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lundi 15 août 2022
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RDC. L’université au coeur de la recherche sur les batteries (2)

Quel rôle peut jouer l’Université dans la chaîne de valeur de l’industrie des batteries ? Quels sont les enjeux pour la RDC, ses chercheurs et ses enseignants ? Suite de notre entretien avec Jean-Marie Kanda Ntumba, Doyen de la Faculté Polytechnique de l’Université de Lubumbashi.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : La Polytech-Unilu est-elle bien placée en matière de recherche-innovation sur les batteries ?

J-M. K. : La Polytech Unilu est bien placée pour catalyser la naissance de l’industrie locale des dispositifs électrochimiques de stockage d’énergie à travers son Laboratoire d’Analyse Environnementale (LAE). Pour accomplir cette mission, ce laboratoire ainsi que d’autres seront mis à profit. La Polytech-Unilu compte aussi sur son réseau de collaboration avec les autres universités en RDC et à l’étranger.

La Polytech-Unilu est bien placée pour catalyser la naissance de l’industrie locale des dispositifs électrochimiques de stockage d’énergie à travers son LAE. Pour accomplir cette mission, ce laboratoire ainsi que d’autres seront mis à profit.

Makanisi : Pouvez-vous donner des exemples concrets ?

J-M. K. :  Parmi les actions concrètes que nous pouvons mener, figure l’étude de faisabilité de la construction d’usines de fabrication de dispositifs électrochimiques de stockage d’énergie. Combien peut-on investir en RDC dans la fabrication locale des piles ou batteries rechargeables ? Quelle capacité serait raisonnable ? Quel bénéfice une telle affaire pourrait générer ? Quel marché serait perméable à ces dispositifs de stockage d’énergie ? Autant de questions qui trouveront des réponses grâce aux projets de recherche. Des bureaux d’analyse et de conseil, tel que BloombergNef, ont des données sur ces questions mais leurs approches ne sont toujours pas académiques.

Lire la première partie de l’entretien dans notre précédent article : RDC. L’université au coeur de la recherche sur les batteries (1)

Makanisi : Comment allez-vous procéder ?

J-M. K. :  Des thèmes de recherche seront alloués à des étudiants de deuxième et troisième cycle pour fournir des données technico-économiques permettant d’établir la faisabilité de construction d’usines de matériaux servant d’électrodes et accessoires dans les piles rechargeables à ion de lithium, à partir des minerais stratégiques de la RDC, ainsi que d’usines de piles à ion de lithium pour des applications diverses (téléphones, torches rechargeables, appareils de mesure, montres, horloges) et de batteries rechargeables pour stocker les énergies solaires et éoliennes et pour véhicules électriques.

Le Professeur Jean Marie Kanda dispensant un cours à des étudiants à l’Unilu.

Makanisi : Quelle sera la contribution du Laboratoire d’Électrochimie Appliquée (LEA) ?

J-M. K. :  A l’instar des centres de recherche d’autres pays, le LEA entend contribuer au domaine des batteries par la recherche dans un cadre multidisciplinaire avec les autres grands laboratoires de la Polytech-Unilu : LAE, LCA, MCM et PPM. Son expertise portera sur l’optimisation et l’évaluation environnementale des procédés de production, le contrôle qualité des piles et autre matériaux produits. Dès qu’il aura été équipé, il sera en mesure de tester rigoureusement les batteries électriques importées en RDC pour mieux protéger le consommateur. Ce service s’appliquera aux futures entreprises du domaine des piles électriques.

Son expertise portera sur l’optimisation et l’évaluation environnementale des procédés de production, le contrôle qualité des piles et autre matériaux produits.

Makanisi : Et celle du Laboratoire d’analyse environnementale (LAE)?

J-M. K. :  Sur le plan de la recherche, le LAE, en étroite collaboration avec d’autres laboratoires de la Polytech-Unilu, jouera un grand rôle sur les thématiques suivantes : la production de matériaux pour électrodes à moindre coût ; l’évaluation des additifs pour électrolytes, la sélection de matériaux et l’optimisation de la performance des piles et batteries ; la sécurité dans l’usage des piles, la conception et le montage d’usines à moindre coût ainsi que la récupération et le recyclage du cobalt et du lithium des piles usées. Le laboratoire a beaucoup d’expertise dans le domaine de la gestion de déchets. En revalorisant et en recyclant les batteries usées, le coût des batteries électriques pourra baisser.

