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dimanche 14 juillet 2024
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Le peintre Michel Le Callet, de Lubumbashi à Paris

Michel Le Callet n’est pas un peintre tout à fait comme les autres. Ce natif de Lubumbashi, en République démocratique du Congo (RDC), a passé le plus clair de sa vie en France où il est arrivé il y a une trentaine d’années. Celui qui s’est lancé dans la peinture sur le tard se dit en pleine reconversion. Retour sur le parcours atypique d’un peintre qui nourrit une série de projets pour son pays natal.

Michel Le Callet est né à Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Haut-Katanga, dans le sud-est de la RDC, il y a 39 ans. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors. Le « mutoto » (enfant, en langue swahili, la plus parlée dans le Haut-Katanga) d’hier, qui a appris à parler et à marcher à Lubumbashi, est aujourd’hui un homme établi en France, qui réfléchit à des projets à mettre en œuvre demain, en RDC. 

De sa ville natale, qu’il a quittée à l’âge de 9 ans, il garde des souvenirs heureux. « Une partie de ma famille vit toujours à Lubumbashi, la ville dans laquelle plongent mes souvenirs d’enfance. Je garde de bons souvenirs de Lubumbashi où j’ai été élevé par mes grands-parents. Ils m’ont donné une bonne éducation et inculqué l’amour du prochain. Mes grands-parents étaient très généreux et toujours prêts à aider les personnes dans le besoin », révèle-t-il.  

« Le Callet est le nom de mon regretté père qui était français. Michel est le prénom que ma mère m’a donné. Mon nom complet est Michel Le Callet Kazadi. »

Une double culture

Son nom, tel qu’il apparaît sur les documents officiels, ne renvoie pas à la RDC. Le Callet n’est pas un nom typiquement congolais. Pourtant, ce peintre se sent congolais jusqu’au bout des doigts. Et il assume pleinement sa double appartenance. « Le Callet est le nom de mon regretté père qui était français. Michel est le prénom que ma mère m’a donné. Mon nom complet est Michel Le Callet Kazadi. Je revendique ma double culture. Mais tous mes documents officiels ne comportent que Michel Le Callet. J’aurais bien voulu rajouter le reste, mais c’est ainsi », explique-t-il posément.

C’était comme dans un songe. Je me suis réveillé un matin et j’ai commencé à peindre. Ceux qui ont vu mon travail ont apprécié

Cet autodidacte s’est lancé dans la peinture, sur le tard : cela fait à peine deux ans qu’il évolue dans cet univers dont il apprend encore beaucoup de choses.

« C’était comme dans un songe. Je me suis réveillé un matin et j’ai commencé à peindre. Ceux qui ont vu mon travail ont apprécié. Ils ont trouvé qu’il y avait quelque chose d’assez original. Ils m’ont encouragé à persévérer », précise-t-il.

« Le confinement lié à la pandémie de covid-19 fut certainement le déclic. Pendant cette période difficile, je me suis posé un tas de questions. Je suis constamment à la recherche de ce que je peux apporter à la RDC, le pays qui m’a vu naître, le pays d’où je viens. On parle de la guerre qui affecte certains coins de l’est de la RDC. On a tendance à passer sous silence un tas de choses positives auxquelles ce pays est à juste titre associé. Je me suis dit que je pourrais apporter quelque chose et que mon apport serait la toile », ajoute Michel Le Callet. 

Sa propre vie est également une source d’inspiration. Son parcours scolaire s’est arrêté au collège. Il a traversé des épreuves qui l’ont aguerri.

Sources d’inspiration

Michel Le Callet s’inspire des artistes tels que Jean-Michel Basquiat, un peintre américain d’origine haïtienne et porto-ricaine mort en 1988, à l’âge de 28 ans, à New York. Le pionnier de la mouvance underground, qui s’opposait à la société. Jean-Michel Basquiat

a collaboré avec Andy Warhol et laissé derrière lui une gigantesque œuvre composée de plus de 800 tableaux et de plus de 1500 dessins. Michel Le Callet s’inspire également des peintres comme Chéri Samba, Emmanuel Zambo qui est un produit de la prestigieuse académie des beaux-arts de Kinshasa d’où sont issus de nombreux artistes congolais de renom.

