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mercredi 24 avril 2024
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Repas et convivialité : manger est d’abord un acte social

En Afrique, il n’est guère de rapports humains sans partage de nourriture. Tout est occasion de se mettre à table. Toutefois, on ne mange pas que pour s’alimenter et satisfaire un besoin biologique. Le repas est d’abord un acte social et culturel, donc collectif, et l’on se doit de partager ensemble ce moment important de la vie. Ainsi, il n’est pas besoin d’avoir à fêter un événement pour s’attabler à plusieurs autour d’un repas. D’ailleurs, les familles sont généralement nombreuses. Qui pourrait donc manger seul ? Reste qu’avec l’urbanisation, la pratique du repas pris, le midi, dans un restaurant ou dans une cantine populaire ou l’achat d’un plat cuisiné tend à se généraliser.

Avec ou sans faim, on mange pour faire honneur au plat, c’est-à-dire à celui qui l’offre ou à celle qui l’a préparé. Tout visiteur qui débarque, attendu ou non, doit accepter l’assiette qu’on lui présente. Il serait d’ailleurs déplacé de lui demander s’il a mangé. Dès qu’il arrive, on lui présente immédiatement une boisson, un verre d’eau, un « sucré », en d’autres termes un soda, ou une bière, et l’on met une assiette bien remplie devant lui, même si ce n’est pas l’heure de déjeuner ou de dîner. Avoir déjà mangé n’est donc pas un motif valable pour refuser de prendre un repas. On n’est pas obligé de tout avaler. Il suffit de prendre quelques bouchées, l’important étant de faire honneur à ses hôtes.

Tout visiteur qui débarque, attendu ou non, doit accepter l’assiette qu’on lui présente. Il serait d’ailleurs déplacé de lui demander s’il a mangé

Grands plats pour grandes occasions

Si certains ont pris l’habitude d’aller au restaurant, la pratique est limitée aux repas d’affaires ou aux dîners entre amis. Car les grandes occasions – cérémonies familiales, sociales ou religieuses – se fêtent toujours à la maison. Pas question d’aller au restaurant dans de telles circonstances. Rien ne vaut la cuisine de Madame qui opère, secondée par les filles de la famille, voire quelques aide-ménagères, quand elle en a les moyens, dans son domaine, une grande pièce remplie de vaisselles et de casseroles, où trône un immense frigidaire.

C’est alors la grande effervescence autour des fourneaux. Bien souvent, les aliments mijotent sur un brasero, au fond de la cour familiale, qui fait office de cuisine bis. Le repas se prendra plus volontiers dehors, à moins qu’il ne pleuve et les voisins seront conviés à partager ce moment de fête.

Rien ne vaut la cuisine de Madame qui opère, secondée par les filles de la famille, dans son domaine, une grande pièce remplie de vaisselles et de casseroles, où trône un immense frigidaire

Assiette individuelle ou plat commun, c’est selon

En matière de « couvert », les traditions diffèrent d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre, voire d’une famille à l’autre. Généralement, notamment en ville, on mange assis autour d’une table, haute ou basse, et chacun dispose d’une assiette. Selon les milieux, la table sera plus ou moins décorée, voire ornée d’un bouquet de fleurs. Nappe en bazin ou carré de tissu-pagne, sur lesquels sont disposés assiettes et verres, fourchettes, cuillers et couteaux, serviettes et plats… et voilà le couvert est mis et la table dressée !

Il est des cas où le repas est servi dans un plat commun, sor­te de grand pla­teau émaillé, aux des­sins co­lo­rés, dans lequel les convives puisent avec doigté. Pour ceux qui n’ont pas « la main », c’est-à-dire qui ne savent pas manger avec leurs doigts, une cuiller ou une fourchette est mise à leur disposition. On peut aussi être as­sis autour d’une table ou par terre, sur une nat­te ou un ta­pis, le ge­nou ca­lé par de confor­ta­bles cous­sins, comme c’est le cas chez les populations nomades, qui ne peuvent s’encombrer de meubles. Avant et après le re­pas, la maî­tres­se de mai­son fait por­ter une bouilloi­re d’eau tiè­de et un grand bol en émail dans le­quel les in­vi­tés se la­vent les mains.

Familiale par excellence, prise en commun à la maison, la cuisine africaine a dû descendre dans la rue, urbanisation et travail salarié obligent ! 

Cantine populaire

Familiale par excellence, prise en commun à la maison, la cuisine africaine a dû, toutefois, descendre dans la rue, urbanisation et travail salarié obligent ! Au passage, elle a dû s’adapter aux contraintes de rapidité et de simplicité propres à la restauration collective. Le phénomène est surtout le fait des grandes villes. L’offre est variée. Les petites bourses ont le choix entre un simple étal tenu par une petite vendeuse, assise le long du trottoir, qui propose des beignets, des bananes plantains frites, voire des plats rapides, ou la gargote, un quasi-restaurant. Le spectacle de ces petites cantines populaires, tenues généralement par des femmes, appelées malewa dans les deux Congo, n’est pas rare dans les quartiers de bureaux et d’affaires des cités africaines.

