
Tout le monde ou presque a lu les Trois Mousquetaires, célèbre roman d’Alexandre Dumas, né au tout début du XIXème siècle à Villers-Cotterêts en France. Mais combien savent que le truculent personnage de d’Artagnan a été inspiré par le père du romancier ? Et quel père ! Pas moins que le grand général Dumas, alias Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, fils du marquis Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie, un noble normand du pays de Caux, et de Marie Cessette Dumas, une esclave noire, avec laquelle le marquis a partagé une partie de sa vie à Saint Domingue, futur Haïti.
Si les descendants du général Dumas, les Dumas Alexandre père et fils, sont mis à l’honneur place du général Catroux à Paris, avec chacun un monument, en revanche, la statue de leur père et grand-père, érigée en 1913 puis déboulonnée et fondue par les Allemands en 1942, n’a pas été reconstruite. Elle a été remplacée par une œuvre baptisée « Fers », représentant une chaîne brisée et deux fers d’esclave. Exit donc l’effigie d’un général d’Empire métis au cœur de Paris ! La reconstruction de la statue a été annoncée…
Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, le père du romancier français Alexandre Dumas, est un métis, né esclave, un certain 25 mars 1762, à Jérémie, une commune d’Haïti. Sa condition servile le portait à rester au pays. Mais par un heureux ou malheureux hasard, il rejoindra la France. Après toutefois bien des péripéties et des drames.
Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, le père du romancier français Alexandre Dumas, est un métis, né esclave, un certain 25 mars 1762, à Jérémie, une commune d’Haïti.
Vendu et racheté
Apprenant qu’il avait hérité, le père d’Alexandre Dumas, qui n’avait pas d’argent pour payer son voyage de retour dans ses terres natales, vend son fils – et également sa mère et ses autres gosses – comme esclave, en réméré, un type de vente qui donnait au vendeur, la faculté, mais pas l’obligation, de rachat.
En 1775, Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie revoit enfin sa Normandie natale. Tiendra-t-il sa promesse ? Oui. Thomas Alexandre étant sûrement un de ses préférés sur les quatre enfants qu’il avait eus avec Cessette, il rachète son fils et le fait venir auprès de lui. Arrivé en France, Thomas Alexandre prend alors le nom de son père et reçoit l’éducation d’un jeune noble de son époque.
Thomas Alexandre s’engage dans l’armée, dans le régiment des dragons de la Reine, comme simple cavalier. Il se fait appeler du nom de sa mère, Dumas, et devient vite célèbre par ses prouesses herculéennes.
Le général Dumas
En 1786, après une dispute avec son géniteur, liée au remariage de ce dernier avec Marie Retou, sa femme de charge, Thomas Alexandre s’engage dans l’armée, dans le régiment des dragons de la Reine, comme simple cavalier. Il se fait appeler du nom de sa mère, Dumas, et devient vite célèbre par ses prouesses herculéennes. Dans le régiment auquel il est affecté, il fait la connaissance et se lie avec de futurs généraux d’Empire – Jean-Louis Espagne, Louis-Chrétien Carrière de Beaumont, Piston – que l’on retrouvera sous les traits des trois comparses de d’Artagnan dans le roman d’Alexandre Dumas.
En août 1789, son régiment est envoyé à Villers-Cotterêts pour sécuriser la région après les troubles de la Révolution française. Logeant à l’auberge, il y rencontre sa future femme, Marie-Louise Labouret, la fille de l’aubergiste, un franc-maçon qui le fera initier à la loge Carolina Villers-Cotterêts, dit-on. Le mariage aura lieu le 28 novembre 1792.
