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samedi 3 décembre 2022
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RDC. Diela Mano, des épices locales pour favoriser le « bien manger »

Un nouvel acteur s’est lancé dans la vente d’épices à Kinshasa. Il s’agit de Diela Mano, une société créée par deux jeunes femmes, Magaly Ngalula et Noelly Nzengi. L’idée de départ était de proposer des produits naturels et sains, à la satisfaction des papilles gustatives des consommateurs. Diela Mano tente, à sa manière, de bousculer les habitudes alimentaires des uns et des autres dans une ville réputée rétive aux changements. L’aventure se poursuit tant bien que mal depuis 2020, même si de nombreux défis restent à relever. 

L’histoire de Diela Mano est celle d’une jeune entreprise créée par deux amies, Magaly Ngalula et Noelly Nzengi Mpemba qui ont étudié en Europe. Diela signifie intelligence en kikongo, l’une des quatre langues nationales du pays, et Mano n’est autre qu’un accolement des initiales des prénoms des deux associées.  

Magaly Ngalula est une ingénieur spécialisée en bâtiments publics, diplômée de l’École des hautes études d’ingénieurs (HEI), en France. Noelly Nzengi est, pour sa part, issue de l’université libre de Bruxelles où elle a obtenu un master en sciences agronomiques et ingénierie biologique, spécialisée en gestion des écosystèmes tropicaux.

En quête d’emploi

A la fin de leurs études, les deux jeunes femmes regagnent la RDC. Elles envoient des CV à droite et à gauche. Pas évident de trouver du travail dans un environnement difficile où le chômage frappe de plein fouet les jeunes diplômés. Certains d’entre eux sont obligés de se rabattre sur des emplois informels, qui ne correspondent pas forcément à leur formation. En règle générale, pour obtenir un bon poste, le piston est nécessaire si on a de bons « réseaux ».

Je peux me concentrer sur le projet Diela Mano que j’ai eu l’idée de lancer, tout en travaillant à l’Office des routes. Noelly m’a rejointe dans cette aventure

« J’ai été embauchée à l’Office des routes il y a 5 ans. J’ai néanmoins pris une sorte de congé sabbatique après avoir déposé une demande de mise en disponibilité », explique Magaly Ngalula. « Je peux ainsi me concentrer sur le projet Diela Mano que j’ai eu l’idée de lancer, tout en travaillant à l’Office des routes. Noelly m’a rejointe dans cette aventure. »

A quelque chose malheur est bon. Un incident dans la vie personnelle de Magaly Ngalula a conforté la jeune femme dans ses convictions : son mari, en poste au Mozambique, a souffert d’une intoxication alimentaire imputable vraisemblablement aux épices industrielles bourrées de composants chimiques et de colorants aux arômes artificiels que le cuisinier utilisait dans les mets qu’il lui préparait. Face à cette situation, Magaly Ngalula a recommandé au cuistot de recourir à des épices naturelles, au lieu des produits industriels dont la composition – entourée d’opacité – peut laisser à désirer. Ces produits, parfois interdits sous d’autres cieux, échappent aux contrôles laxistes, voire complaisants, effectués dans certains pays africains et atterrissent ainsi dans les rayons de grandes surfaces, causant des dégâts de toutes sortes.

Epicé Bon

Nous avons trié et mixé les saveurs pour permettre aux ménagères de gagner du temps en cuisine et de manger des plats à la fois sains et succulents. Ces mélanges sont adaptés à tous les palais  

Diela Mano prépare des épices assaisonnées et commercialisées sous le label « Epicé Bon ». Un marché en pleine expansion dans un pays où toute une pédagogie s’impose pour amener les consommateurs à manger « sain et équilibré ».

« Nous avons créé une gamme variée d’assaisonnements à base d’épices fraiches, composée de quatre types de mélanges d’ingrédients. Ces mélanges sont présents à peu près dans toutes les recettes culinaires congolaises. Nous avons trié et mixé les saveurs pour permettre aux ménagères de gagner du temps en cuisine et de manger des plats à la fois sains et succulents. Ces mélanges sont adaptés à tous les palais », observe Magaly Ngalula.

Lire aussi : Poivres, maniguettes et autres épices : cet or végétal que la RDC néglige : https://www.makanisi.org/poivres-maniguettes-et-autres-epices-cet-or-vegetal-que-la-rdc-neglige/

Pari difficile

Diela Mano a conquis des ménages congolais. Pourtant, cela n’était pas gagné d’avance dans un pays aussi vaste que la République démocratique du Congo, qui compte des centaines de communautés ethniques ayant des habitudes alimentaires diverses et variées. Les aliments de base du Congolais ordinaire de la province du Nord-Ubangi (nord-ouest) sont différents de ceux de son compatriote du Haut-Katanga (sud-est). Mosaïque de cultures et creuset d’aires linguistiques, la RDC présente des particularités telles que le défi que les deux associées voulaient relever n’était pas facile.