Sa propre vie est également une source d’inspiration. Son parcours scolaire s’est arrêté au collège. Michel Le Callet a traversé des épreuves qui l’ont aguerri. Il a été opéré des yeux. C’était une opération délicate au cours de laquelle il a failli perdre la vue. Il a, en outre, souffert d’un cancer insidieux qu’il a difficilement vaincu, après de longues semaines d’un traitement qui nécessitait un suivi de près. Avec le recul, il se réveille le matin en disant, au plus profond de lui-même, qu’il revient de loin.   

« Je suis donc un adepte de la peinture acrylique. J’ai recours au pinceau et au couteau pour peindre »

Techniques de peinture

Quelles sont ses techniques ? « J’utilise de l’acrylique. Je suis donc un adepte de la peinture acrylique. J’ai recours au pinceau et au couteau pour peindre. J’ai une palette de techniques. Mes tableaux reflètent cette diversité », explique-t-il.

Un tableau requiert une à deux semaines de travail. Quand tout est fini, l’œuvre est mise à l’écart, le temps de la laisser sécher. Il arrive toutefois que Michel Le Callet finalise un tableau au terme d’une journée de travail.

Comment joindre les deux bouts si on est un peintre autodidacte qui a appris les ficelles du métier sur le tard ? Les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles en ont l’air. Michel Le Callet ne vit pas de son travail d’artiste, même s’il a bon espoir.

« Je ne suis pas pressé. Je vends mes tableaux. Mais ce n’est pas mon objectif numéro un à ce stade de l’évolution de ma carrière »

« Je ne suis pas pressé. Je vends mes tableaux. Mais ce n’est pas mon objectif numéro un à ce stade de l’évolution de ma carrière. Je veux d’abord montrer mon travail pour que le public voie, notamment via la diaspora congolaise, ce que je peux faire pour la RDC, mais aussi pour la France, le pays où j’ai grandi », avance Michel Le Callet.

L’artiste, qui ne se définit pas en tant que tel, peint chez lui, dans la région parisienne. Il frappe à plusieurs portes pour trouver un endroit idéal où il pourrait installer un atelier digne de ce nom. C’est difficile, dans ces conditions, qu’il fasse connaître son travail, s’il n’est pas trop présent dans des expositions. Tout naturellement, les expositions constituent sa première vitrine. Il n’hésite pas à y participer, dès que l’occasion se présente.

Les deux dernières expositions, auxquelles il a pris part, se sont tenues à Paris, l’une dans un café dénommé La Cascade, situé près de la Mairie du 16ème arrondissement, et l’autre à l’ambassade de RDC à Paris, qui a organisé une exposition de peintres congolais. Un public non négligeable s’est rendu à ces deux manifestations qui ont été des succès. La prochaine exposition aura sans doute lieu à Montreuil, à l’est de Paris. Les derniers détails liés à l’organisation de cet événement sont sur le point d’être finalisés. 

Celui qui se dit en pleine reconversion rêve de revoir sa ville natale où il entend se construire une maison. Son vœu le plus cher est de gagner suffisamment d’argent pour en redistribuer une partie

Travailler pour vivre

Mais pour vivre, payer les factures, faire face aux dépenses quotidiennes et s’offrir quelques loisirs, dans un environnement où il ne pourrait pas compter prioritairement sur la solidarité familiale, il lui faut une source de revenus. C’est ainsi que Michel Le Callet n’abandonne pas son boulot de conseiller en style, dans le secteur du prêt-à-porter. Il connaît ces milieux dans lesquels il baigne depuis plusieurs années.

Le Callet, qui se dit en pleine reconversion, rêve de revoir sa ville natale où il entend construire une maison. Il aspire à travailler dur et à gagner suffisamment d’argent pour en redistribuer une partie aux nécessiteux, aux sans-voix, aux personnes déshéritées et à celles qui souffrent de toutes sortes d’injustices en RDC.

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