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lundi 1 mars 2021
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Dans quelles filières les entreprises chinoises investissent-elles au Congo ?

À partir des années 2000, à la faveur d’un vaste programme d’investissement public lancé par l’État congolais, de nombreuses sociétés chinoises, notamment publiques, ont débarqué au Congo. D’abord dans la filière BTP, où elles sont intervenues en tant que prestataires de service. D’autres sociétés,  généralement à capitaux privés, sont venues investir dans divers secteurs d’activité. Cette tendance pourrait se renforcer dans les mois à venir, mais dans un cadre juridique différent.

Prestations de services dans la filière BPT

La présence chinoise au Congo a connu un coup d’accélérateur au début des années 2000, quand Pékin décide de s’ouvrir à l’Afrique. Pays privilégié de la coopération sino-congolaise, le Congo obtient le statut de pays pilote. Signé en 2006, l’accord-cadre de partenariat stratégique entre les deux parties sera élevé, en 2016, au rang de partenariat stratégique global.

Au milieu des années 2000, quand l’État congolais lance ses grands chantiers d’intérêt national et départemental (municipalisation accélérée), des sociétés chinoises de BTP, qui remportent de nombreux appels d’offres, vont ainsi mettre pied au Congo, en tant que prestataires de service, dans un contexte de rapport de fournisseur à client. Mais pas en tant qu’investisseurs.  

Des sociétés chinoises de BTP, qui remportent de nombreux appels d’offres, vont ainsi mettre pied au Congo, en tant que prestataires de service, dans un contexte de rapport de fournisseur à client. Mais pas en tant qu’investisseurs.

Au menu de ce programme d’investissement public, qui a bénéficié de prêts bonifiés accordés par la Chine, via la China EximBank et la China Development Bank, figurait la construction d’infrastructures : barrages hydroélectriques, lignes de transport d’énergie, routes, ports fluviaux, aérogares, usines d’eau, réseaux d’eau et d’assainissement, logements, hôpitaux, écoles, édifices publics, complexes sportifs, fibre optique et autres…

Des investissements limités

Bien que très limité, l’investissement direct chinois est une autre facette de la présence des entreprises de l’Empire du milieu au Congo.

Bien que très limité, l’investissement direct chinois est une autre facette de la présence des entreprises de l’Empire du milieu au Congo. Il est le fait d’une variété d’acteurs, le plus souvent privés, composés de simples commerçants, de petites sociétés artisanales, de PME et de filiales de grandes entreprises chinoises, dont certaines opèrent en joint-venture avec l’État congolais. Leurs secteurs de prédilection sont la filière bois, les mines, les hydrocarbures et les matériaux de construction. Les montants investis par les Chinois au Congo sont très inférieurs aux montants qu’ont reçus les sociétés chinoises de BTP pour leurs prestations. Sur ce plan, la balance est très déséquilibrée.

La filière bois

Les sociétés à capitaux chinois sont bien représentées dans la filière bois. Elles disposent de quelque 3 millions d’hectares concédés sur les 15,3 millions d’ha attribués à l’exploitation industrielle.

Quelque 3 millions d’hectares concédés sur les 15,3 millions d’ha attribués à l’exploitation industrielle.

Les concessions se répartissent entre la Société d’exploitation forestière Yuang Dong (Sefyd), Thanry Congo et Wang Sam Resources and Trading Congo, toutes trois établies dans la partie nord du Congo, la Sino Congo Forêts (Sicofor), implantée dans le sud,  ainsi que la Congo Deija Wood Industry et Christelle dont une partie du capital appartient à des privés chinois, installées dans le nord-ouest. Environ 90 % du total des exportations de grumes et 43 % de celles de sciages humides sont destinées à la Chine.

Les Chinois ont également mis pied dans la sylviculture. Ainsi FL Groupe, qui a obtenu en 2016 une concession de 6 000 ha dans la plantation d’eucalyptus à croissance rapide de Loudima (Bouenza), a lancé la fabrication de panneaux agglomérés et recueille la résine des pins pour en faire du vernis et de l’encre.

La scierie de la société chinoise Wang Sam Resources à Bokagna (Cuvette). @MDMM

Dans les mines tous azimuts

Dans le secteur minier, de l’or au cuivre, en passant par le fer, le diamant, le coltan et bien d’autres métaux et minerais, tout intéresse la Chine. C’est ainsi qu’une kyrielle de sociétés minières à capitaux chinois, pour la plupart très petites, se sont implantées sur quasiment tout le territoire congolais. La plupart sont au stade de la prospection et de la recherche et leurs activités sont bien souvent artisanales.

C’est ainsi qu’une kyrielle de sociétés minières à capitaux chinois, pour la plupart très petites, se sont implantées sur quasiment tout le territoire congolais.

