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dimanche 25 février 2024
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RDC : les Congolais attendent les résultats des élections

Arthur Malu-Malu, envoyé spécial à Kinshasa

Les quelque 100 millions de Congolais attendent avec impatience les premiers résultats des élections qui ont eu lieu les 20, 21 et 22 décembre. Les opérations de vote ont été marquées par des couacs et des dysfonctionnements divers.

Près de 44 millions d’électeurs étaient attendus dans les quelque 75 000 bureaux de vote, disséminés un peu partout dans le pays, pour remplir leur devoir civique. Les élections présidentielle, législatives (nationales et provinciales) et locales se sont tenues le 20, le 21et le 22 décembre en République démocratique du Congo (RDC).

Félix Tshisekedi, élu sur fond de contestation en décembre 2018, brigue un nouveau mandat.

Pour ce qui est de l’élection présidentielle, la plus attendue, 26 candidats étaient initialement sur la ligne de départ. Toutefois, après une vague de désistements dans la dernière ligne droite, le nombre des candidats effectifs est tombé à 19. Félix Tshisekedi, élu sur fond de contestation en décembre 2018, brigue un nouveau mandat.

Petits et grands candidats

La plupart des candidats font de la figuration. Certains sont connus du grand public, d’autres quasiment pas. Parmi ceux qui sont régulièrement présentés comme les « principaux candidats », figurent, bien évidemment, le président sortant, Félix Tshisekedi, Moïse Katumbi, autrefois gouverneur de l’ex-province du Katanga (sud-est), richissime homme d’affaires et président du TP Mazembe, l’un des clubs de football les plus titrés du pays, Martin Fayulu, opposant féroce qui se considère comme le vrai vainqueur de la présidentielle chaotique de 2018, ainsi que Denis Mukwege, prix Nobel de la paix et gynécologue connu pour son rôle positif dans le traitement de femmes violées dans le cadre des conflits récurrents dans l’est de la RDC.

Félix Tshisekedi a mobilisé d’importants moyens financiers pour cette campagne

Les prétendants à la magistrature suprême ne sont pas tous logés à la même enseigne dans un pays où le financement de la campagne électorale s’effectue à coups de dons privés. Les quelques donateurs qui se manifestent trient sur le volet les bénéficiaires de leurs chèques. Le président sortant a sillonné le pays lors de la campagne électorale. Des foules immenses s’agglutinaient par-ci, par-là, dans le pays profond, lors de ses meetings. Félix Tshisekedi a mobilisé d’importants moyens financiers pour cette campagne qui lui a permis de mettre en avant son bilan. Un bilan apprécié par ses partisans et vivement critiqué par ses détracteurs.

Lire aussi : La République Démocratique du Congo en chiffres. Édition 2023. https://www.makanisi.org/la-republique-democratique-du-congo-en-chiffres-edition-2023/

Le président sortant a axé son message sur la « consolidation des acquis », c’est-à-dire ce qu’il dit avoir accompli depuis qu’il a pris les rênes du pays en janvier 2019. Moïse Katumbi, qui possède un avion privé, a également quadrillé le territoire national, avec une certaine aisance. Ses meetings ont également attiré des foules. Les autres candidats n’ont pas pu se déplacer aussi facilement à l’intérieur de ce vaste pays. Certains d’entre eux n’ont pas vraiment fait campagne, faute de fonds conséquents.

Malgré tous ces dysfonctionnements, les opérations de vote se sont globalement déroulées dans le calme à travers le pays

Dysfonctionnements, couacs et absences

Les opérations de vote, qui ont débuté le 20 décembre, ont dû être prolongées par endroits. L’engouement de la population a, par moments, été douché par des problèmes d’organisation. Dans certains bureaux de vote, les machines à voter ne fonctionnaient pas ; dans d’autres, le matériel électoral n’a pas été déployé à temps. Quelques électeurs, inscrits régulièrement, n’ont pas vu leurs noms dans les listes affichées devant les bureaux de vote. Malgré tous ces dysfonctionnements, les opérations de vote se sont globalement déroulées dans le calme à travers le pays. Les électeurs des territoires de Masisi et de Rutshuru (dans la province du Nord-Kivu, dans l’est du pays) n’ont pas pu remplir leur devoir civique à cause des combats qui y opposent, par intermittence, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, aux forces armées congolaises.