Dans tous nos mélanges, il y a au moins sept éléments : l’ail, le gingembre, l’oignon, le céleri, le poivre, la muscade et le sel 

Mais la recette a fait mouche et le public apprécie les produits qui leur sont proposés. « Dans tous nos mélanges, il y a au moins sept éléments : l’ail, le gingembre, l’oignon, le céleri, le poivre, la muscade et le sel. Nous jouons sur le dosage de tel ou tel autre ingrédient en fonction des recettes auxquelles nos produits sont destinés. Il peut y avoir un assaisonnement supplémentaire », précise Magaly Ngalula.

Diela Mano s’approvisionne, pour l’essentiel, au célèbre marché Simba Zikida (également connu sous le nom de Somba Zikita) situé au cœur de la capitale, que Magaly Ngalula appelle « le Rungis des épices kinoises ».

Dans tous nos mélanges, il y a au moins sept éléments : l’ail, le gingembre, l’oignon, le céleri, le poivre, la muscade et le sel. @Diela Mano

Les produits finis de Diela Mano sortent des locaux du quartier Debonhomme, dans la commune de Matete où la société est implantée, pour être livrés. Ménages, supermarchés, restaurateurs, traiteurs, hôtels, etc. sont les principaux clients de Diela Mano. Les réseaux sont mis à contribution pour dénicher de nouveaux clients.

Diela Mano s’approvisionne, pour l’essentiel, au célèbre marché Simba Zikida (également connu sous le nom de Somba Zikita) situé au cœur de la capitale, que Magaly Ngalula appelle « le Rungis des épices kinoises ».

Il y aurait, à Debonhomme, moins de problèmes d’eau que dans d’autres parties de la capitale. Et il y serait plus facile de recruter une main d’œuvre bon marché, alors que dans les communes plus huppées, comme Ngaliema et la Gombe, pour n’en citer que deux, les charges d’exploitation sont plus élevées.

Les livreurs de Diela Mano font le tour de la ville pour déposer les produits emballés qui se présentent dans des paquets de 280 grammes, 500 grammes ou 1 kilo. Les prix de vente varient entre 3,5 et 12 dollars, en fonction du volume.

Des échantillons sont envoyés dans un laboratoire de l’université de Kinshasa qui effectue des tests pour le compte de l’Office congolais de contrôle, l’organisme public chargé du contrôle des produits fabriqués localement ainsi que des marchandises importées et exportées. Une sorte de label certifié conforme aux normes est ensuite accordé à la société qui obtient ainsi le feu vert pour vendre ses assortiments d’épices jugés propres à la consommation.  

Une sorte de label certifié conforme aux normes est ensuite accordé à la société qui obtient ainsi le feu vert pour vendre ses assortiments d’épices jugés propres à la consommation. 

Difficultés

Diela Mano se développe à peu près à la hauteur des attentes. La jeune société sera amenée à recruter lorsqu’elle aura franchi le cap qu’elle s’est fixé. Tout n’est pas facile pour autant. Des difficultés majeures se dressent encore sur sa route.

La société a sillonné la ville de Kinshasa du nord au sud, sans pour autant trouver une entreprise spécialisée dans la fabrication des emballages qui répondent aux exigences des associées. Ce constat est assez surprenant dans une capitale étendue où vit une population estimée à 12 millions de personnes. Diela Mano importe ses emballages de Belgique et de France. Cela peut poser des problèmes en cas de dysfonctionnements des liaisons aériennes entre la RDC et l’étranger.

Les chances d’un jeune porteur de projet qui frapperait à la porte d’une banque de Kinshasa pour financer son activité seraient voisines de zéro.

L’entreprise fait face à des casse-têtes logistiques de plusieurs ordres. Il y a également l’écueil du financement : les chances d’un jeune porteur de projet qui frapperait à la porte d’une banque de Kinshasa pour financer son activité seraient voisines de zéro. Le secteur bancaire, dominé par des étrangers, est frileux quand il s’agit d’accompagner des jeunes entrepreneurs. L’État a certes mis en place le Fonds de promotion de l’industrie (FPI), un organisme qui accorde des prêts aux jeunes qui, sans moyens financiers, souhaitent effectuer leurs premiers pas dans l’univers impitoyable de l’entrepreneuriat. En réalité, bénéficier d’un financement du FPI relève du parcours de combattant. Comme toujours, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Les heureux bénéficiaires sont triés sur le volet et d’autres critères entrent en ligne de compte pour les sélectionner.  

Lire aussi : RDC. Consommer bio, sain et made in RDC, telle est l’offre de KCM. https://www.makanisi.org/rdc-consommer-bio-sain-et-made-in-rdc-telle-est-loffre-de-kcm/

Nous envisageons de mettre en place des circuits d’exportation de nos produits vers la Belgique 

Objectifs.

Les deux propriétaires de Diela Mano ont pris part à deux concours : l’un organisé sous l’égide du milliardaire nigérian Tony Elumelu et l’autre lancé par des Congolais. Pour avoir bien défendu leur business plan, elles ont été retenues sur la liste des lauréats. Elles bénéficieront de fonds pouvant aller jusqu’à 30 000 dollars au total. Une nouvelle injection de plusieurs milliers de dollars devrait permettre à Diela Mano d’étendre ses activités. « Nous envisageons de mettre en place des circuits d’exportation de nos produits vers la Belgique, dans un premier temps. Les contacts ont déjà été établis à cet effet », explique Magaly Ngalula. 

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