Mining Indaba 2026. L’Afrique, partenaire stratégique dans la transition énergétique mondiale ?

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Une vue des intervenants et du public lors d'un débat animé par le ministre congolais des Mines, Louis Watum, pendant le Mining Indaba 2026

La 32ème édition d’Investing in African Mining Indaba 2026, un rendez-vous incontournable pour les décideurs politiques, les chefs d’entreprise et les grands investisseurs du secteur minier africain et mondial, qui s’est déroulée du 9 au 12 février 2026 dans la ville de Cape Town (Afrique du Sud), a enregistré une affluence record, selon les organisateurs. Elle a attiré, en effet, plus de 100 pays, quelque 10 500 délégués, environ 1 450 représentants de haut niveau de compagnies minières dont des majors et presque autant d’investisseurs.

Le thème de l’édition 2026 était « Stronger together : Progress through partnerships » (Plus forts ensemble : Progrès par les partenariats). L’union mise en avant doit accompagner une stratégie minière renouvelée à l’échelle du continent, selon laquelle l’Afrique doit cesser d’être le simple réservoir de matières premières du monde pour devenir son propre moteur industriel tout en répondant, de manière équilibrée, aux besoins du marché mondial.

République démocratique du Congo (RDC), Angola, Gabon, Congo, Cameroun, Guinée équatoriale, Centrafrique, Ghana, Tanzanie, Zambie, Botswana, Égypte, Sénégal, Kenya, Mozambique, Nigeria, Zimbabwe, Lesotho… La présence africaine à Mining Indaba a été notable. L’Afrique était représentée par quelque 58 ministres, principalement des mines, accompagnés souvent de fortes délégations et de responsables de sociétés minières publiques ou d’institutions, par plusieurs chefs d’État dont le président zambien Hakainde Hichilema ainsi que le roi Letsie III du Lesotho, ou de hauts représentants de l’État. L’Europe, l’Amérique du Nord, dont les États-Unis, et l’Asie étaient également largement représentées.

L’Afrique, grand réservoir de minerais

L’Afrique détient une part massive des réserves mondiales de nombreux minerais, comme le cobalt, le manganèse, les métaux du groupe du platine, ainsi qu’une part non négligeable des réserves en cuivre, lithium, fer, zinc, graphite, etc. Selon le « Compendium of Africa’s Strategic Minerals 2026 » de l’Africa Finance Corporation (AFC), le continent africain hébergerait 8,6 billions (8 600 milliards) de dollars de richesses minérales non encore exploitées, soit plus de 2,5 fois le PIB du continent. Plus qu’un simple catalogue de ressources, ce compendium redéfinit le rôle des ressources minérales africaines qui doivent servir d’abord le développement socio-économique de l’Afrique. Une option qui impose de changer de stratégie, de redéfinir la classification des minerais et de s’unir pour accélérer le développement des chaînes de valeurs dans la filière, négocier, transformer et créer de la valeur ajoutée.

Transformer

Pas question, en effet, de s’en tenir à la première transformation, du « pit to port » (du puits au port). « Il faut éviter la simple extraction brute et avancer vers l’industrialisation locale », ont déclaré le ministre des ressources minérales d’Afrique du Sud, Gwede Mantashe et le président zambien Hakainde Hichilema. 

Un avis également partagé par le ministre des mines de la RDC, Louis Watum, qui, lors d’un petit déjeuner débat, a insisté sur le nécessaire passage d’un modèle économique centré sur l’exportation des matières premières brutes à un modèle orienté vers la création de valeur locale, la valorisation des ressources minérales, l’industrialisation des minerais critiques et l’intégration du secteur artisanal dans un cadre formel, structuré et durable.

Dans cette approche, le modèle finlandais, basé sur une stratégie délibérée d’ajout de valeur minérale, ancrée dans la stratégie minérale nationale, a été mis en avant. « La Finlande a reconnu que la simple exportation de minerais bruts ne maximiserait pas les avantages économiques ou technologiques, elle a donc beaucoup investi dans le traitement en aval, la recherche et l’innovation », a indiqué Bongani Motsa, économiste en chef par intérim du Conseil des minéraux de l’Afrique du Sud.

Minerais critiques ou stratégiques ?

