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mardi 30 novembre 2021
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RDC. Louange Mbiem, un destin national tout tracé ?

S’approchant de la trentaine, Louange Mbiem a déjà engagé une série de projets visant à transformer la société congolaise. La jeune femme croit en son destin… national.

Louange Mbiem est née à Ndjili, dans l’est de Kinshasa, d’une famille au sein de laquelle elle apprend à compter, dès l’enfance. Un sou est un sou, lui inculquent ses parents qui ne roulent pas sur l’or. La protection familiale dont elle bénéficie s’effondre après la mort précoce de son père, suivie, quelques années plus tard, de celle de sa mère. Une mère aimante qui fait comprendre tôt à Louange que la vie est un perpétuel combat, qu’il faut se battre avec ses propres armes, pour trouver sa place dans une société qui ne fait pas de cadeaux aux déshérités.

Cette enfant unique doit trouver des solutions par elle-même, sans compter sur un éventuel appui extérieur, dans un environnement où les liens de solidarité semblent s’effriter. Le « chacun pour soi » étant devenu la règle, cette orpheline est contrainte d’apprendre, à la dure, les techniques de survie en milieu hostile. Les idées fourmillent dans sa tête, alors qu’elle est sur le point d’entrer dans l’adolescence. Louange Mbiem tombe tôt dans l’univers de l’entreprenariat.

Militante des droits de l’enfant

À 12 ans, Louange Mbiem crée une ONG qui milite pour les droits de l’enfant. Sous la contrainte d’un violent ulcère de l’estomac, qui la terrasse pendant quelques mois, elle met entre parenthèses les activités de cette structure pour se consacrer à son traitement. Dotée d’un mental d’acier, elle arrive à surmonter cette épreuve qui lui permet de réfléchir au sens de la vie et de relativiser certaines choses, d’autant qu’elle revient de loin, elle qui est passée à deux doigts du pire.

Cette battante ne perd pas pied dans l’adversité. Elle crée Unity Corporation, qui prône la paix et le progrès social, dans un pays qui a connu les affres de la guerre et où la majorité de la population a du mal à joindre les deux bouts.

Un « shadow cabinet » version congolaise

Lancée il y a deux ans, Unity Corporation est une organisation multisectorielle qui compte 13 « chambres » fonctionnant un peu sur le modèle du « shadow cabinet » britannique. En d’autres termes, c’est comme un gouvernement virtuel qui accompagne la société et formule des propositions pour une meilleure exploitation des opportunités qui se présentent. Chacune des « chambres » fait office de « ministère », avec, à sa tête, une personne dotée de compétences avérées.

Pour autant, des secteurs vitaux comme le numérique ne sont pas couverts. D’où la réflexion menée actuellement au sein du groupe, pour établir la liste des chambres qui mériteraient d’être créées, redimensionnées ou étoffées. « L’idée est d’augmenter le nombre de chambres avec le temps. Nous voulons explorer les nouveaux secteurs qui peuvent se révéler centraux dans le développement du pays. Nous sommes en train d’identifier ces secteurs et des personnes qui pourraient en faire partie. Je veux créer un système puissant et indépendant qui ne s’arrêtera pas du jour au lendemain. Il faut que les bases soient solides pour assurer une longue vie à Unity Corporation », insiste Louange Mbiem.

Unity Corporation, qui compte 200 membres, entreprend des opérations sociales en faveur des populations vulnérables. C’est dans ce cadre que s’insèrent les dons que l’organisation fait à des orphelinats. L’arrivée de nouveaux partenaires désireux d’élargir le champ d’action de l’organisation est souhaitée.

Les jeunes entrepreneurs à l’honneur

Louange Mbiem est également PDG de Spark, une société spécialisée dans le management de projets, le marketing et la vente de biens et services aussi bien en RDC qu’à l’étranger.

Parmi ses autres réalisations, figure le projet « jeunes entrepreneurs » qui consiste à aider la jeunesse à créer ses propres entreprises, au lieu d’attendre que l’Etat mette en place des services efficaces d’accompagnement de porteurs de projets. Dans cette perspective, Louange Mbiem a créé la société Elion Corporation. Elle regroupera des PME et plusieurs jeunes entrepreneurs indépendants. Elion Corporation, qui sera officiellement portée sur les fonts baptismaux sous peu, apportera aux entreprises membres son expertise dans plusieurs domaines afin qu’elles étendent leurs activités.

Leadership et marketing politique

Des responsables politiques s’attachent les services de Louange Mbiem, qui a fait une formation en management, leadership et marketing politique, après ses trois ans d’études de droit. Mais les choses ne sont pas simples dans un pays qui compte plus de 600 partis politiques dont la majorité est dépourvue d’assise nationale. « Il y a parfois des malentendus avec des responsables politiques. S’ils ont des exigences ou des préalables que je trouve sans pertinence, je décline leur offre. Nous n’allons pas vers eux. Ils viennent vers nous, s’ils ont besoin de quelques conseils ou d’apprendre des choses susceptibles de doper leur carrière », souligne-t-elle. Louange Mbiem compte étudier les sciences politiques, dès l’année prochaine. Ce qui, dans trois ans, devrait lui permettre d’ajouter une ligne « master » sur son CV.  

Ambitions présidentielles

Cette jeune femme à la personnalité bien affirmée et aux idées originales, rêve de diriger un jour le plus grand pays d’Afrique subsaharienne. « Je voudrais être la première femme élue à la tête de ce pays si extraordinaire et si complexe où il y a de vastes chantiers à ouvrir », affirme-t-elle. Une ambition qui ne date pas d’aujourd’hui. « La politique ? J’en rêve depuis l’enfance, malgré les mises en garde de ma regrettée mère qui voulait m’en dissuader, au motif que dans un pays comme la République démocratique du Congo, la politique est avant tout une affaire d’hommes, de sanglants  règlements de comptes et d’assassinats. Ma mère ne voyait pas très bien ce qu’une femme, quelles que soient ses compétences et sa vision, pouvait faire dans cet univers impitoyable où tous les coups sont permis et où le plus fort, si pas le plus futé, impose souvent sa volonté et ses méthodes aux autres », explique-t-elle.

Loin des idées reçues et malgré le procès en incompétence qui est souvent instruit à nombre de femmes, elle construit patiemment sa candidature. Elle mise sur deux principaux alliés : le temps et la formation. « Ma candidature sera déposée. Dans combien d’années ? Je ne sais pas. Mais ce jour viendra, si Dieu me prête vie », affirme-t-elle.  

Quel culot ! Lui rétorque-t-on habituellement lorsqu’elle ose exposer son dessein présidentiel. Elle est habituée à ce refrain dans une société machiste où, dans les circonstances actuelles, l’accession d’une femme au sommet de l’Etat paraît inimaginable. 

La jeune femme aime méditer, seule dans son coin. Le silence est son meilleur compagnon. Si elle ne dédaigne pas d’aller au restaurant avec des amis, elle attache toutefois un prix inestimable à la solitude. « Je me sens dans mon élément dans le silence absolu », explique-t-elle. Les grands desseins se forment dans le silence, dit-on. Est-ce un signe ?  

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