RDC. Lady Solution. Profession : nutritionniste-diététicienne

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Les produits et services de "La Vie en mieux". Photos Lady Solution. Montage Makanisi

Née et résidant à Matadi, le chef-lieu de la province du Kongo Central, Malengo Nlandu Puati, dite Maman Lady ou Lady Solution, est la fondatrice du Centre nutritionnel et diététique « La vie en mieux », qui est à la fois un cabinet de conseil en nutrition et diététique ainsi qu’un magasin de vente de produits bio.

Depuis plusieurs années, « Lady Solution » milite pour une agriculture biologique, une alimentation saine et équilibrée et des modes de préparation culinaire qui préservent les qualités nutritionnelles des aliments. Diplômée de l’Institut supérieur des sciences infirmières (ISSI) de Matadi où elle s’est formée pendant trois ans en nutrition et diététique, cette mère de famille collabore avec des chercheurs et des médecins pour mettre au point des remèdes et des régimes alimentaires adaptés aux pathologies des personnes qui viennent la consulter. Portrait d’une des pionnières en nutrition et diététique en RDC

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Quelle activité exerciez-vous avant de devenir nutritionniste ?

Malengo Nlandu Puati dite Lady Solution

Malengo Nlandu Puati : Je suis diplômée en pédagogie. Mais je me suis lancée dans la production et la transformation de fruits. Il y a beaucoup de plantations fruitières dans le Kongo central. Mais on les néglige. En outre, les fruits sont peu consommés et rarement transformés. La plupart d’entre eux finissent donc par pourrir sur place.

J’ai commencé à produire des jus de fruits naturels bio. C’était une activité informelle. Pour amener les gens à les acheter et à les consommer, il fallait les convaincre de leurs bienfaits pour la santé. J’ai donc fait des recherches sur la valeur nutritionnelle des fruits et, plus généralement, des aliments, et sur le rôle joué par l’alimentation sur l’organisme humain. Pendant mes recherches et, au fil de mes lectures, j’ai compris que je devais faire des études en nutrition. La nutrition est une science qui analyse les rapports entre les aliments et la santé.

Aujourd’hui, dans les familles, on mange, certes, divers aliments, mais sans trop savoir ce que l’on mange et sans faire un lien entre nourriture et santé.

Traditionnellement, les familles se transmettent de génération en génération les pratiques culinaires. On peut donc penser qu’elles ont des connaissances, même empiriques, sur la valeur nutritionnelle des aliments…

Traditionnellement, les populations utilisaient des plantes pour guérir et savaient ce qu’il fallait manger ou pas. Ces savoirs se transmettaient notamment par les femmes. Mais ils se sont peu à peu perdus en milieu urbain. Aujourd’hui, dans les familles, on mange, certes, divers aliments, mais sans trop savoir ce que l’on mange et sans faire un lien entre nourriture et santé. L’autre problème vient des modes de cuisson, de certains aliments notamment. Chez nous, on fait cuire les légumes pendant de longues heures, ce qui entraîne une perte de leurs valeurs nutritionnelles, en particulier de leurs vitamines. J’ai, moi-même, pratiqué ainsi pendant plusieurs années. Toutefois, grâce à mes études en nutrition et en diététique, j’ai pris conscience non seulement de la valeur nutritionnelle des aliments, mais aussi de l’importance des modes de préparation pour conserver la qualité nutritionnelle des produits.

J’ai fait une formation en nutrition et en diététique à l’Institut supérieur des sciences infirmières (ISSI) de Matadi, qui a duré 3 ans, de 2019 à 2022.

Où avez-vous fait vos études en nutrition ?

J’ai fait une formation en nutrition et en diététique à l’Institut supérieur des sciences infirmières (ISSI) de Matadi, qui est situé derrière l’hôpital de référence de Kinkanda. La formation a duré 3 ans, de 2019 à 2022. Elle a été suivie d’un stage professionnel à l’hôpital.

