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lundi 15 août 2022
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Miluna : agro-industrie et développement intégré au cœur du Sud-Ubangi

C’est dans le territoire de Budjala, dans la province du Sud-Ubangi, qu’est située la concession de Miluna-Gwaka, rachetée en 2007 à Plantations et Huileries du Congo (PHC), une filiale d’Unilever. La société Miluna dont l’associé-gérant est Jean-Claude Hoolans, né à Kisangani, s’étend sur quelque 25 000 hectares dont 428 ha ont été cédés à la Green Special Economic Zone of Ubangi. Palmier à huile, hévéa, cacaoyer, caféier et élevage… les productions, 100% bio, sont variées et transformées sur place dans les unités industrielles de l’entreprise, qui fonctionne également comme centre de développement intégré.

Outre environ 8 000 ha de forêts primaires dont 5000 ha réservés à la conservation, la concession abrite 500 ha de cacaoyers, 133 ha de café robusta, 4 800 ha d’hévéa et 1 650 ha de palmier à huile, dont 900 ha en production. Miluna emploie environ 1 500 travailleurs auxquels s’ajoutent des saisonniers. Une aubaine dans une région où les grandes entreprises se comptent sur les doigts d’une main. Enfin, la société compte un élevage de quelque 300 têtes, en majorité des bovins.  

Palmier à Huile, hévéa, cacao, café, élevage, les productions de Miluna sont variées et transformées sur place.

500 tonnes d’huile rouge par mois

Miluna dispose de deux unités d’extraction d’huile. Celle acquise en 2017 a une capacité de traitement de six tonnes de régimes/heure. L’autre, datant de 2012, qui peut traiter une tonne/heure, est utilisée lors des pics de production. L’ensemble – planting, réhabilitation, bâtiments, usines, matériels, ouverture de routes – a représenté un investissement de 25 millions de dollars.  

De 60 tonnes par mois en 2016, la production d’huile rouge a été portée à 500 t./mois en 2021

De 60 tonnes par mois en 2016, la production d’huile rouge a été portée à 500 t./mois en 2021. L’huile brute, dont le prix avoisine aujourd’hui 2100 dollars la tonne, contre 600 dollars en 2013, est destinée au marché local. Principalement à la société Marsavco, installée à Kinshasa, avec laquelle Miluna travaille sur une base contractuelle.

L’huile brute est acheminée en camion-citerne jusqu’au port d’Akula, situé à 18 km de la plantation. De là, elle est évacuée par barge, via la rivière Mongala puis le fleuve Congo, jusqu’à Kinshasa. Il faudra 10 jours pour atteindre Kinshasa et notamment le port privé de Marsavco, situé dans la commune de la Gombe. Miluna assure, avec ses propres bateaux, le transport de l’huile brute et des autres productions de la plantation ainsi que les denrées vivrières – maïs, arachide et manioc – produites par les petits cultivateurs de la région vers la capitale.

Lire aussi : RDC. « Pour faire du bio, l’idéal est d’avoir un système intégré basé sur plusieurs cultures ». https://www.makanisi.org/rdc-pour-faire-du-bio-lideal-est-davoir-un-systeme-integre-base-sur-plusieurs-cultures/

Café robusta et cacao bio

L’entreprise, qui cultive du café robusta, a acquis une unité de torréfaction de café. « Nous allons lancer très prochainement notre propre marque, Gwa’Cabio. C’est un robusta issu de l’agriculture biologique », confie Jean Claude Hoolans, un passionné d’agriculture. Pour quel marché ?  « Dans un premier temps, nous visons le marché congolais. Mais nous avons l’ambition d’exporter notre café et de vendre la province à l’extérieur », signale Michaël Hoolans, un des associés de Miluna.

« Nous allons lancer très prochainement notre propre marque, Gwa’Cabio. C’est un robusta issu de l’agriculture biologique »

La cacaoculture occupe 500 ha. La variété plantée est le trinitario, originaire de l’île de la Trinité. Deux récoltes sont faites par an. Toutes les opérations – fermentation, séchage et torréfaction – sont réalisées dans la concession. Les fèves sont expédiées vers Kinshasa, par bateau, dans des sacs de 50 kg. L’objectif est de fabriquer sur place du chocolat, en particulier de la pâte à tartiner. Un projet qui était bien avancé mais qui a été gelé en raison de la pandémie du Covid-19. « Nous pensons le finaliser d’ici la fin de l’année. Mais nous devons revisiter le budget, en raison de la flambée des prix, et nous assurer de la disponibilité du matériel ».

Crêpes et feuilles de caoutchouc fumées

Le latex naturel, issu des hévéas de la plantation de Miluna, est transformé sur place. Deux produits sont fabriqués : des crêpes de caoutchouc, qui servent à faire des semelles de chaussures, et des feuilles de caoutchouc fumées, ou Rubber smoked sheet en anglais, expédiées dans des ballots de 111,11 kg, qui sont destinées à la fabrication de pneus et vendues via des traders sur le marché international. Michelin en est l’un des destinataires.