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Pendant la Révolution, sa carrière militaire va progresser de manière fulgurante. De simple brigadier, Dumas est élevé au grade de sous-lieutenant par un autre métis, son ami le chevalier de Saint-George, qui l’a fait venir dans la légion franche de cavalerie des Américains et du Midi. En juillet 1793, à l’âge de 31 ans, il devient général. Il est ainsi le premier officier d’origine afro-caribéenne, à accéder à ce grade dans l’armée française. Il s’illustrera dans diverses campagnes. Commandant en chef de l’armée des Pyrénées, des alpes, de l’Ouest, fondateur des chasseurs alpins, héros de l’armée d’Italie, il était connu pour son courage, sa sensibilité et son profond respect des populations civiles et des prisonniers, ce qui lui a valu le surnom de Monsieur de l’Humanité.
En juillet 1793, à l’âge de 31 ans, il devient général. Il est ainsi le premier officier d’origine africaine à accéder à ce grade dans l’armée française. Il s’illustrera dans diverses campagnes.
Deux célèbres descendants
Toutefois, malgré ses hauts-faits de guerre, le général Dumas sera « abandonné » par Napoléon Bonaparte, et devra sa disgrâce définitive au fait qu’il refusera, en 1802, à l’époque du Consulat, de participer à l’expédition de Saint-Domingue contre le soulèvement mené par Toussaint Louverture. Il aurait répondu au consul qui lui demandait de combattre les mutins : « Comment pourrais-je vous obéir ? Je suis d’origine nègre ». Il est alors victime de l’épuration raciale de l’armée. Bonaparte le met à la retraite et lui refuse toute pension.
Dumas devra sa disgrâce définitive au fait qu’il refusera, en 1802, de participer à l’expédition de Saint-Domingue contre le soulèvement mené par Toussaint Louverture.
Le général Dumas n’aura pas la joie d’élever son fils. Il meurt, isolé, à Villers-Cotterêts, le 26 février 1806 alors qu’Alexandre n’a que trois ans et sept mois. Il meurt sans avoir jamais revu sa mère ainsi que ses frères et sœurs.
La lignée mâle du général « oublié », fils d’une esclave inconnue, ne manquera pas de descendants célèbres. Pas moins de deux écrivains dans la famille : son fils Alexandre, auteur entre autres des Trois Mousquetaires, et son petit-fils, né le 27 juillet 1824, le troisième Alexandre Dumas, auteur de nombreuses pièces de théâtre et de La Dame aux camélias.
Deux écrivains dans la famille : son fils Alexandre, auteur entre autres des Trois Mousquetaires, et son petit-fils, le troisième Alexandre Dumas, auteur notamment de La Dame aux camélias.
La statue d’un général d’Empire… déboulonnée
Le fils et le petit-fils du général Dumas auront droit, chacun, à un monument érigé place Malesherbes, à Paris. Celui d’Alexandre Dumas père, conçu le 4 novembre 1883, est signé Gustave Doré. Celui d’Alexandre Dumas fils, en pierre, est l’œuvre de René de Saint-Marceaux, en 1906.
En revanche, il faudra attendre plus d’un siècle après sa mort, pour que la mémoire du général Dumas soit tirée des oubliettes. Œuvre du sculpteur Alphonse de Perrin de Moncel, la statue du général prenant appui sur un fusil a été élevée, en 1913, sur la place Malesherbes, où se trouvent les effigies de ses descendants. D’où son surnom de « place des Trois Dumas ». Laquelle sera rebaptisée, en 1977, place du général Catroux.

On doit cette statue à la bataille menée par l’écrivain Anatole France, qui déclarait : « Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse. Il a risqué soixante fois sa vie pour la France et est mort pauvre. Une pareille existence est un chef-d’oeuvre auprès duquel rien n’est à comparer ». Hélas, en 1942, sous l’occupation, la statue en bronze est déboulonnée par les Allemands, après la visite d’Hitler à Paris, puis fondue. Pour les besoins de la guerre, mais aussi parce que la statue d’un général noir dérangeait les officiers nazis !
En 1942, sous l’occupation, la statue en bronze du général dumas est déboulonnée par les Allemands, puis fondue. Pour les besoins de la guerre, mais aussi parce que la statue d’un général noir dérangeait les officiers nazis !