La formation s’est faite par étapes. La première étape portait sur un stage de production. On est allé dans des fermes, on a étudié les chaînes de production au niveau de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Le relais a été pris par un stage clinique destiné à nous enseigner les maladies métaboliques et les remèdes à appliquer ainsi que les régimes alimentaires à établir en fonction des maladies, ce qui relève de la diététique. La troisième étape s’est déroulée en zone de santé. On nous y a enseigné l’importance de la nutrition, en qualité et en quantité, à tous les stades de la vie et dans tous les domaines et comment intervenir tant au niveau des foyers que de l’hôpital, de la maternité, des différents centres de santé ou encore lors des épidémies. De là m’est venue l’idée de m’orienter vers le conseil en nutrition pour informer la population sur l’importance du bien manger et d’ouvrir un cabinet.

Quand avez-vous ouvert votre cabinet ?

J’ai ouvert un cabinet nutritionnel en 2023 à Matadi, que j’ai baptisé « La vie en mieux ». Mon but était d’expliquer ce qu’est la nutrition, de conseiller ceux qui me consulteraient, de faire de la sensibilisation, du préventif et du curatif. Je suis une des premières femmes congolaises à m’être lancée dans le métier de nutritionniste-diététicien en RD Congo.

Lire aussi : RDC. Jean Lejoly « Pour faire du bio, l’idéal est d’avoir un système intégré basé sur plusieurs cultures ». https://www.makanisi.org/rdc-pour-faire-du-bio-lideal-est-davoir-un-systeme-integre-base-sur-plusieurs-cultures/

Pour quels problèmes, les gens viennent-ils vous consulter ?

Les gens viennent nous consulter pour des problèmes de malnutrition, d’obésité et de diverses autres maladies. On examine ce qu’ils mangent et les médicaments qu’ils prennent quand ils sont malades. Dans le cas où il n’y a pas de pathologies graves et que la personne mange bien, on la conseille sur la nourriture et les aliments à consommer. Si la personne ne mange pas de manière équilibrée et si elle a un problème de santé,  on la conseille et on lui propose des remèdes à base de plantes, notamment des tisanes, dont on a analysé les propriétés. 

De quels moyens disposez-vous pour analyser les propriétés des aliments et des plantes ?

Nous avons un laboratoire et des appareils spécialisés pour analyser les produits. Les remèdes que l’on propose sont surtout des plantes mais aussi les aliments à privilégier, en bref, tout ce que l’on peut consommer, tout ce qui protège et peut allonger la vie.

Je vais vous donner un exemple. Un papa, qui faisait de l’hypertension, est venu nous consulter. Il avait coutume de manger le matin du foufou de manioc. C’est un aliment lourd qui contient de l’amidon, mais peu de vitamines, notamment de la vitamine C qui renforce l’immunité.  On lui a proposé de changer ses habitudes alimentaires. On lui a établi un régime adapté, notamment pour le petit déjeuner, avec des aliments contenant plus de vitamines, du miel et un peu de pain. Il s’est vite senti mieux.

Quels sont les aliments consommés fréquemment par les Congolais à éviter ?

Il faut éviter de consommer, en particulier le matin, la chikwangue (pain de manioc), avec des arachides. Comme je l’ai indiqué plus haut, les Congolais mangent assez de légumes, mais, ces derniers, étant trop cuits, perdent leurs propriétés et les vitamines. En revanche, les haricots préparés avec du pondu (feuilles de manioc) sont bons pour la santé.

Les maladies métaboliques, liées à l’alimentation, les plus courantes sont le diabète, l’hypertension, la goutte, qui est due à une consommation excessive de viandes, de poissons et d’aliments gras, la gastrite, les carences en iode ou en fer, etc.

Quelles sont les maladies les plus courantes ?

Les maladies métaboliques, liées à l’alimentation, les plus courantes sont le diabète, l’hypertension artérielle, la goutte, qui est due à une consommation excessive de viandes, de poissons et d’aliments gras, la gastrite, l’asthme, les carences en iode ou en fer, la malnutrition, etc. La pauvreté est un autre facteur qui joue en défaveur de la santé car, faute de moyens financiers, elle limite la consommation d’aliments variés et de qualité.