Le Prof. Arthur Kaniki fait visiter le LAE à Louis Watum, président de la Chambre des Mines de RDC en présence du Doyen JM Kanda.

Makanisi : L’utilité de la recherche-innovation pour l’industrie des batteries est-elle bien comprise des autorités ?

J-M. K. : La recherche tant fondamentale qu’appliquée est nécessaire et les autorités en RDC le savent. C’est une des missions de l’université. Il faudra certainement améliorer la part allouée à la recherche dans le budget national. Même si l’industrie de la batterie en RDC peut chercher l’expertise à l’extérieur, la recherche est toujours faite dans les universités et les laboratoires spécialisés.  

La recherche tant fondamentale qu’appliquée est nécessaire et les autorités en RDC le savent. C’est une des missions de l’université.

Makanisi : Outre la recherche, il faut une main d’œuvre adaptée…

J-M. K. :  Nous devons assurer une offre de formation en adéquation avec des projets professionnels contemporains. Si une usine chimique s’installe en RDC, elle peut trouver les intrants sur place mais il lui faudra des chimistes ainsi que d’autres compétences. Nous devons donc former des techniciens et cadres congolais à tous les niveaux de tâches et de responsabilités de la chaîne de valeur : des manœuvres, des chimistes, du personnel chargé de la sécurité attachée à ce type d’usine, des acteurs pour analyser les retombées de l’activité sur l’environnement, sur l’eau, le recyclage des batteries, etc. Cela impliquera l’introduction d’une filière multidisciplinaire de Génie énergétique ou offrir des options pour des étudiants qui ont un projet professionnel et veulent acquérir des connaissances dans le domaine des dispositifs électrochimiques de stockage d’énergie.

Nous devons donc former des techniciens et cadres congolais à tous les niveaux de tâches et de responsabilités de la chaîne de valeur

Makanisi : Il faut également former des chercheurs…

J-M.K. : Oui, on doit aussi former des chercheurs.  Seule la recherche en continu permettra à l’industrie congolaise des piles et batteries de rester compétitive au fil des ans. On fait déjà de la recherche sur la métallurgie du lithium, mais c’est encore timide. Auparavant on faisait la métallurgie des métaux de base – cuivre, cobalt, zinc, manganèse. Aujourd’hui le coltan et les terres rares sont des éléments métalliques sur lesquels se penche la recherche. Mais peu d’étudiants de 3è cycle font des recherches sur ces thématiques.   

Seule la recherche en continu permettra à l’industrie congolaise des piles et batteries de rester compétitive au fil des ans.

Makanisi : Tout cela demande équipements et moyens financiers…

J-M. K. :  Il faut en effet prévoir un budget adéquat pour acheter des pièces d’équipement de recherche. Il faudra installer et équiper deux unités de fabrication de piles à ion de lithium de type bâton et en forme de livre au LEA.  Elles serviront à la formation d’étudiants et à la production proprement dite et constitueront une source de revenus pour la faculté dès qu’un marché aura été trouvé pour les piles. Un fournisseur de ces deux lignes de production a déjà été identifié pour avoir une idée de l’ordre de grandeur du capital à investir.

En plus des travaux sur les piles et batteries, cet équipement permettra au laboratoire d’initier d’autres thèmes de recherche pour accompagner l’industrie minière locale : intensification et optimisation des procédés hydro et électrométallurgiques, investigation des inhibiteurs de corrosion, etc. Nous espérons que les banques, les partenaires au projet et le gouvernement congolais nous aideront.  

Le Prof. Jean Marie Kanda fait visiter le LAE à Marine Leloup (Institut français) et à un visiteur étranger en présence de deux étudiants.

Makanisi :  Avez-vous tissé des partenariats avec des universités étrangères sur les thèmes de recherche liés aux batteries électriques ?

J-M. K. : Nous sommes en contact avec deux universités qui vont collaborer avec nous sur ces thèmes de recherche : l’École des Mines de l’Université Officielle de Bukavu (UOB) et le laboratoire américain Multi-scale Electrochemical Engineering Lab (MEEL) dirigé par le Professeur Tao Gao, au département de Génie Chimique de l’Université d’Utah (USA).

La collaboration avec l’UOB portera essentiellement sur le test de nouveaux électrolytes plus économiques et qui rendront les batteries plus sûres, l’analyse économique des procédés de fabrication et des projets d’implantation locale des usines de fabrication des précurseurs des batteries et des usines complètes de fabrication de batteries électriques à ion de lithium.