Le combat de Claude Ribbe
Aux premiers rangs du combat mené pour que justice soit faite et mémoire rendue à un personnage qui avait tant donné à la France, figure l’écrivain Claude Ribbe, qui a des origines aux Antilles, auteur d’une biographie intitulée Alexandre Dumas, le Dragon de la reine, parue en 2002, aux Éditions du Rocher.
Le 30 novembre 2002, lors de la cérémonie de transfert au Panthéon des cendres du deuxième des Dumas, Ribbe rappelait le rôle glorieux joué dans l’histoire française par l’illustre père des deux écrivains.
Aux premiers rangs du combat mené pour que justice soit faite et mémoire rendue à un personnage qui avait tant donné à la France, figure l’écrivain Claude Ribbe, auteur d’une biographie intitulée Alexandre Dumas, le Dragon de la reine,
Le 17 novembre 2007, à l’initiative de l’association des Amis du Général Dumas et de Claude Ribbe, une pétition a été adressée à Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, pour que le projet du sculpteur sénégalais Ousmane Sow, destiné à remplacer la statue détruite, soit adopté. Elle rappelait : « Bouleversé par la lecture du livre de Claude Ribbe, qui relatait la vie du général Dumas et par l’ingratitude de la République française, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow avait ébauché un magnifique projet, présenté à votre collaboratrice, George Pau-Langevin, aujourd’hui députée de Paris, le 6 juin 2004. Malgré les nombreuses relances de Claude Ribbe, vous avez laissé passer le bicentenaire de la mort du général Dumas, le 26 février 2006, sans faire remplacer la statue érigée par la ville de Paris à l’occasion du centenaire, en 1906… ». Mais le projet d’Ousmane Sow tombera dans les oubliettes.
Lire aussi : « Zombis, la mort n’est pas une fin ? » : une histoire de morts-vivants haïtiens. https://www.makanisi.org/zombis-la-mort-nest-pas-une-fin-une-histoire-de-morts-vivants-haitiens/

Fers brisés
En 2008, la mairie de Paris retient un autre projet, celui de l’artiste Driss Sans-Arcidet, dit Musée Khômbol, baptisée « Fers ». Cette œuvre, en métal rouillé, représentant une chaîne brisée et deux fers d’esclave monumentaux, l’un ouvert, l’autre fermé, a été inaugurée le 4 avril 2009, place du général Catroux, dans le jardin Solitude. Cette oeuvre a remplacé la statue du général Dumas, qui se trouvait à cet emplacement avant d’être déboulonnée.
En 2008, la mairie de Paris retient un autre projet, celui de l’artiste Driss Sans-Arcidet, dit Musée Khômbol, baptisée « Fers ». Cette œuvre, en métal rouillé, représentant une chaîne brisée et deux fers d’esclave monumentaux, l’un ouvert, l’autre fermé, a été inaugurée le 4 avril 2009.
Le projet de reconstruction à l’identique de la statue du général Dumas déboulonnée par les Allemands, refera surface le 4 février 2021. À l’initiative de Geoffroy Boulard, maire du 17ème arrondissement, les élus du 17e puis le Conseil de Paris votent, en effet, pour ce projet.
Le 24 novembre 2023, un communiqué de la mairie annonçait le lancement, en 2024, d’une souscription par la Fondation du Patrimoine pour financer la reconstruction tant attendue de la statue. Le lendemain, une cérémonie en hommage au Général Dumas était organisée place du Général Catroux.
Le 24 novembre 2023, un communiqué de la mairie DU 17ème annonçait le lancement, en 2024, d’une souscription par la Fondation du Patrimoine pour financer la reconstruction tant attendue de la statue dédiée au général Dumas.
Soutenu par la Société des Amis d’Alexandre Dumas, fondée, en 1971, par Alain Decaux, le projet devrait être porté par plusieurs associations dont l’association Les 3 Dumas. Si les fonds sont rapidement rassemblés, la statue, en fonte, du général Dumas, budgétisée à 160 000 euros, devrait réapparaître courant 2025. À suivre…
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