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vendredi 25 juin 2021
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La RDC sur le front du financement des économies africaines

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, qui occupe actuellement la présidence tournante de l’Union africaine, a participé, le 18 mai 2021, à Paris, en compagnie d’une trentaine de dirigeants, à un sommet sur le financement des économies africaines fragilisées par la crise sanitaire mondiale.

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de covid-19 a entraîné çà et là des restrictions drastiques qui ont affecté l’économie mondiale. Si en Europe et en Amérique, le choix a été fait de s’endetter massivement pour relancer les économies, alors que la pandémie semble refluer un peu partout, les pays africains ne savent plus sur quel pied danser. Les calculs du Fonds monétaire international (FMI) indiquent que les pays dits avancés ont consacré environ 25 % de leur richesse nationale à des plans de relance, alors que sur le continent africain, cette proportion est estimée à 2 %.

« Cette pandémie a laissé nos économies exsangues car nous avons dû consacrer le peu de moyens que nous avions à combattre la maladie »

C’est dans ce contexte que la France, à l’initiative du président Emmanuel Macron, a organisé, le 18 mai, à Paris, un sommet sur le financement des économies africaines. Une trentaine de dirigeants, dont Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo et président en exercice de l’Union africaine, ont pris part à ces travaux. Des représentants du FMI, de la Banque mondiale (BM) et de la Banque africaine de développement (BAD) y ont également été associés.

« Cette pandémie a laissé nos économies exsangues car nous avons dû consacrer le peu de moyens que nous avions à combattre la maladie », a affirmé Félix Tshisekedi, Les discussions ont tourné autour de la dette et du secteur privé africain dont l’expansion est perçue comme l’une des clés du décollage économique du continent.

Sommet sur le financement des économies africaines à Paris au Grand Palais éphémère

Le « New Deal » ne s’est pas dessiné

Si le « New Deal » mis en avant par le président français ne s’est pas dessiné au cours de ce sommet qui n’a pas donné lieu à des engagements fermes, il a néanmoins été question de poursuivre la réflexion sur les Droits de tirage spéciaux (DTS). Ces actifs monétaires du FMI peuvent être convertis en devises. Par ce mécanisme, l’Afrique pourrait bénéficier de 33 milliards de dollars, sans pour autant alourdir sa dette. Même si ce montant paraît nettement en-deçà des besoins du continent, que le FMI estime globalement à 285 milliards de dollars, pour annihiler les effets de la pandémie d’ici à 2025, cela serait un pas dans la bonne direction.  Intervenant par visioconférence, Janet Yellen, la secrétaire américaine au Trésor (ministre des finances), s’est prononcée en faveur de cette option, à condition que les fonds alloués soient utilisés dans la « transparence ». « Nous sommes prêts à réallouer les droits de tirage spéciaux dont la France sera dépositaire, de telle sorte à constituer un tour de table qui s’élève au moins à 100 milliards pour l’Afrique », a déclaré Emmanuel Macron.

« Côté africain, nous aurons besoin de fournir des efforts aussi parce que, disons-le clairement, s’il y a ce traitement particulier réservé à l’Afrique, c’est parce qu’en Afrique aussi, nous émettons des signaux qui ne rassurent pas les bailleurs de fonds ou les investisseurs »

Félix Tshisekedi, pour sa part, s’est livré à un exercice d’autocritique, comme pour marquer sa volonté de faire bouger les lignes dans son pays : « Du côté africain, nous aurons besoin de fournir des efforts aussi parce que, disons-le clairement, s’il y a ce traitement particulier réservé à l’Afrique, c’est parce qu’en Afrique aussi, nous émettons des signaux qui ne rassurent pas les bailleurs de fonds ou les investisseurs. Nous avons besoin d’améliorer la bonne gouvernance et nous devons fournir beaucoup d’efforts dans les réformes. Et nous devons lutter contre la corruption, le blanchiment d’argent… »

L’Afrique, qui a des fragilités structurelles, peine à se doter de solides infrastructures de base, à lancer de grands programmes d’investissements et à réduire considérablement la pauvreté.

