
La 3ème édition du Festival International du Film de grand Kasaï (FIFIKA) se déroulera, du 25 au 27 juillet prochain à Mbuji-Mayi, le chef-lieu de la province du Kasaï oriental. Lionel Rodryck, l’initiateur de cet événement culturel qui met en avant les talents cinématographiques de la République démocratique du Congo et d’ailleurs, est tout à la fois cinéaste, réalisateur et promoteur culturel. Il a créé, en 2012, Trop Top group, une agence d’abord spécialisée dans les solutions informatiques pour le secteur digital, qui, par la suite, a ajouté à ses activités des produits audiovisuels. La création de Trop Top Studio a permis de faire entrer le groupe et son manager dans la grande famille du septième art.
Le déclic, une caméra en cadeau
Comment passe-t-on de l’informatique à l’audiovisuel ? « Mon père m’avait offert en 2010 une petite caméra. Cela m’a plu. J’ai réalisé des petits films dans des églises. En 2012, j’ai commencé à jouer comme acteur, puis j’ai touché à la caméra en tant que chef opérateur », explique ce technicien, passionné de cinéma, né en 1996, à Mbuji-Mayi, la capitale congolaise du diamant.
Pour se perfectionner, il a suivi plusieurs formations, notamment à Canal/University (images et caméra, écriture documentaire, lumière et caméra), à Inspirate Line (création 2D) en RDC et en Côte d’Ivoire. Puis il a progressivement investi dans du matériel et créé une annexe cinéma au sein de Trop Top group. « En 2017/2018, j’ai acheté du matériel vidéo. J’ai produit divers films publicitaires, des clips et des petits documentaires pour une diversité de clients », signale-t-il. Parmi sa clientèle figurent, entre autres, Canal+, Itel, Connect Africa, Vodacom et Yango.
Pour se perfectionner, il a suivi plusieurs formations, notamment à Canal/University (images et caméra, écriture documentaire, lumière et caméra)
Multi-cartes
Fort de ses formations et des compétences techniques acquises sur le terrain dans le domaine audiovisuel, Lionel Rodryck va peu à peu s’imposer dans le milieu du cinéma. Ce qui l’amènera, en 2022, à ajouter une nouvelle corde à l’arc de Trop Top Group, en créant Trop Top Studio, une structure dédiée essentiellement à la production cinématographique.
Dans ce secteur, il intervient à divers niveaux, dont l’écriture et le développement (scénariste, producteur et producteur associé), la pré-production (assistant réalisateur), le tournage (cadreur, chef opérateur, directeur de la photographie, perchman, ingénieur du son, etc.) et la post-production. Sans oublier ses rôles de comédien dans plusieurs courts et longs métrages.
Parmi ses références, on peut citer sa participation comme cadreur dans les séries « Sens interdit », « Kinshasa » et « Mabina » du réalisateur ivoirien Jean Noël Bah Gbehi. Lionel Rodryck a, par ailleurs, beaucoup collaboré avec le réalisateur congolais Julio Lolo Bibas. Comme chef opérateur, assistant réalisateur, associé à la production ou acteur, il est intervenu dans plusieurs séries de ce réalisateur : « J’ai perdu mon bébé », « Pascaline », « Sens interdit », « Rosie et Rosiane » ou encore « Val à Teint ».
Fort de ses formations et des compétences techniques en audiovisuel, Lionel Rodryck va peu à peu s’imposer dans le milieu du cinéma. Ce qui l’amènera, en 2022, à ajouter une nouvelle corde à l’arc de Trop Top Group, en créant Trop Top Studio
Naissance de Fifika
L’idée de monter un festival de film a mûri dans la tête de Rodryck au début des années 2020. À cette date, Lionel avait, en effet, acquis une certaine compétence en la matière, pour avoir été chargé de communication pour le compte du Festival du Cinéma au Féminin (Cinef) et du Festival International du Cinéma de Kinshasa (Fickin), éditeur du Festival International des arts Tomboka (Kongo central) et gestionnaire du Festival de musique Papa Wemba. Il a même travaillé pour le Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan (Masa) en Côte d’Ivoire.