Encore limitée, l’exploitation semi-industrielle  porte essentiellement sur l’or, qui attire plusieurs acteurs dont Minerelya, Zhi Guo Pétrole, Zhong Jin Hui Da,Wan Li Kuan, Ye Youxian Konxi, et quelques autres.

Attrait pour les polymétaux et la potasse

Au stade de l’exploitation industrielle, le projet d’envergure est celui mené par la Société de recherche et d’exploitation minière (Soremi), dans la filière cuivre/polymétaux. La Soremi est un partenariat entre la China national Gold Group Corporation (60 %), l’américain Gerald Metals (30 %) et l’État congolais (10 %). Au Congo, elle exploite des gisements à Mfouati et à Boko-Songho. En 2018, elle a produit 15 862 tonnes de cathodes de cuivre dont 75% ont été exportés vers la Chine. D’autres sociétés opèrent dans cette filière : Dong Ya et Wan Li Kuan Ye Youxian Konxi.

La Soremi est un partenariat entre la China national Gold Group Corporation (60 %), l’américain Gerald Metals (30 %) et l’État Congolais (10 %).

Dans la filière potasse, MagMinerals Potasses Congo (MPC), contrôlée par le chinois Evergreen Holding Groupe S.A, devait développer le gisement de Mengo, dont les réserves sont estimées à plus de 33,7 millions de tonnes. Mais le projet piétine. La chinoise Luyan des Mines,  qui a obtenu, en juillet 2018, une convention d’exploitation minière, est présente sur le gisement de Mboukoumassi dont les réserves seraient d’environ un milliard de tonnes. D’autres sociétés, dont  Zhi Guo Pétrole, sont en phase d’exploration.

Les promesses du pétrole

Dans le secteur des hydrocarbures, l’Empire du Milieu est représenté par trois sociétés. Une seule est en phase d’exploitation : la Wing Wah, opérateur du permis d’exploitation Banga Kayo, dont elle détient 85% de participations à côté de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Situé en onshore dans le département du Kouilou, le gisement n’a pas encore révélé tout son potentiel, mais ses réserves semblent prometteuses.

Dans le secteur des hydrocarbures, l’Empire du Milieu est représenté par trois sociétés. Une seule est en phase d’exploitation : la Wing Wah, opérateur du permis d’exploitation Banga Kayo

Les deux autres compagnies sont en phase de recherche sur le permis Haute Mer A. Il s’agit de la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), opérateur du permis (45%), et de l’OPIC-Congo, un privé chinois qui intervient comme associé (20%) à côté de la SNPC (15%) et d’Oryx Petroleum (20%).

Matériaux de construction et commerce

Sur les cinq cimenteries que compte le Congo, deux sont détenues par des Chinois : la Société nouvelle des ciments du Congo (Sonocc), une joint-venture entre la Société nationale chinoise des travaux des ponts et chaussées  (56%) et l’État congolais et la Forspak International Congo, toutes deux situées dans la partie sud du Congo.

Dans la filière matériaux de construction, opère également la Japan Metal Industrie qui fabrique du fer à béton. L’agriculture (riziculture et maraîchage) mobilise quelques opérateurs.

Très présents dans le petit commerce de détail, les Chinois ont perdu des points dans la moyenne distribution, leur enseigne Asia ayant disparu à Brazzaville et à Pointe-Noire.

La Banque sino-congolaise pour l’Afrique

Siège de la BSCA à Brazzaville. @MDMM

La Chine a franchi un nouveau pas en 2014 en s’implantant dans le secteur bancaire congolais. Constituée le 15 décembre 2014, la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA) a obtenu, fin mai 2015, son agrément. Implantée à Brazzaville et Pointe-Noire, la banque, dont les actionnaires sont la Banque Agricole de Chine, l’État congolais, la SNPC, ainsi que des privés congolais, a pour vocation de financer des projets publics et privés, portés par des entreprises congolaises et étrangères, notamment chinoises, au Congo et dans la sous-région. La création des Zones économiques spéciales (ZES), en particulier celle de Pointe-Noire, lui en donnera l‘opportunité.

Réorientation du partenariat Chine-Congo

Divers facteurs, dont la crise économique et financière que traverse le Congo, liée à la baisse des cours mondiaux du pétrole et son surendettement, ont amené les deux parties à réorienter leur partenariat.  

La nouvelle approche encourage l’établissement de joint-ventures et de Partenariats public-privé (PPP) et l’installation des sociétés dans les ZES du Congo.

La nouvelle approche encourage l’établissement de joint-ventures et de Partenariats public-privé (PPP) et l’installation de certaines entreprises dans les ZES du Congo, qui offriront des avantages fiscaux et douaniers. C’est ainsi que le chinois Beijing Fortune Dingheng prévoit d’implanter une raffinerie de pétrole, la deuxième du pays, dans la ZES de Pointe-Noire.

Autant de facteurs qui ont conduit les autorités congolaises à réviser certaines dispositions des lois régissant les ZES au Congo. À suivre.

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