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samedi 21 mai 2022
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Sommet Europe – Afrique : un nouveau départ ?

Le sixième sommet Union africaine – Union européenne s’est déroulé à Bruxelles du 17 au 18 février 2022. Les dirigeants des deux continents réunis dans la capitale belge parlent d’un « nouveau partenariat » marqué par des promesses d’investissements en Afrique. La situation géopolitique mondiale semble propice à l’émergence de nouvelles alliances et à de nouveaux pôles de puissance.

Envoyé spécial à Bruxelles, Arthur Malu-Malu.

Nouveau partenariat… La formule était sur toutes les lèvres à Bruxelles où une quarantaine de dirigeants africains se sont retrouvés avec leurs homologues européens dans le cadre du sixième sommet Union européenne – Union africaine. La délégation de l’Union africaine était conduite par son président en exercice, le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall. Une absence a été remarquée : celle du président Félix Tshisekedi de la République démocratique du Congo.

Franches discussions, atmosphère détendue

Cette rencontre, qui a suivi celle de 2017 à Abidjan, a été l’occasion, pour les deux parties, de tenter de regarder dans la même direction. Et de voir les choses qui pourraient être améliorées dans leurs relations historiques, marquées notamment par la douloureuse parenthèse de la colonisation.

Après des discussions largement qualifiées de franches, dans une atmosphère détendue, les participants se sont accordés sur un communiqué final truffé de tournures déjà entendues à la clôture des réunions de ce genre.  

Rien de nouveau sous le soleil ? Pas vraiment. Le texte consensuel fait état d’un partenariat renouvelé, fondé sur « la situation géographique, la reconnaissance de l’histoire, les liens humains, le respect de la souveraineté, la responsabilité et le respect mutuels, les valeurs partagées, l’égalité entre les partenaires et des engagements réciproques. »

Des milliards promis à l’Afrique

Ce plan initié par l’Union européenne porte sur un montant de 150 milliards d’euros

Le fait le plus marquant de ce sommet a été la confirmation de l’annonce – faite quelques jours avant l’ouverture des travaux – d’un « paquet d’investissements ». Ce plan initié par l’Union européenne porte sur un montant de 150 milliards d’euros destinés à être investis dans des secteurs qui ont déjà été identifiés : santé, éducation, etc. L’accent sera aussi mis sur les secteurs de l’énergie, des transports et des infrastructures numériques.

Les dirigeants africains seraient néanmoins restés sur leur faim : il se raconte, dans les couloirs des institutions européennes, qu’ils s’attendaient à un « package » de 250 milliards d’euros. Tant qu’à faire, ils sont bien contraints de refaire leurs calculs et d’accepter ainsi ce qui leur est proposé.

Plusieurs questions restent sans réponses

Reste que plusieurs questions restent sans réponses autour de cette promesse (une de plus ?) de financements censés injecter du sang neuf dans les économies africaines. Plusieurs pays africains sont à la traîne sur le plan des infrastructures de base. Une soixantaine d’années après la vague des indépendances, beaucoup reste à faire dans ce domaine.

Lesquels des 55 pays membres de l’Union africaine seront les bénéficiaires de ces investissements ? Sur quels critères seront sélectionnés les projets à financer ?

Mais lesquels des 55 pays membres de l’Union africaine seront les bénéficiaires de ces investissements ? Sur quels critères seront sélectionnés les projets à financer ? S’agit-il de prêts sans intérêt ? S’agit-il de prêts assortis de taux d’intérêt bas ? S’agit-il de dons ?

« On sait que l’aide publique au développement ne répond pas aux besoins de nos partenaires africains. Il faut mettre en place une architecture financière plus ouverte. Il s’agit donc de mobiliser des capitaux privés pour les drainer dans des investissements respectueux des impératifs de protection de la planète. Les Etats africains et l’Union européenne doivent s’entendre sur les secteurs absolument stratégiques dans lesquels on peut investir », précise Charles Goerens, homme politique luxembourgeois, membre du Parti démocratique et du groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe.

