RDC : Auguy Bolanda, l’homme derrière les zones économiques spéciales

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Auguy Bolanda dans son bureau à Kinshasa.

Auguy Bolanda est aux commandes de l’Agence des zones économiques spéciales (AZES) depuis un peu plus de deux ans. Cette agence chargée, entre autres, du suivi des activités des zones économiques spéciales (ZES) de la République démocratique du Congo (RDC), est au cœur du dispositif mis en place par l’État pour assurer l’industrialisation du pays. Pur produit du système éducatif congolais, cet ancien de l’université de Kinshasa n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Retour sur le parcours atypique d’un Kinois typique.

Natif de Kinshasa, où il a effectué toutes ses études, de l’école primaire à l’université, Auguy Bolanda a à cœur de mener à bien sa mission à la tête de l’Agence des zones économiques spéciales (AZES). Cet établissement public est placé sous la tutelle du ministère de l’Industrie.

« Nous n’étions rien du tout, jusqu’à ce que nous ayons terminé nos études pour nous lancer dans la vie active »

Ce directeur général issu d’une famille modeste se souvient encore de certains de ses vieux amis d’enfance qui ont, par les hasards de la vie, connu des trajectoires différentes.  « L’un de mes grands amis d’enfance, que j’ai connu à l’école primaire, est devenu pasteur. Un autre a été le ministre des Finances de ce pays. J’ai étudié avec lui. D’ailleurs, nous avons fini nos études à l’université ensemble, la même année. Nous habitions dans le même quartier. Nous n’étions rien du tout, jusqu’à ce que nous ayons terminé nos études pour nous lancer dans la vie active ».

Médecine ou économie ?

Le père d’Auguy Bolanda tenait à ce que son fils fasse des études de médecine, à une époque où, pour de nombreux parents, avoir un enfant diplômé de la faculté de médecine était une grande fierté pour la famille. « Lorsque j’ai obtenu mon diplôme de fin d’études secondaires, la médecine ne me disait plus grand-chose. Je me suis inscrit à l’université, à la faculté des sciences économiques, à l’insu de mon père, qui croyait que je ferais des études de médecine », explique-t-il.

Les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles peuvent en avoir l’air, dans une ville où l’embauche est parfois une question de carnet d’adresses et de réseaux en haut lieu.

Cependant, il ne pouvait pas garder longtemps un tel « secret ». Auguy Bolanda s’en est ainsi ouvert à son père qui, contre toute attente, a réagi positivement, en lui souhaitant plein succès. Pour papa, l’essentiel était qu’au bout du compte, son fils soit heureux dans la voie qu’il avait choisie.

Cet homme persévérant sait ce qu’il veut dans la vie. Après l’obtention de sa licence à l’université de Kinshasa, il se lance dans la recherche d’un emploi qui correspond à sa formation. Mais les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles peuvent en avoir parfois l’air, dans une ville où l’embauche est parfois une question de carnet d’adresses et de réseaux en haut lieu. Auguy Bolanda ne dispose pas de ces atouts.

À la Fédération des entreprises du Congo

Après avoir envoyé des CV par-ci, par-là, une porte s’ouvre enfin. La Fédération des entreprises du Congo (FEC), la principale organisation patronale du pays, accepte de s’attacher les services de ce jeune économiste plein d’ambitions et de rêves.

« J’ai commencé ma carrière professionnelle au département économique de la Fédération des entreprises du Congo. J’en suis parti en 2007, pour rejoindre un cabinet ministériel. J’ai occupé le poste de conseiller économique, fiscal et financier du ministre de l’Industrie pendant près de trois ans », se souvient-il.

L’exécution de ce programme s’appuie sur des compétences locales et nécessite, à chaque étape, des évaluations

Les zones économiques spéciales

Entre-temps, la RDC, qui a décidé de jouer la carte de l’industrialisation, est passée à l’étape de l’implantation de zones économiques à travers son vaste territoire, pour relever les grands défis économiques auxquels elle fait face. Le pays réaffirme ainsi sa volonté de miser sur les ZES pour créer des emplois à haute valeur ajoutée et lutter contre le chômage qui frappe de plein fouet les jeunes générations. C’est dans ce cadre qui s’insère le décret n°15/007, signé par le premier ministre en avril 2015.

L’exécution de ce programme s’appuie sur des compétences locales et nécessite, à chaque étape, des évaluations et, au besoin, des réajustements. 

