre en place la filière dans le Kouilou, sur le programme de plantations de Cofor, qui associe eucalyptus et acacias.

Compte-tenu de ces projets, quelles sont vos projections de production de miel ?

Si l’on se base sur les superficies d’acacias qui seront plantées d’ici 10 ans sur nos programmes actuels, on atteindra environ 60 000 hectares d’acacias en cumulé. Dans ces conditions, la production annuelle de miel pourrait atteindre théoriquement 6 à 9 000 tonnes.  

La production annuelle de miel pourrait atteindre théoriquement 6 à 9 000 tonnes.  

En RDC, la production maximale de miel en RDC est de l’ordre de 100 à 150 kg/ha/an en plantation d’acacia, à partir de 3 ans. Ainsi, avec les programmes de plantation que d’autres acteurs privés et institutionnels démarrent en ce moment, cette démarche, si elle est validée, devrait permettre au Congo de devenir un acteur important de la filière et satisfaire les marchés locaux, régionaux et à l’export.

Quand sortira la première récolte de miel ?

Dans le Pool, on est au tout début de l’aventure.  On vient d’installer un rucher comprenant une dizaine de ruches. Pour une nouvelle ruche, la première récolte intervient généralement après six à huit mois. On s’attend donc à une première récolte début 2024. Quand les colonies d’abeilles sont bien installées dans les ruches, la production devient régulière et soutenue. 

Lire aussi : Congo. La SPF2B mise sur l’acacia dans le plateau de Mbé. https://www.makanisi.org/congo-la-spf2b-mise-sur-lacacia-sur-le-plateau-de-mbe/

D’où viennent les abeilles ?

Ce sont des abeilles naturelles d’Afrique, de la sous-espèce Apis mellifera adansonii qui est dominante en Afrique centrale. Ces abeilles sont très productives et bien adaptées à leur environnement. Il faut savoir qu’il est interdit d’importer des espèces d’abeilles d’autres régions. Rien ne le justifie de toutes façons.

Ce sont des abeilles naturelles d’Afrique, de la sous-espèce Apis mellifera adansonii qui est dominante en Afrique centrale.

Jusqu’à combien de ruches peut contenir un rucher ?

Un rucher peut contenir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de ruches au même endroit. Tout dépend des sources de nourriture. Au milieu d’une plantation d’acacias, qui sont très mellifères, on peut avoir plusieurs centaines de ruches. Mais ce qui importe, c’est d’assurer aux abeilles une alimentation diversifiée et continue.

Ce qui importe, c’est d’assurer aux abeilles une alimentation diversifiée et continue.

Quels sont les meilleurs aliments pour les abeilles ?

Dans nos plantations, nous avons deux types d’acacias qui sont complémentaires en termes de floraisons. Nous allons progressivement rajouter d’autres espèces d’arbres et de fleurs pour améliorer la qualité et la quantité de l’alimentation destinée aux abeilles. Des études sont en cours sur ce point, pour analyser la présence et les périodes de floraison de toute une série d’espèces de fleurs et d’arbres. Elles permettront de savoir s’il sera nécessaire d’introduire ou non d’autres espèces végétales par rapport à celles existantes. À titre d’exemple, autour de nos plantations, il y a déjà des palmiers à huile qui sont eux aussi mellifères. Ce sera une première possibilité de diversifier l’alimentation des abeilles. Mais on envisage aussi de planter des arbres fruitiers, comme les safoutiers, les manguiers et les avocatiers, eux aussi mellifères.

Attirées par ces arbres, qu’elles butinent et sur lesquels elles ont construit des essaims,  les abeilles sont déjà naturellement très présentes sur nos plantations.

Comment faites-vous pour attirer les abeilles dans vos ruches ?

Nos plantations ont débuté en 2018 et auront cinq ans à la fin de cette année. Or les premières floraisons surviennent déjà après trois ans. Attirées par ces arbres, qu’elles butinent et sur lesquels elles ont construit des essaims,  les abeilles sont donc déjà naturellement très présentes sur nos plantations.  Il restait à les attirer dans nos ruches. Il y a deux méthodes pour les amener à rejoindre nos ruches : le piégeage avec des appâts ou la capture des essaims naturels. Pour ce faire, on prélève manuellement les essaims qu’on positionne dans une ruche, puis on installe la ruche dans le rucher. On a battu des records selon notre partenaire Apiflordev, qui n’avait jamais vu des piégeages aussi rapides. Lors de l’installation du pilote,  on a pu peupler, en très peu de temps, une dizaine de ruches par ces deux méthodes. Ainsi, notre pilote a débuté sous de bons augures. Nous sommes très confiants sur le réel potentiel de cette activité apicole au Congo.

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