En 2020, fort de son expérience dans le cinéma et l’événementiel, Rodryck envisage de créer un festival à Matadi, la capitale de la province du Kongo Central. « J’ai écrit le projet. Puis après l’élection du président Tshisekedi, on a réorienté le projet et on a choisi de l’établir dans le grand Kasaï », informe-t-il. La raison ? « C’est une région difficilement accessible et marginalisée sur beaucoup de plans, notamment au plan culturel. C’était une manière de valoriser le centre de la RDC et de permettre à ses habitants de voir des films du pays et d’ailleurs et aux festivaliers de découvrir la région ». C’est ainsi que l’événement a été baptisé Festival International du Film de grand Kasaï (Fifika), en référence aux trois provinces, situées au centre de la RDC, qui ont en commun un même nom : le Kasaï, le Kasaï central et le Kasaï oriental. C’est Mbuji-Mayi, le chef-lieu du Kasaï oriental, qui a été retenu pour abriter le festival.
Courts, moyens ou longs métrages, séries, dessins animés, fictions, documentaires… Tous les genres sont acceptés au Fifika et il n’y a pas de restriction quant à l’origine du réalisateur et du producteur
Tous genres de films
Courts, moyens ou longs métrages, séries, dessins animés, fictions, documentaires… Tous les genres sont acceptés et il n’y a pas de restriction quant à la thématique ni l’origine du réalisateur et du producteur. Il y a bien sûr des films de réalisateurs congolais sélectionnés mais aussi de toutes autres nationalités. « Nous sommes internationaux, nous voulons être le Cannes congolais », rêve Lionel. Toutefois, pour l’inscription, il y a des règles : « Il faut que le film soit en français, et si ce n’est pas le cas, être traduit ou sous-titré en français, car le public est principalement francophone », précise Lionel. Par ailleurs, le Fifika n’accepte que les films récents, deux ans d’ancienneté maximum, sauf exemption si la demande émane des organisateurs du festival.
Lire aussi. RDC : Dieudo Hamadi, un visage du cinéma congolais au festival de Cannes https://www.makanisi.org/rdc-dieudo-hamadi-un-visage-du-cinema-congolais-au-festival-de-cannes/
Réguler l’offre
Dès la première édition, les appels à films ont été lancés sur la plateforme internationale filmfreeway.com. Mais également sur les propres réseaux sociaux du Fifika. En 2023, pour la première édition, à laquelle l’inscription était gratuite, sur quelque 60 films reçus, 39 ont été sélectionnés. À la 2ème édition, en 2024, surprise ! Le Fifika a enregistré 1760 films. Un vrai succès, mais également un travail de titans ! « Ça nous a demandé un énorme travail de sélection. Certains films ne répondaient pas aux critères imposés. Cela nous a pris du temps et beaucoup d’argent », se souvient Lionel. Au final, 60 films ont été sélectionnés.
À la 2ème édition, en 2024, surprise ! Le Fifika a enregistré 1760 films. Un vrai succès, mais également un travail de titans !
Aussi, pour l’édition 2025, l’équipe de Fifika a-t-elle décidé de faire payer les inscriptions. Les droits d’inscription, raisonnables, sont catégorisés : 5 dollars pour les courts métrages, 10 dollars pour les longs métrages et les documentaires et 6 dollars pour les films d’animation. Pour la 3ème édition, sur les 162 films reçus, 54 ont été retenus par l’équipe du Fifika.

Formations, découvertes et concerts
Outre la partie spectacles (projection de films), le festival compte trois autres volets : l’un axé sur la formation sous forme d’ateliers sur l’écriture, le jeu d’acteur et la réalisation, le deuxième, dénommé « découvertes », consacré à des conférences thématiques, et un volet concerts. On n’est au pays de la musique pour rien ! Lionel s’impliquera lui-même dans la formation, en partageant son expérience, ses conseils sur l’écriture cinématographique, pour aider les scénaristes en herbe à transformer une idée en un scénario structuré, prêt à être porté à l’écran.
