Moyen-Congo. Août 1914. La grande guerre s’exporte en terre africaine

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Carte du Cameroun allemand, du Moyen Congo et du Congo Belge en 1914

Il y a 110 ans, en août 1914, le village de Mbirou, situé dans l’actuel département de la Sangha (nord-ouest du Congo), était le théâtre de combats entre soldats français et allemands. Des combats qui se solderont, dans un premier temps, par la défaite des Français. Mais, trois mois plus tard, ces derniers, aidés des Belges, prendront N’Zimou (ou Dzimou), un poste allemand situé sur la rivière Sangha en amont de Ouesso, après quatre jours d’intenses batailles qui s’achèveront par la défaite des Allemands.

Au Congo, Mbirou a été rendu célèbre grâce au roman, paru en 1966 en Roumanie, Le rescapé de Mbirou, de l’homme politique et écrivain congolais Bernard Zoniaba. Cinquante-deux ans plus tard, dans son ouvrage Le Congo dans la Première Guerre mondiale 1914-1918, les batailles de Mbirou, l’historien du Congo-Brazzaville, Léon Bemba, relate cet épisode historique et, plus généralement, l’importante contribution du Moyen-Congo à l’effort de guerre et à la victoire de la France et ses alliés contre l’Allemagne, lors de la première guerre mondiale.

 « Je m’en fous a perdu la guerre » ! Transmise de génération en génération, l’expression est toujours employée dans la Sangha, l’un des deux départements les plus septentrionaux du Congo avec la Likouala. Elle désigne la défaite des Français à Mbirou, petit village de pêcheurs Bomoualis, logé au bord de la rivière Sangha, à une dizaine de kilomètres en aval de Ouesso, l’actuel chef-lieu du département de la Sangha.

Cet article, du même auteur, a été publié le 24 août 2014 dans le Point Afrique. Nous le republions avec quelques ajouts et précisions. Voir : La Grande Guerre en terre africaine : de M’Birou à N’Zimou. https://www.lepoint.fr/afrique/la-grande-guerre-en-terre-africaine-de-m-birou-a-n-zimou-24-08-2014-1860612_3826.php

En 1911, la Sangha devient partiellement allemande

Nous sommes en août 1914, dans l’un des postes de la vallée de la Sangha contrôlée depuis trois ans par les Allemands, qui occupent le Cameroun voisin. Suite à l’accord franco-allemand signé le 4 novembre 1911 à Berlin, ces derniers avaient, en effet, obtenu l’accès au fleuve Congo, en échange de la liberté d’action de la France au Maroc. Leur territoire du Cameroun s’étendait ainsi jusqu’au fleuve Congo, près de Loukoléla, par la vallée de la Sangha, et jusqu’à la rivière Oubangi, à Zinga, par la vallée de la Lobaye.  En effet, leur était revenu tout le bassin de la Sangha, sauf le cours supérieur de la rivière Likouala aux Herbes. Soit une bande de territoire, en forme de hotte allongée, de 100 à 250 km de large, s’étendant entre Ouesso, Bonga, sise au bord du fleuve Congo, et Berandjokou, situé dans l’extrême nord de l’actuel département de la Likouala. À cela s’ajoutait une partie de l’actuel département de la Sangha, dont les districts de Souanké et de Sembé.  

Suite à l’accord franco-allemand signé le 4 novembre 1911 à Berlin, les Allemands avaient obtenu l’accès au fleuve Congo, en échange de la liberté d’action de la France au Maroc. Leur était revenu tout le bassin de la Sangha, sauf le cours supérieur de la Likouala aux Herbes.

Suite à cet accord, la colonie allemande du Cameroun avait donc, en deux points, une frontière commune avec le Congo belge. En outre, deux sociétés de navigation allemandes desservaient les affluents camerounais et avaient établi le port d’attache de leur flotte à Léopolville (actuelle Kinshasa). Un danger tant pour les Français que pour les Belges.

Le Cameroun allemand en 1914. Source : Unimaps

Batailles entre Français et Allemands

Bien évidemment, les Français vont chercher à récupérer les régions soustraites au territoire du Moyen Congo. La première guerre mondiale, appelée aussi Grande guerre, qui éclate fin juillet 1914 et les oppose notamment aux Allemands, va donner l’occasion aux uns et aux autres de reprendre ou de conquérir de nouveaux territoires en Afrique. Au prix de combats souvent féroces, auxquels prendront part les « tirailleurs indigènes ».