Miluna Green Center 

Une des particularités de Miluna est d’être un système intégré d’agriculture durable. D’où son label « Miluna Green center ». Ce système est basé sur quatre cultures pérennes (palmier à huile, café, cacao et hévéa) – et l’élevage. Tout y est recyclé. Les rafles du palmier à huile servent d’engrais, tandis que les fibres et les coques de noix de palmistes et de cacao sont transformées en énergie électrique par cogénération, ce qui permet de produire de la vapeur pour faire cuire les régimes de palmier, et de la chaleur pour sécher le café et le cacao. Les cendres des rafles brûlées sont utilisées pour fertiliser le sol. Le péricarpe, c’est-à-dire l’enveloppe de la cabosse de cacao, très riche en éléments organiques, est également restitué au sol.

Une des particularités de Miluna est d’être un système intégré d’agriculture durable. D’où son label « Miluna Green center ».

Outre le latex, l’hévéa est utilisé pour son bois. Quand, après 50 ans, il ne produit plus assez de latex, son bois sert à alimenter les fumigatoires pour sécher les feuilles de latex. Les cendres de bois permettent de faire du savon ou de fertiliser les caféiers et les cacaoyers.

Les déchets provenant de l’élevage du bétail sont également recyclés. La viande apporte des protéines animales aux employés tandis que le fumier, un déchet noble, est réemployé dans les plantations de cacao et de café, au moins une fois par an, comme fertilisant.

Localisation de la concession de Miluna dans le Sud-Ubangi

Un centre de développement intégré

C’est via la fondation « Elikya » de Miluna qu’ont été créés une école avec une capacité de 1 300 élèves et, en partenariat avec le gouvernement, un centre hospitalier devenu l’hôpital de référence, comprenant 15 pavillons et environ 230 lits. Un centre de loisirs et de récréation pour les travailleurs de la plantation a également été installé. Miluna dispose également d’un aérodrome dans sa concession.

La démarche responsabilité sociale de Miluna vise aussi à inciter les petits agriculteurs vivant autour de Miluna à développer leurs propres plantations et de nouvelles filières

La démarche « responsabilité sociale » de Miluna ne se limite pas aux infrastructures sociales. Elle vise aussi à inciter les petits agriculteurs vivant autour de Miluna à développer leurs propres plantations et de nouvelles filières comme l’apiculture, par la distribution de plants de café et de cacao, la fourniture d’équipements et des actions de formation.

Des stages d’étudiants en agronomie de l’Université de Kinshasa sont également organisés dans la plantation. Ils seront poursuivis dans le cadre de la nouvelle réforme LMD qui sera appliquée à la prochaine rentrée universitaire. Un moyen pour l’entreprise de recruter du personnel qualifié.

Lire aussi : Sud-Ubangi. Gros plan sur la Zone économique spéciale de l’Ubangi. https://www.makanisi.org/sud-ubangi-gros-plan-sur-la-zone-economique-speciale-de-lubangi/

Randonnées fluviales et agro-tourisme

Outre Les mini-randonnées fluviales, Majestic River planche sur un projet d’agro-tourisme, qui permettrait à des touristes de découvrir l’intérieur du pays, notamment Akula, dans le Sud-Ubangi.

Depuis une dizaine d’années, les Hoolans se sont lancés dans le tourisme via la société Majestic River, nom également donné au bateau-restaurant amarré au port éponyme, le long du fleuve Congo, dans la commune de la Gombe à Kinshasa. Outre la restauration, Majestic River organise des événements. Sur le même site, une marina est en cours de construction, qui pourra abriter quelque 70 bateaux.

L’agro-tourisme est un autre projet qui prend peu à peu forme. « Nous restaurons actuellement un bateau qui comprend 14 cabines climatisées et sera destiné au tourisme. On organisera des randonnées sur le fleuve Congo, dans le périmètre de Kinshasa et au-delà », indique Jean-Claude Hoolans, associé-gérant de Majestic River.

Outre les mini-randonnées fluviales, Majestic River planche, en effet, sur un projet d’agro-tourisme, qui permettrait à des touristes de découvrir l’intérieur du pays, notamment Akula dans le Sud-Ubangi. Ce produit intégré associerait la découverte du fleuve, de l’agriculture de plantation et de la forêt. L’occasion de montrer aux touristes une image de la RDC différente de celle qui est habituellement donnée.

Lire aussi : Le Sud-Ubangi, une province carrefour du nord-ouest de la RDC. https://www.makanisi.org/le-sud-ubangi-une-province-carrefour-du-nord-ouest-de-la-rdc/

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