De quels moyens disposez-vous pour sensibiliser les populations ?

Nous faisons de la prévention. À ce stade, nous sensibilisons les populations à la qualité de l’alimentation et nous les encourageons à faire pousser, dans leur parcelle, des plantes et des légumes bio. Outre mon cabinet où je sensibilise mes clients à ces questions, j’anime des émissions relatives à la nutrition sur la chaîne de télévision de l’église Laborne et d’autres chaînes à Matadi ainsi qu’à Kinshasa. Nous intervenons aussi dans des écoles et des églises évangéliques qui organisent des conférences sur la nutrition.

Nous sensibilisons les populations à la qualité de l’alimentation et nous les encourageons à faire pousser, dans leur parcelle, des plantes et des légumes bio.

Que font les pouvoirs publics en matière de nutrition et de santé ?

Dans les centres de santé, il y a toujours une branche ou un département nutrition, mais cela n’est pas très développé. Sensibiliser les pouvoirs publics aux questions de nutrition est notre combat aujourd’hui.

Lire aussi : Haut-Katanga. Lugo Farm : l’école aux champs. https://www.makanisi.org/haut-katanga-lugo-farm-lecole-aux-champs/

Collaborez-vous avec des chercheurs et des médecins ?

On travaille toujours en collaboration avec des chercheurs, des médecins, des chimistes, des agronomes, pour toutes maladies. Cette collaboration se fait de manière informelle. Il n’existe pas de structure chapeautée par le ministère de la Santé. À Kinshasa et à Matadi,  des laboratoires font de la recherche sur les plantes et les aliments. Au niveau national, l’Office congolais de contrôle (OCC) compte plusieurs départements centraux, dont le département Certification Production Locale, ainsi que des laboratoires qui analysent les produits.

On travaille toujours en collaboration avec des chercheurs, des médecins, des chimistes, des agronomes, pour toutes maladies.

Existe-t-il une certification bio en RDC ?

Il n’existe pas, à proprement parler, de certification bio en RDC. Au Kongo Central, comme dans d’autres provinces, c’est la division « Contrôle Produits à l’exportation et Production Locale » de l’OCC qui analyse et effectue des contrôles de qualité et de conformité des produits et qui délivre une certification pour leur vente. L’OCC fait un suivi pendant trois ans avant d’accorder la certification. Au niveau de Lady Solution, nous indiquons, sur l’emballage de nos produits, les qualités nutritionnelles des aliments que nous produisons et que nous vendons.

En RDC, l’usage dengrais chimiques et de pesticides tend-il à se développer ?

Dans l’agriculture et le maraîchage, l’usage d’engrais chimiques et de pesticides se développe de manière inquiétante. On sensibilise les agriculteurs sur les méfaits de ces produits chimiques. qui causent beaucoup de maladies et déséquilibrent, sur le long terme, la flore microbienne des sols.

Deux tendances s’affrontent : l’une pro-bio et sensible à la qualité de la nourriture, et l’autre qui recourt aux engrais chimiques et privilégie le fastfood au détriment de la bonne cuisine congolaise. C’est un combat qui n’est pas facile, mais la population commence à comprendre l’impact de l’alimentation sur la santé.

On sensibilise les agriculteurs sur les méfaits de ces produits chimiques qui causent beaucoup de maladies et déséquilibrent, sur le long terme, la flore microbienne des sols.

Outre le conseil en nutrition, quelles sont vos autres activités ?

Outre le conseil et la consultation, nous produisons des jus de fruits frais naturels, que nous appelons « Jus Privilège ». Nous transformons des plantes et des aliments sous forme de tisanes, d’huiles essentielles, d’aliments en poudre et de fruits séchés, dont les mangues et les caramboles, qui ne contiennent aucun conservateur chimique. Nous proposons aussi des épices, des bouillies et divers autres produits dont nous indiquons les bienfaits et les valeurs nutritionnelles sur l’emballage. Nous vendons nos produits dans notre centre « La vie en mieux », situé à Matadi, qui fait fonction aussi de magasin.

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