C’est dans le cadre de ce conflit transporté en terre africaine, qu’officiers et hommes de troupes de l’Infanterie coloniale française fêtent, en août 1914, à Mbirou, avec force victuailles, alcools et chants patriotiques, les victoires qu’ils ont remportées sur les Allemands dans la Sangha. Outre Mbirou qu’ils avaient repris aux Allemands le 2 août 1914, ils célèbrent aussi la reprise du poste allemand de Bonga, situé à la confluence de la rivière Sangha et du fleuve Congo, et de celui de Picounda, sis plus en amont, sur la même rivière.

Grisés par leurs succès et les vapeurs du bon vin, les Français baissent la garde, rabrouant à plusieurs reprises, d’un « je m’en fous » agacé, leurs serviteurs congolais qui tentent, en vain, de leur signaler l’arrivée d’un bateau allemand qui ramène de Picounda et d’Ikalanda, des soldats allemands. Arriva alors ce qui devait arriver…

Lire aussi : Le Congo dans la Première Guerre mondiale 1914-1918, les batailles de Mbirou, par Léon Bemba. https://www.makanisi.org/le-congo-dans-la-premiere-guerre-mondiale-1914-1918-les-batailles-de-mbirou-par-leon-bemba/

Victoire allemande à Mbirou

À l’annonce de l’attaque, le 2 août 1914, de Mbirou par les Français, une partie des militaires allemands, secondés par des « indigènes », avaient embarqué, le 3 août, à Léopolville, sur le vapeur Dongo, avec pour mission de reprendre le poste.

Conduite à la fois par terre et par eau, l’attaque allemande est rapide et vigoureuse. Surpris, les Français n’ont pas le temps de réagir et les Allemands occupent ainsi, le 22 août, sans coup férir le poste de Mbirou. Bilan : dix-sept morts côté français et un seul rescapé qui réussit à s’enfuir à Ouesso. En 1915, une stèle à leur mémoire a été érigée sur le lieu même où ils sont tombés.

Conduite à la fois par terre et par eau, l’attaque allemande est rapide et vigoureuse. Surpris, les Français n’ont pas le temps de réagir et les Allemands occupent ainsi, le 22 août, sans coup férir le poste de Mbirou

Après leur victoire, craignant des représailles, les Allemands ne s’attarderont pas à Mbirou préférant filer plus au nord. Puis, pendant plus de deux mois, Français et Allemands vont se combattre dans la région, le long de la Sangha et de la rivière Ngoko. N’Zimou (Dzimou), Bomassa, Nola… Les postes passent tour à tour dans les mains des uns ou des autres.

L’appui des Belges

Alors que les Français pensent contrôler le poste allemand de N’Zimou, au nord de Ouesso sur la Sangha, un détachement allemand, parti de Molundou, s’en empare, coupant ainsi les communications avec Ouesso, restée aux mains des Français. La France est en mauvaise posture. Elle ne s’en sortira que grâce aux Belges du Congo auxquels le gouvernement de l’Afrique équatoriale française fait appel le 29 septembre 1914.

C’est ainsi que, le 30 septembre, le vapeur Luxembourg quitte Léopoldville (actuelle Kinshasa), avec 136 soldats sous les ordres du lieutenant-colonel belge François Bal. Le vapeur remonte le Congo et l’Oubangui pour rejoindre le poste français de Dongou (dans l’actuelle Likouala) menacé par les Allemands. Dongou hors de danger, les Belges vont alors prêter main forte aux Français pour attaquer N’Zimou. Le 25 octobre, 150 de leurs tirailleurs viennent se joindre à la garnison d’Ouesso.

Défaite des Allemands

Le lendemain, sous la direction du général Joseph Gaudérique Aymerich, commandant supérieur des troupes de l’Afrique équatoriale, une reconnaissance offensive, à laquelle prend part Lucien Fourneau, lieutenant-gouverneur du Moyen-Congo, se rend à N’Zimou. Le vapeur Luxembourg ouvre la marche, suivi de plusieurs bateaux. Quatre jours de combats intenses, sur terre et sur eau, seront nécessaires avant que les troupes françaises et belges prennent le dessus. Le 29 octobre, c’est chose faite. N’Zimou tombe, définitivement perdu pour les Allemands.

Quatre jours de combats intenses, sur terre et sur eau, seront nécessaires avant que les troupes françaises et belges prennent le dessus. Le 29 octobre, c’est chose faite. N’Zimou tombe, définitivement perdu pour les Allemands.

Venue de Bangui, la colonne Morisson enlève Zinga, M’Baïki, Bania et Carnot. A la fin octobre, tous les territoires de la Sangha sont redevenus français. Plus rien n’arrête alors les Français et les Belges qui se rendent maîtres de la vallée de la Sangha, avant de s’élancer vers Yaoundé.

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