Une pièce fermée ou un simple auvent dressé devant une concession, quelques tables, des bancs et des chaises, une toile cirée, des gobelets, parfois une télévision… et voilà le lieu où viennent se restaurer, pour quelques petits billets, fonctionnaires, ouvriers et autres travailleurs que les horaires de travail et les contraintes de la journée continue ne permettent plus de rentrer chez eux le midi. La cuisine y est simple. Au menu : sandwichs-brochettes, spaghettis-sauce tomate, plats de haricots, riz à la viande ou au poisson, une denrée facile à préparer et pas chère.

Le spectacle de ces petites cantines populaires, tenues généralement par des femmes, appelées malewa dans les deux Congo, n’est pas rare dans les quartiers de bureaux et d’affaires des cités africaines.

Nganda et plats cuisinés

Pour les « cadres », ce sera le restaurant, pas toujours le plus chic, mais celui dont l’offre est accessible financièrement et de bonne qualité. Selon les pays, il prend des noms spécifiques. On parlera de circuit à Yaoundé, de nganda dans les deux Congo ou en Centrafrique.

La mode des plats cuisinés s’est fortement développée, depuis quelques années, dans les grandes villes. Rares sont les supermarchés qui ne proposent pas cette formule.

Toutefois, la mode des plats cuisinés s’est fortement développée, depuis quelques années, dans les grandes villes. Rares sont les supermarchés qui ne proposent pas cette formule. Moins cher qu’un plat dans un restaurant, le plat cuisiné, souvent de bonne qualité et offrant de la cuisine locale, est servi chaud et accompagné de couverts. Beaucoup de jeunes couples, sans enfant, ont recours à cette formule même pour le repas du soir.

Bien évidemment, les « grands patrons », eux, opteront pour les restaurants très chic, dans les grands hôtels notamment, où évoluent, certes, les chefs étoilés, mais où l’addition est souvent très salé.

Lire aussi : Voyage culinaire en Afrique centrale. https://www.makanisi.org/voyage-culinaire-en-afrique-centrale/

L’art de la table pour rendre hommage aux chefs

Assis sur un tabouret en bois sculpté, il boit son vin de palme dans une corne de buffle, ornée de motifs stylisés, de figures humaines et de dessins géométriques, symbole de puissance et de force. Devant lui, sur une table basse finement sculptée, autre symbole de la royauté, reposent une multitude de récipients, en bois, en bambou ou en terre cuite, magnifiquement décorés. Ce grand chef de l’Ouest camerounais ne prend pas, en effet, ses repas n’importe où, ni dans n’importe quelle vaisselle, statut royal oblige ! Il se doit de montrer sa différence, même quand il se restaure.

D’ailleurs le repas, principalement celui qui consacre une cérémonie, est davantage un rituel, avec ses règles et sa symbolique, que la simple occasion de se nourrir. Aussi les artistes-artisans ont-ils mis leur art aux services de la table, pour rendre hommage au roi et rehausser son prestige. Le royal repas est l’occasion de sortir nappes brodées, sets de table en raphia, plats, verres et jattes en bois ou en terre, calebasses perlées, gobelets en bambou et autres trésors, qui figurent parmi les plus belles pièces de l’art Bamiléké. Un raffinement inévitable, parce que le roi le vaut bien ! MDMM

Mangera ou mangera pas ? Ou comment le mari exprime sa désapprobation à sa femme

Madame a toutes les raisons de s’interroger, voire de s’inquiéter. Voilà deux jours qu’il refuse de manger les plats, pourtant appétissants, qu’elle a préparés. Tout a commencé la veille, quand Monsieur a laissé sa tasse de thé ou de café pleine sur la table du petit déjeuner, puis est sorti précipitamment pour ne rentrer qu’à la nuit tombée, visiblement rassasié, mais boudeur. Un scénario qu’il répète plusieurs jours de suite. Aurait-il un deuxième bureau ? Rien de tel, car Madame a mené sa petite enquête. Toutes les fois qu’il est rentré tard, Monsieur est allé rendre visite à sa sœur après le travail ! Alors, s’il ne s’agit pas d’une femme, c’est donc qu’il est fâché !

C’est ainsi, en effet, que bien des maris expriment leur désapprobation à leur épouse quand celle-ci leur « aurait manqué de respect ». Traduisez quand l’épouse a contredit sa moitié ou lorsqu’elle a osé faire quelque chose qui « ne se fait pas » ! « Ta femme, c’est celle en qui tu te remets entièrement. En refusant les mets qu’elle prépare, tu lui signifies que tu es mécontent et que tu lui as retiré ta confiance. Une manière de la punir », explique Benoît, un Brazzavillois. La « punition » est sévère. Et la bouderie agaçante à la longue. Il faudra néanmoins que Madame fasse preuve de beaucoup de patience et de diplomatie pour ramener Monsieur à table ! MDMM.

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