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dimanche 27 novembre 2022
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RDC. Haut-Lomami. Vétérinaire, la cheville ouvrière de l’élevage bovin

L’élevage bovin occupe une place importante dans l’économie du Haut-Lomami. La Compagnie Pastorale du Haut-Lomami (PHL) est l’un des deux grands ranchs que compte la province. Urbain Makitu Kassata, docteur en médecine vétérinaire, diplômé de la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Lubumbashi en 1987, travaille à la PHL depuis 1997. D’abord en qualité de responsable de production, puis d’administrateur-directeur général depuis 2013.

Co-auteur avec le professeur Jean Bosco Hugues Lunumbi, également docteur en médecine vétérinaire, d’un livre intitulé « Gestion d’un ranch de bovins : embarcadère de développement économique en milieu rural »*, publié par les Presses universitaires de Lubumbashi, Urbain Makitu s’est confié à Makanisi, sur la PHL, son élevage bovin, son organisation et son marché, les pathologies et les soins apportés aux troupeaux, ainsi que sur le métier de vétérinaire et le rôle fondamental qu’il joue dans la bonne santé animale.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Pouvez-vous nous présenter brièvement la Pastorale du Haut-Lomami ?

Urbain Makitu, médecin vétérinaire dans son bureau à Kiabukwa.

Urbain Makitu : La Compagnie Pastorale du Haut-Lomami (PHL) est une société d’élevage bovin créée en 1928 par Victor Jacobs, un avocat belge installé à Elisabethvillle [NDLR : aujourd’hui Lubumbashi]. Elle a commencé ses activités à Tshiongwe dans le territoire de Kaniama, puis s’est étendue dans celui de Kamina. Son siège social est situé à Kiabukwa, à 18 km de Kamina. Elle compte 3 secteurs d’élevage (Lovoy, Kileka, Mitshia).

Chaque secteur comprend 2 sections (une de reproduction et une d’engraissement). Chaque section est dirigée par un médecin vétérinaire ou un ingénieur agronome. Les six sections de la PHL sont Kankundwe, Kelambwe, Makanza, Kindele, Tshiongwe et Mushindji.

La compagnie emploie 580 travailleurs. On doit les bons résultats de la PHL de ces dernières années à Thierry Jungers, récemment décédé, qui voulait faire de la PHL un grand ranch au cœur de l’Afrique.

La Compagnie Pastorale du Haut-Lomami (PHL) est une société d’élevage bovin créée en 1928 par Victor Jacobs, un avocat belge installé à Elisabethvillle [aujourd’hui Lubumbashi]

À combien de têtes s’élève le cheptel de PHL ?

U.M. : Le cheptel est composé de 20 000 bovins. La PHL a acquis plusieurs races importées notamment des Afrikanders, des Brahmans, des Santa gertrudis, des Simmentals, des Bonsmaras, etc. Il y a eu beaucoup de croisements. De ce fait, le bétail est très métissé. Il n’y a pas de races pures. Pour faciliter l’exploitation, le bétail est regroupé en deux grandes catégories : les Africanders et les Brahmans, chacune rassemblant des animaux qui ont des caractéristiques communes aux races originelles.

Un bovin de la race Brahman dans les pâturages de la PHL @Makitu

Quel type d’élevage pratiquez-vous ?

U.M. : La PHL pratique un élevage extensif. Le bétail broute l’herbe des pâturages. On lui donne une complémentation minérale, dont du sel iodé mélangé avec du phosphate monocalcique et d’autres minéraux, pour pallier la carence en minéraux de l’herbe des pays tropicaux. Les bêtes se reposent dans des enclos et des paddocks. Il n’y a pas d’étables à proprement parler. Les bêtes malades ou les veaux faibles sont installés dans des sortes d’étables.

C’est un élevage viandeux et non laitier

C’est un élevage viandeux et non laitier. À l’origine, on avait des vaches laitières, pour répondre à la demande en lait de la clientèle de Kamina qui comptait des expatriés. Mais l’alimentation des bovins laitiers est complexe car il faut leur donner de la farine composée de maïs. Or la production agricole, notamment de maïs, a beaucoup baissé en RDC. On pouvait aussi profiter de la drêche de brasserie, qui est la matière première de l’alimentation animale, mais la brasserie de Kamina a fermé en 1991. En outre, le prix du lait est élevé, or le niveau de vie de la population a baissé. Tout cela explique l’abandon progressif de l’élevage laitier.

Comment assurez-vous la gestion du troupeau ? 

U.M. : Nous avons des outils de gestion comme les cahiers de kraals. Le kraal est une aire d’exploitation d’un ou de plusieurs troupeaux qui inclut les habitations. Une bonne gestion requiert un suivi permanent du cheptel et du personnel sur le terrain par les chefs de sections. La direction assure la supervision.

Nous avons des outils de gestion comme les cahiers de kraals. Le kraal est une aire d’exploitation d’un ou de plusieurs troupeaux qui inclut les habitations.

Où se situent vos principaux clients ?

U.M. : Pour les clients situés hors de la province, nous vendons le bétail sur pied. Ce dernier est ensuite acheminé à Kolwezi, Likasi et Mbuji-Mayi. Pour le marché de Kamina, les bêtes sont abattues dans notre aire d’abattage où l’on peut abattre une ou deux vaches. Il y a un abattoir à Kamina, mais les clients n’aiment pas y conduire leurs bêtes et se plaignent du manque de pâturages d’attente avant l’abattage. En outre, rares sont ceux qui achètent plus de deux bêtes. Dans ce cas, il est difficile de les faire abattre à Kamina. Les bovins ont un instinct grégaire. Il n’est pas facile de les déplacer.

