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mercredi 28 septembre 2022
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RDC. Musique. Trouver le ton juste avec Kinarmonik

S’ils jouent déjà dans des groupes de musique, ils n’en sont toutefois qu’à leurs premières gammes. Et ils savent qu’ils ont encore beaucoup à apprendre. Eric Muginda, guitariste du groupe Jupiter et Okwess, l’a bien compris. Il a créé, en 2018, à Kinshasa, Kinarmonik, une école de musique. Parmi les jeunes artistes en herbe qui la fréquentent, figurent peut-être les grands de la musique congolaise de demain. En attendant la gloire, ils reviennent aux bases, au solfège notamment, avec l’ambition de ne pas se limiter à reproduire les mêmes rythmes, mais d’innover. C’est, du moins, ce qu’on leur enseigne à Kinarmonik.

Ils ont des allures d’écoliers sages et pourtant leur cœur bat fort au rythme des musiques du pays et d’ailleurs. La musique est pour eux une passion, dont ils veulent faire leur métier, en rejoignant ou fondant un groupe de musique.  Ils jouent surtout de la guitare et de la basse, les instruments les plus accessibles et les moins chers à Kinshasa, des percussions et de la batterie. Parfois du piano comme Léa, guitariste et chanteuse de gospel. Peu écrivent des chansons. Quelques-uns font partie d’orchestres qui se produisent dans des groupes de prière. Loin de se prendre pour des « grands », ils ont en commun un désir de « s’améliorer ». C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à Kinarmonik, une école de musique fondée en juillet 2018 par Éric Muginda, un des guitaristes du groupe Jupiter & Okwess

Loin de se prendre pour des « grands », ils ont en commun un désir de « s’améliorer ». C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à Kinarmonik, une école de musique fondée en juillet 2018

Au quartier Vitamine 1

Le centre est logé au quartier Vitamine 1, dans la commune de Matete, au fin fond d‘une cour. « Nous avons 26 apprenants, encadrés par deux professeurs. Notre enseignement repose sur des master classes. Nous enseignons la théorie musicale. Nous organisons des ateliers et offrons un espace gratuit de répétition », informe Muginda. Les cours sont payants, un dollar par séance. Pour aider ceux qui ont peu de moyens financiers, un système de parrainage a été institué. 

Élevés dans la musique, la préférence de ces jeunes va à une variété de styles : le ndombolo, le reggae, la bossa nova, la salsa, le jazz, le blues, la rumba, le seben ou le folk congolais (musiques traditionnelles de la RDC) …

Lire aussi : RDC. Jupiter et Okwess, l’autre musique…https://www.makanisi.org/rdc-jupiter-et-okwess-lautre-musique/

Créer son propre style

Pas question pour les jeunes musiciens de recopier ce qu’ils ont coutume d’écouter. Ils veulent sortir des sentiers battus et inventer de nouveaux rythmes « à la manière de Jupiter », indique Salomon. Alors qu’Andrault Sivi veut déjà créer sa propre musique, la jeune guitariste Lucia, qui a appris la musique auprès de sa grand-mère originaire du Kongo central, souhaite d’abord se perfectionner avant « d’inventer, un jour ».

Pas question pour ces jeunes de recopier ce qu’ils ont coutume d’écouter. Ils veulent sortir des sentiers battus et inventer de nouveaux rythmes

Apprendre aux jeunes élèves à créer leur propre style, à partir du tronc musical congolais aux multiples branches, est la caractéristique de Kinarmonik. « Le module créativité ouvre des horizons importants aux apprenants. L’harmonie et le solfège que nous enseignons, ouvrent aussi des portes à la créativité », explique Serge Tshibamba, l’un des professeurs.  À l’évidence, le cours de créativité a beaucoup de succès. « Cela nous permet de nous épanouir. Nous avons des exercices à faire ce qui nous pousse à rester actif et à faire sortir ce qui est en nous », s’exclame Léah Mbuyamba.

Groupe d’élèves en apprentissage à Kinamonik. Oct. 2021 @MDMM

L’enseignement du solfège

L’enseignement du solfège a été une autre découverte. « C’est un solfège congolisé, appelé méthode Wadigesila, du nom du jazzman congolais qui l’a mis au point. Les élèves ont appris à lire et à écrire le solfège. Ils savent ce qu’ils jouent. On observe une grande évolution chez eux et plus de fluidité dans leur façon de jouer », explique Toussaint Kimbembi, l’autre professeur, membre du groupe musical Tension 5. « La musique est une science qu’il faut connaître et dont il faut respecter les règles. C’est ce que j’ai appris ici », admet un jeune.

« C’est un solfège congolisé, appelé méthode Wadigesila, du nom du jazzman congolais qui l’a mis au point…»

L’amour, mais aussi le social, l’écologie…

Bien évidemment, si l’amour reste un thème privilégié des chansons qu’ils pourraient accompagner musicalement, l’écologie, le social et la politique les intéressent. À quel type de vedettes aimeraient-ils ressembler s’ils avaient la chance de réussir ? La plupart préfèrent les artistes humanistes comme Jupiter ou Lokua Kanza, dont la musique a un impact sur des publics variés, aux stars congolaises « qui roulent les mécaniques devant les petits et les filles ». Les tempos changent parmi la nouvelle génération…  

Article, de la même autrice, paru dans Jeune Afrique, n° 3108, dans le dossier Grand Format « RDC, un géant convalescent », sous le titre : « Kinarmonik donne le ton »

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