Un public congolais
Le public du festival est principalement congolais et majoritairement kasaïen. Il est vrai que l’accès à la province est difficile et se fait essentiellement par avion, au départ de Kinshasa. Soit un coût relativement élevé pour le plus grand nombre. Les conditions d’hébergement sont également limitées. Néanmoins, la fréquentation n’est pas négligeable. Lors des deux premières éditions, qui s’étalaient sur 7 jours, le Fifika a accueilli environ 8 000 visiteurs, à en juger par le nombre de bracelets distribués, dont la majorité venait du Grand Kasaï. Pour la troisième édition, qui aura lieu fin juillet, « nous attendons plus de 10 000 personnes sur 3 jours. On a diminué le nombre de jours pour des raisons financières. Mais les ateliers dureront plus longtemps », insiste l’organisateur.
Pour la troisième édition, qui aura lieu fin juillet, « nous attendons plus de 10 000 personnes sur 3 jours
Le festival a accueilli quelques pointures du cinéma congolais, mais aussi des personnalités étrangères comme le réalisateur belge Christophe Weigert, qui a fait une formation sur l’écriture. Bien évidemment, pour avoir un poids lourd du cinéma, il faut l’inviter. « On demande alors à l’Institut français ou le Centre Wallonie Bruxelles de nous aider à financer son voyage et son hébergement ». Pour l’heure, les sponsors ne sont pas légion et les subventions de l’État sont absentes. Les seuls partenariats dont bénéficie le Fifika portent sur la communication et l’affichage de l’événement.
Projet à court terme
En juillet, Trop Top Studio va produire, au Kasaï, le premier court métrage de Rodryck, intitulé « Mukaji Tabala », qui signifie « Femme, réveille-toi » en langue tshiluba. Il mettra en scène deux femmes qui vivent au Kasaï oriental, dont l’une croit que le mariage est la seule voie de réussite pour une femme tandis que l’autre mise sur les études. « L’idée est née d’histoires qui sont arrivées dans ma propre famille. Ce « film doit servir de miroir aux femmes », insiste le jeune réalisateur, qui se veut être le porte-flambeau de l’émancipation et de l’autonomie des femmes à travers ce film.
En juillet, Trop Top Studio va produire, au Kasaï, le premier court métrage de Rodryck, intitulé « Mukaji Tabala », qui signifie « Femme, réveille-toi » en langue tshiluba.
« Il y a beaucoup à faire pour développer le cinéma en RDC, tant du côté de la réalisation que de l’organisation de festivals. On a les talents et le savoir-faire, mais il faut mettre à l’aise tous ceux qui font le cinéma », conclut Lionel Rodryck. Des défis qu’il veut relever. Pour ce faire, il est prêt à travailler, même bénévolement, dans l’organisation de festivals, en Belgique, en France ou ailleurs, pourvu que cela lui permette d’acquérir du savoir-faire et de progresser.
Filmographie (fonctions occupées) de Lionel Rodryck
| 2024 | 48 Heures, court-métrage Réal. Julio Lolo Bibas |
| 2023 | Kinshasa, capitale africaine (cadreur) Réal. Jean Noel Bah, A+ CANAL+ |
| 2022 | Sens interdit (cadreur et acteur) Réal. Jean Noel Bah, Maboke TV/CANAL+ |
| 2022 | Haute Trahison (monteur) Réal. Patrick Ken Kalala |
| 2021 | La Femme de mon pasteur est ma rivale (chef opérateur, monteur, coloriste) Réal. Patrick Ken Kalala |
| 2021 | A’Andisa (chef opérateur, monteur et producteur) Réal. Kevin Mayamba |
| 2021 | Adjani (technicien grip) Réal. Julio Lolo Bibas |
| 2020 | Après coup (acteur) Réal. Twana Sheriya |
| Heart of Africa (acteur) Réal. Tshoper Kabambi | |
| 2020 | Pascaline (réalisation, direction photo) Réal. Julio Lolo Bibas, Lionel Rodryck et Papy W. |
| 2019 | VAL A TEINT (assistant réalisateur et acteur) Réal. Julio Lolo Bibas |
| 2018 | Dilemme (acteur et assistant son) Réal. Papy Witshima |
| 2017 | Rosie et Rosiane (acteur et son) Réal. Julio Lolo Bibas |
| 2016 | Kuluna (acteur) Réal. Rabby Bokoli |
| 2018 | Mateso Njia, (chauffeur) Réal. Lionel Rodryck |