Il faut mettre en place une architecture financière plus ouverte. Il s’agit donc de mobiliser des capitaux privés pour les drainer dans des investissements respectueux des impératifs de protection de la planète

 « La taxonomie de l’Union européenne, c’est-à-dire la classification scientifique des investissements en matière de développement durable, facilitera le choix des investisseurs. Il y aura aussi des coopérations non étatiques, donc des entreprises qui travailleront en commun », explique ce député européen qui a également occupé le poste de ministre de la Coopération, de l’Action humanitaire et de la Défense et celui de ministre de l’Environnement.

L’Union européenne, qui réfléchit à de nouvelles approches de coopération avec l’Afrique, a restructuré ses services chargés de la politique extérieure.

« Nous avons un instrument beaucoup plus efficace. Nous avons fusionné 11 instruments de politique extérieure pour en faire un seul. Donc la panoplie des réponses peut être donnée par un seul acteur, sans passer par 11 procédures différentes. Cela nous permettra d’avancer plus rapidement », observe Charles Goerens, qui se veut résolument optimiste pour la suite.

Cette pandémie, qui a globalement fait plus de victimes en Europe qu’en Afrique, a néanmoins prouvé que la répartition des vaccins s’est effectuée de manière inégale sur la planète

Un contexte de crise sanitaire

Le sommet de Bruxelles s’est tenu dans un contexte où la pandémie de covid-19, qui a indistinctement affecté toutes les régions du monde, tend à reculer. La situation générale semble être rassurante à un moment où par-ci, par-là, des restrictions induites par cette crise sanitaire sont peu à peu assouplies ou carrément levées. Cette pandémie, qui a globalement fait plus de victimes en Europe qu’en Afrique, a néanmoins prouvé que la répartition des vaccins mis au point, en un temps record, pour lutter contre le nouveau coronavirus responsable de la maladie, s’est effectuée de manière inégale sur la planète.

N’empêche, dans le communiqué final, il est écrit noir sur blanc : « Notre partenariat renouvelé aborde tant les perspectives et les défis immédiats que les possibilités à long terme offertes par notre coopération. Le premier défi consiste à assurer un accès juste et équitable aux vaccins. »

Questions sécuritaires

Les questions sécuritaires n’ont pas été occultées, dans un contexte où la menace djihadiste se fait de plus en plus pressante dans certaines régions du continent africain. Sous quelle forme se nouera un nouveau partenariat dans ce domaine, alors que les troupes françaises déployées au Sahel sont contraintes de quitter le Mali après une série de désaccords entre les nouvelles autorités maliennes issues d’un putsch et les dirigeants français ? De quelle manière l’Union européenne compte-t-elle apporter son appui aux efforts de sécurisation de certaines contrées en proie à l’instabilité ? Comment les opinions publiques africaines, de plus en plus influencées par des sociétés civiles particulièrement actives, accueilleraient-elles une plus forte implication de l’Union européenne dans ce secteur ?

Nous devons être conscients que l’Europe n’est plus le principal interlocuteur de l’Afrique. Si nous voulons continuer à avoir cette relation privilégiée avec elle, nous devons changer de méthode

Au sein de l’Union européenne, des voix s’élèvent pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle page des relations entre l’Afrique et l’Europe. L’intervention de la députée européenne Chrysoula Zacharopoulou à la veille du coup d’envoi du sommet de Bruxelles s’inscrit dans ce cadre.

« Le moment est venu pour les deux continents de tenir un discours de vérité, de franchise et de transparence, en assumant chacun ses responsabilités. Nous devons être conscients que l’Europe n’est plus le principal interlocuteur de l’Afrique. Si nous voulons continuer à avoir cette relation privilégiée avec elle, nous devons changer de méthode », a martelé Chrysoula Zacharapoulou qui est, par ailleurs, binationale (grecque et française) et membre de la République en marche, le mouvement politique du président français Emmanuel Macron. Reste à savoir si des pays tels que les États-Unis, la Chine, la Russie, la Turquie et l’Iran, qui lorgnent également le continent africain pour une multitude de raisons, comptent s’inscrire durablement dans le paysage sans contrarier les projets européens.    

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