Fragilités structurelles

L’Afrique, qui a des fragilités structurelles, peine à se doter de solides infrastructures de base, à lancer de grands programmes d’investissements et à réduire considérablement la pauvreté. Elle n’a pas les moyens de se lancer dans l’élaboration d’ambitieux plans de relance, au risque de voir son endettement, qui était retombé à des niveaux soutenables après l’effacement partielle ou totale des ardoises dans le cadre de l’initiative des pays pauvres très endettées, lancée conjointement par la BM et le FMI en 1996. Une vingtaine d’années après la mise en place de ce programme, une trentaine de pays africains en avaient bénéficié. Cette bouée de sauvetage leur a permis de rediriger, vers les secteurs de la santé, de l’éducation et de la lutte contre la pauvreté, les sommes dégagées dans le cadre du service de la dette.

Le G20, le « club » informel qui regroupe les 20 principales économies du monde, avait annoncé une suspension du service de la dette des États les plus économiquement vulnérables. Ce qui a permis aux pays concernés de souffler un peu, en attendant de trouver une issue à la pandémie. Mais ce moratoire, qui est un palliatif pour faire face à une situation d’urgence, ne règle pas durablement le problème.

La Banque africaine de développement (BAD) craint que près de 40 millions de personnes ne basculent dans l’extrême pauvreté sur le continent.

Pour 2021, le FMI table sur une croissance de 6 % dans le reste du monde. En comparaison, le Fonds prévoit une croissance de 3,4 % en 2021 pour l’Afrique subsaharienne, après une contraction de 1,9 % enregistré en 2020. Ce léger rebond, somme toute encourageant, sera-t-il suffisant pour faire oublier les déboires de l’année passée qui ont débouché sur une hausse spectaculaire des inégalités et de la pauvreté ? L’année 2020 a été, sans conteste, l’une des pires que cette région a connues sur le plan économique. Le revenu par habitant a chuté spectaculairement dans de nombreux pays et on s’attend à ce qu’il ne retrouve pas son niveau pré-covid d’ici quatre ans. La BAD, dont l’objectif affiché est de faire reculer la pauvreté dans ses États membres en contribuant à leur essor économique et à leur progrès social, se montre pessimiste. Cette institution, établie à Abidjan, craint que près de 40 millions de personnes ne basculent dans l’extrême pauvreté sur le continent.

Autant jusque-là l’Afrique a plutôt été épargnée par la pandémie, autant elle est en dernière position dans la file d’attente pour les vaccins.

Une crise plus économique que sanitaire

La crise semble plus économique que sanitaire sur le continent. La pandémie a fait au total quelque 130 000 morts en Afrique (sur environ 3,4 millions de morts à l’échelle de la planète), si on s’en tient aux chiffres officiels fournis par les différents États. Ce bilan, qui ferait pâlir d’envie l’Europe et les Amériques, les deux régions du monde les plus durement touchées, s’expliquerait en partie par la jeunesse de la grande majorité de la population du continent qui compte un peu plus de 1,2 milliard d’âmes.

La question de l’accès rapide du continent aux vaccins a également été abordée au sommet de Paris. Autant, jusque-là, l’Afrique a plutôt été épargnée par la pandémie, autant elle est en dernière position dans la file d’attente pour les vaccins.

L’initiative Covax a montré ses limites. Le nationalisme vaccinal a pris le dessus sur le devoir de solidarité internationale.

Levée des brevets ?

Le fossé continue à se creuser entre l’Afrique et le reste du monde en matière de vaccination. Moins de 1,3 % de la population africaine a reçu jusqu’ici une première dose. « Notre objectif est la vaccination du plus grand nombre en Afrique », a souligné Félix Tshisekedi.

Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron lors du sommet sur le financement des économies africaines

L’initiative Covax, mise en place avec la bénédiction de l’ONU, qui vise à mettre à disposition deux milliards de doses de vaccins contre le virus du covid-19 à tous les pays du monde, en particulier africains, d’ici la fin 2021, a montré ses limites. Le nationalisme vaccinal a pris le dessus sur le devoir de solidarité internationale : chaque pays a d’abord voulu vacciner sa propre population avant de songer à honorer ses engagements vis-à-vis de Covax.

« Il est nécessaire de viser la production de vaccins en Afrique. Je crois que cela aura un impact important », a déclaré le président congolais.  « Il n’y aura pas de reprise économique à son maximum, s’il n’y a pas une véritable stratégie cohérente qui passe par la vaccination », a précisé son homologue français.

Le sommet de Paris relance ainsi le débat sur la levée des brevets sur les vaccins. Après des semaines de tergiversations, le président américain Joe Biden a joint sa voix à celles du premier ministre indien, Narendra Modi, et du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui avaient été les premiers à formuler une demande de « suspension » de brevets pour accélérer la production des vaccins contre le covid-19.

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