Avec le soutien de la Banque mondiale, la République démocratique du Congo, via le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille de l’État (COPIREP), a constitué une équipe chargée de la mise en œuvre de ce projet destiné à doper l’économie nationale. Auguy Bolanda est recruté dans cette équipe restreinte, en qualité de coordonnateur du projet de ZES, à l’issue d’un processus très sélectif.

Il prend ses nouvelles fonctions en janvier 2010. En 2022, le président Félix Tshisekedi, qui est arrivé au pouvoir en janvier 2019, procède à la mise en place des organes de la ZES, comme le prévoyait la loi : conseil d’administration, direction générale, commissariat aux comptes, etc. Et dans la foulée, Auguy Bolanda est nommé directeur général.

Le renforcement des capacités nécessite l’organisation de séminaires, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. De telles formations entraîneraient toutefois des coûts auxquels l’AZES n’est pas toujours en mesure de faire face

Beaucoup reste à faire

Des avancées ont été réalisées depuis sa nomination. Des sociétés sont passées à la phase de production sur le site de Maluku qui sert de ZES pilote. Bien plus, d’autres ZES sont en chantier par-ci, par-là. Mais le chemin à parcourir reste encore long. Auguy Bolanda est pleinement conscient des difficultés à surmonter. « L’AZES doit disposer d’un personnel qualifié et bien formé. Nous devons renforcer ses capacités », confie-t-il.

Le renforcement des capacités nécessite l’organisation de séminaires, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. De telles formations entraîneraient toutefois des coûts auxquels l’AZES n’est pas en mesure de faire face, dans le contexte actuel.  

En outre, l’Agence ne dispose pas encore de son propre siège. Ses locaux sont installés dans un immeuble qui appartient à des privés. « Nous sommes des locataires ici. Nous dépensons beaucoup d’argent pour payer le loyer. Nous voulons avoir nos propres locaux, notre propre siège. Nous sommes une structure de l’État. Il faudrait que l’État nous dote d’un siège ». 

La réalisation de cette ambition nécessite la mobilisation d’importants moyens financiers qui font défaut à l’AZES.

Questions foncières

La multiplication des ZES est assujettie à des questions foncières. La loi stipule que tout site d’une zone économique spéciale doit avoir une superficie d’au moins 250 ha. La République démocratique du Congo, le plus grand pays d’Afrique subsaharienne, est un mini-continent. Paradoxalement, l’AZES a du mal à trouver 250 ha de terrains exploitables dans ce pays où d’immenses étendues de terres sont thésaurisées par des particuliers qui peuvent passer plusieurs années, sans les utiliser. Ce phénomène d’accaparement de terres inquiète au plus haut point et complique la tâche de l’État qui doit, par moments, procéder à des expropriations accompagnées d’indemnisations. Tous ces mécanismes alourdissent les procédures et augmentent les coûts d’implantation des ZES.  

Lire aussi : RDC : les ZES se développent graduellement. https://www.makanisi.org/rdc-les-zes-se-developpent-graduellement/

Le gouvernement envisage de mettre en place une vingtaine de ZES dans le cadre de son plan directeur d’industrialisation. Reste que la réalisation de cette ambition nécessite la mobilisation d’importants moyens financiers qui, pour l’heure, font défaut à l’AZES. C’est dans cette optique qu’Auguy Bolanda préconise la création d’un fonds de financement des ZES. Le gouvernement tarde toutefois à franchir le pas.

« L’essentiel, pour nous, est de faire notre part. Je dirais néanmoins que le verre est à moitié plein »

Un travail de longue haleine

Lorsqu’il pose un regard sur son parcours jusqu’à aujourd’hui, Auguy Bolanda est traversé par des sentiments divers. Il sait, au plus profond de lui-même, qu’il s’est embarqué dans un projet transformateur et porteur d’un immense espoir pour des millions de Congolais. Mais ce programme s’inscrit dans le temps long et ne produira pas ses fruits du jour au lendemain.

« Mission accomplie, à ce stade ? Je ne le dirais pas, compte tenu de la tâche qui est la mienne. C’est un travail de longue haleine qui demande du temps, de longues années. L’essentiel, pour nous, est de faire notre part. Je dirais néanmoins que le verre est à moitié plein. »

À 56 ans, le directeur de l’AZES a un emploi du temps bien chargé. Ses journées ont des cadences infernales. Malgré tout, ce père de trois enfants s’arrange, le week-end, pour aérer son esprit et se consacrer à ses deux passions : la lecture et la marche.

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