Les divers problèmes rencontrés lors des opérations de vote sont-ils de nature à affecter la crédibilité du scrutin ? À cette question, 5 candidats à l’élection présidentielle ont répondu « oui ». Martin Fayulu, Nkema Liloo, Dr Denis Mukwege, Floribert Anzuluni et Théodore Ngoy ont ainsi exigé la « réorganisation » des élections sous la houlette d’une Commission électorale « recomposée ». Seront-ils entendus ? Rien n’est moins sûr.   

Ces élections étaient un gigantesque défi logistique dans le plus grand pays d’Afrique subsaharienne où certaines localités reculées sont difficiles d’accès

Les quartiers généraux des partis politiques étaient en effervescence quelques heures après la clôture des bureaux de vote. Les grands spécialistes des questions électorales de chaque camp s’adonnaient à des opérations d’arithmétique.

Ces élections étaient un gigantesque défi logistique dans le plus grand pays d’Afrique subsaharienne où certaines localités reculées sont difficiles d’accès, d’autant que les infrastructures de base laissent à désirer dans certaines des 26 provinces du pays.

Avancées significatives

Si la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a raté certains de ses objectifs, force est de constater qu’elle a tout de même réalisé des avancées significatives dans certains domaines. C’est ainsi que sur le plan de la transparence, on est loin des scénarios dantesques de 2006, 2011 et 2018. Les élections de ces années ont été marquées par une grande opacité, alors que cette fois-ci les résultats sont affichés au fur et à mesure dans les bureaux de vote. Le centre de compilation des résultats, mis en place à l’intérieur de l’Institut de la Gombe, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa, s’emploie à valider les procès-verbaux qui sont transmis progressivement depuis les quatre coins du territoire national et de l’étranger.

Pour la première fois, en effet, les Congolais de la diaspora ont été autorisés à voter dans cinq pays-pilotes (l’Afrique du Sud, la Belgique, la France, le Canada, les États-Unis). Cette expérience, qui semble concluante, pourrait être étendue à d’autres terres d’accueil de l’importante communauté congolaise de l’étranger. Si la taille de cette diaspora éparpillée sur tous les continents n’est pas officiellement connue, le fait de l’impliquer partiellement dans le processus électoral est une avancée majeure. 

Lire aussi : RDC. Situation des filières cuivre, cobalt et zinc en 2022 et perspectives. https://www.makanisi.org/rdc-filieres-cuivre-cobalt-et-zinc-situation-en-2022-et-perspectives/

Autre point positif : si le scrutin de décembre 2023 a été émaillée d’incidents et de violences, ceux-ci sont, jusqu’ici, sans commune mesure avec ce à quoi les Congolais ont assisté lors des élections de 2006, 2011 et 2018 qui ont fait, au total, plusieurs dizaines de morts.

De même, les autorités n’ont pas jugé utile de couper Internet. La circulation rapide des informations liées au scrutin est ainsi facilitée. Cette approche est un outil efficace de lutte contre certains types de « fake news » qui polluent les forums d’échanges congolais.

Ce climat vicié est parfois entretenu par des dirigeants politiques qui n’hésitent pas à faire vibrer la corde ethnique

Publication des résultats

La CENI a promis de publier les premières tendances dès le vendredi 23 décembre, soit deux jours après le début des opérations de vote. Cette relative célérité dans la publication des résultats contribuera sans aucun doute à faire baisser la tension postélectorale qui prévaut habituellement dans le pays. Ce climat vicié est parfois entretenu par des dirigeants politiques qui n’hésitent pas à faire vibrer la corde ethnique et à publier des messages incendiaires sur les réseaux sociaux, pour faire avancer leur propre agenda.

Reste à savoir si, en dépit de tous ces petits pas que la RDC a effectués dans la bonne direction, les candidats malheureux à l’élection présidentielle accepteront, de bonne grâce, leur défaite, sans pour autant chercher à chauffer les esprits, au motif que la victoire leur a été « volée ».

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