Le laboratoire MEEL est très expérimenté dans la recherche sur les batteries. Le Professeur Tao Gao a donné son accord de principe pour recevoir des chercheurs venant de chez nous pour un renforcement de leurs capacités. Nos laboratoires vont chercher à collaborer avec d’autres universités et institutions intéressées aux batteries dès que nos opérations commenceront au laboratoire d’Electrochimie Appliquée. Nous pensons au Conseil pour la Recherche Scientifique Industrielle en Afrique du Sud.

Sans l’accompagnement de l’université, l’industrie des batteries qu’on s’apprête à démarrer en RDC risque de ne pas répondre à toutes les attentes du pays, car il faut former les employés et optimiser les procédés pour rendre ces unités de production compétitives.

Makanisi : Est-ce facile d’accéder aux fonds de recherche-développement ?

J-M. K. : Nous sommes très déterminés à frapper à toutes les portes pour lever des fonds et contribuer effectivement à toutes les étapes de la chaîne de valeur des batteries électriques.

Sans l’accompagnement de l’université, l’industrie des batteries qu’on s’apprête à démarrer en RDC risque de ne pas répondre à toutes les attentes du pays, car il faut former les employés et optimiser les procédés pour rendre ces unités de production compétitives. C’est ce que nous ferons en tant qu’université.

En RDC et en Afrique sub-saharienne, à l’exception de l’Afrique du Sud, on a un sérieux déficit de financement de la recherche.  Nous comptons faire du lobbying auprès de notre gouvernement pour suggérer un modèle de financement de notre recherche. L’exonération des droits de douane pour l’équipement de recherche sera une première idée.  On peut aussi  envisager de verser un petit pourcentage (moins de 2%) des revenus de l’entreprise du Cobalt et du Fonds Minier pour les Générations Futures à un fonds de recherche sur les applications des métaux stratégiques de la RDC.

Le Prof. JM Kanda fait visiter le Laboratoire de régulation et d’automatisation à Marine Leloup, responsable de l’Institut français et à un autre visiteur étranger.

Makanisi : Comparativement à d’autres branches industrielles, l’industrie minière n’est-elle pas la plus poussée à préserver l’environnement et à produire « propre » ?

J-M. K. Les sociétés étrangères ou les investisseurs miniers sont contraints par leurs bailleurs, plus exigeants sur ces questions, de respecter l’environnement, l’écologie et les droits humains. Pour exemple, à Kamoa, qui est un projet green field, les dirigeants ont appliqué l’approche dite éco-conception pour leur nouvelle usine et produire de l’énergie propre. Ceux installés de plus longue date dans le pays, s’y mettent peu à peu et essaient d’améliorer les choses. Ce n’était pas le cas auparavant. Aujourd’hui, ils doivent présenter des bilans sur toutes ces questions.

En RDC, il faut inculquer l’éco-conception. Toute activité doit intégrer dès sa conception les notions de protection de l’environnement, de la biodiversité et de développement durable. 

Makanisi : la Transition écologique et énergétique, dans laquelle la RDC peut jouer un rôle, n’implique-t-elle pas une vision nouvelle et globale ?

J-M. K. : En RDC, il faut inculquer l’éco-conception. Toute activité doit intégrer dès sa conception les notions de protection de l’environnement, de la biodiversité et de développement durable. 

Les réseaux de Polytech-Unilu

Depuis toujours,la Faculté Polytechnique de l’Unilu collabore avec plusieurs entreprises et plusieurs institutions de recherche ou d’enseignement ainsi qu’avec des ONG tant nationales qu’internationales. On peut citer :

Entreprises : MMG, NEO-TECH, KICO, RUASHI Mining, REGIDESO, TFM, CHEMAF, Gécamines, EWES, SICOMINES, SOMIKA, ORION, MUMI, KCC, KAMOA, etc.

Universités : Liège Université (Belgique), Université de Kinshasa (RDC), Université Libre de Bruxelles (Belgique), Université de la Lorraine (France), École Polytechnique de Montréal (Canada), Université de Mbuji-Mayi (RDC), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (Canada), Université du Kwazulu Natal (Afrique du Sud), Cape Peninsula University of Technology (Afrique du Sud), Mangosuthu University of Technology (Afrique du Sud), Copperbelt University (Zambie), etc.

ONG : SARW, WWF, POM, CORDAID, OSISA, Vision Mondiale, etc.

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