Quelles sont les principales pathologies rencontrées ?

U.M. : Les principales pathologies sont la trypanosomose, transmise par la mouche tsé-tsé, qui s’apparente à la maladie du sommeil chez les hommes, l’anaplasmose (sorte de malaria), une bactérie qui rentre dans le sang, et les verminoses (vers intestinaux), les trois maladies les plus répandues.  Les autres pathologies sont la septicémie hémorragique des bovins (pasteurellose) et la fièvre de la Vallée du Rift, une maladie virale asymptomatique, qui entraîne des avortements ou des veaux très faibles à la naissance. Cette dernière est fréquente en saison des pluies. Enfin, il existe les boiteries (troubles de la locomotion) dues à plusieurs facteurs.

Les principales pathologies sont la trypanosomose, transmise par la mouche tsé-tsé, qui s’apparente à la maladie du sommeil chez les hommes, l’anaplasmose (sorte de malaria) et les verminoses.

La PHL pratique un élevage extensif. Le bétail broute l’herbe des pâturages. On lui donne une complémentation minérale.

Comment les traitez-vous ?

U.M. : Nous faisons d’abord de la prévention par la chimio-prévention, c’est-à-dire par les médicaments et la vaccination, notamment contre la fièvre de la vallée des Rift, la septicémie hémorragique et le charbon symptomatique. Quand il tombe malade, le bétail est soigné. Le traitement dépend de la maladie.

Avez-vous recours à des remèdes traditionnels qui ont prouvé leur efficacité ? Lesquels ?

U.M. : Nous recourons à la phytothérapie uniquement pour les plaies, que nous soignons avec la poudre d’écorce de racines de Oldfielda dactylophila (kikotomuchi). Cette poudre, baptisée ici kikotomicine, a démontré son efficacité. Le professeur Victor Okombe Embeya a fait sa thèse sur ses propriétés anthelminthiques. Les recherches se poursuivent avec le Dr Gaël Nzuzi. Tous deux sont de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Lubumbashi, dont le doyen est le professeur Okombe.

Les clés d’une bonne santé animale sont la prévention, l’alimentation, la prise en charge précoce des bêtes malades, la disponibilité en produits vétérinaires et un personnel qualifié et consciencieux.

Quelles sont les clefs d’une bonne santé animale ?

U.M. : Les clés d’une bonne santé animale sont la prévention, l’alimentation, la prise en charge précoce des bêtes malades, la disponibilité en produits vétérinaires et un personnel qualifié et consciencieux. À la PHL, nous n’avons pas trop de problèmes de fourniture en produits vétérinaires. On a des stocks pour six mois et nous avons une trésorerie disponible qui permet d’acheter des médicaments en cas d’urgence. Nous essayons toujours de nous approvisionner pendant la saison sèche, de mai à octobre.

Comment est perçu le métier de vétérinaire ?

Les bureaux de la PHL à Kiabukwa, @Makitu

U.M. : Le métier de vétérinaire n’est pas valorisé en RDC. On peut se demander si le gouvernement sait que des vétérinaires sont formés en RDC. Pourtant, le médecin vétérinaire est un professionnel de la santé et un technicien polyvalent qui s’occupe de la santé animale dans sa globalité, depuis la nourriture et la prévention jusqu’au traitement des maladies en passant par l’assainissement et le suivi, le but étant de fournir des protéines animales de bonne qualité à la population.

Pour encourager l’installation d’un vétérinaire en brousse, il faut le motiver.

Chaque province compte une faculté de médecine vétérinaire mais certaines sont mal équipées et il n’y a pas assez d’enseignants qualifiés. Les principales facultés de médecine vétérinaire sont à Lubumbashi (Unilu), à Kinshasa (Unikin et UPN) et à Butembo (université catholique du Graben). En ce qui me concerne, j’ai fait mes études à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Lubumbashi.

Le médecin vétérinaire est un professionnel de la santé et un technicien polyvalent qui s’occupe de la santé animale dans sa globalité, depuis la nourriture et la prévention jusqu’au traitement des maladies en passant par l’assainissement et le suivi.

La relève des vétérinaires est-elle assurée ?

U.M. : La formation des vétérinaires bute sur le manque d’équipements et de moyens des universités congolaises. Le niveau des étudiants et des enseignants a baissé. Peu de facultés disposent de laboratoires. En attendant que l’État assume ses responsabilités, il faut que les étudiants fassent des stages dans des fermes et se professionnalisent pour devenir au moins de bons techniciens. Il faut alléger la partie théorique des enseignements en élaguant des matières comme le civisme, la sociologie… La PHL contribue à la formation en encadrant des stagiaires des universités de Kamina et de Lubumbashi.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

U.M. : Plusieurs personnes m’ont demandé de partager mon expérience de technicien et de gestionnaire. J’ai commencé à écrire en 2008. Puis le Professeur Jean Bosco Lunumbi m’a proposé de rédiger ce livre ensemble. Grâce à lui, les choses sont allées très vite. Sans lui, mes écrits seraient encore dans mon ordinateur.  Nous avons eu une très bonne collaboration. C’est le professeur Bosco Lunumbi qui m’a encadré, sous la direction du professeur Joachim Senn, pour mon mémoire de fin d’études en 1987.

*Titre : Gestion d’un ranch de bovins : embarcadère de développement économique en milieu rural. (Cas de la Pastorale du Haut-Lomami)

  • Auteurs : Jean Bosco Hugues Lunumbi et Urbain Makitu Kassata
  • Éditeur : Presses universitaires de Lubumbashi
  • Parution : 2020
  • Pagination : 206 pages

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