Lors de cette 32ème édition, les minéraux ou minerais critiques ont été au cœur des débats. Ils sont, en effet, essentiels à la transition énergétique mondiale, à la décarbonation, aux véhicules électriques, aux technologies renouvelables (batteries, éoliennes, panneaux solaires), à l’électronique avancée, à l’industrie de défense et aux technologies numériques.

Mais le terme de « minéraux critiques » est remis en cause en Afrique. Car s’ils sont critiques, c’est du point de vue de pays occidentaux ou asiatiques qui ont peu de minerais ou n’ont pas toute la gamme des minerais essentiels à la transition énergétique dans leur sous-sol.  Ce qui expose nombre de ces États à des difficultés d’approvisionnement, en raison de la concentration géographique de certains minerais, et les rend dépendants des pays producteurs ou des pays raffineurs, comme la Chine.  Par ailleurs, ces minerais dits critiques n’ont pas de substituts à court terme.

Aussi, au terme de minerais « critiques », les pays africains préfèrent-ils celui de « stratégiques » : stratégiques pour le développement local, l’industrialisation et la souveraineté des États africains. Ainsi définis, les minéraux stratégiques ne doivent pas alimenter seulement les batteries de voitures électriques à l’autre bout du monde, mais permettre à l’Afrique de bâtir ses propres infrastructures.

Plus forts ensemble

Mais voilà : l’Afrique n’a pas tous les moyens technologiques et financiers pour construire, seule, ses filières minières et les infrastructures qui leur sont liées. Dans ce contexte, s’unir est fondamental. Tel était d’ailleurs le thème de l’édition 20026 de Mining Indaba : « Stronger together : Progress through partnerships » (Plus forts ensemble : Progrès par les partenariats). Le « Plus forts ensemble » s’adresse autant aux pays africains et à leurs gouvernants, qu’à tous les acteurs de la chaîne de valeurs au niveau des mines. En Afrique, cela doit se traduire par un effort accru pour promouvoir l’intégration régionale, la mise en place de partenariats panafricains et l’alignement des politiques, afin d’accélérer la transformation minière.

Lire aussi : la RDC face aux enjeux de la transition énergétique. Un rapport de NRGI. https://www.makanisi.org/la-rdc-face-aux-enjeux-de-la-transition-energetique-un-rapport-de-nrgi/

Des chaînes de valeur régionales

L’union des pays africains doit se faire à plusieurs niveaux si l’Afrique veut renforcer sa position dans la transition énergétique globale. D’abord, autour des chaines de valeur régionales pour surmonter les contraintes liées au manque d’énergie,  d’infrastructures et à l’étroitesse de certains marchés nationaux. Ce qui favorisera l’industrialisation. Pour exemple, même s’il possède des gisements de fer, un pays ne peut pas développer, seul, une filière acier. Il doit s’unir avec ses voisins qui abritent aussi des gisements de fer.

Stratégie d’investissement et financement

Les alliances intra-africaines s’imposent également pour négocier des financements avec les banques et les institutions financières internationales et structurer des investissements responsables et durables. L’accent a été mis sur la mobilisation de financements innovants, l’adoption de mécanismes financiers mixtes (commercial + développement) pour réduire les risques et attirer des capitaux sur le long terme. Le rôle des banques locales a été évoqué pour notamment financer des juniors miniers, mais aussi des PME/PMI locales qui interviennent à plusieurs niveaux, en particulier dans la sous-traitance minière.

Des partenariats-publics-privés équitables

Au sein d’un pays ou d’une région, la transformation des ressources minérales africaines et l’industrialisation de la filière passent par une collaboration accrue entre gouvernements, entreprises, investisseurs, communautés locales et acteurs des innovations. D’où l’appel au renforcement des partenariats-publics-privés (PPP) pour attirer les investissements et favoriser l’emploi et la croissance économique et à l’élargissement des réseaux entre acteurs africains et investisseurs étrangers pour développer les chaînes de valeur continentales.  

Justice sociale

Les débats ont insisté sur l’intégration réelle des communautés locales, des artisans miniers et des populations autochtones dans les projets miniers. Contrairement, en effet, aux approches mises en œuvre jusqu’à présent, tournées vers la seule exploitation industrielle, les PPP doivent être plus équitables. Ils doivent établir les standards sociaux robustes (avec intégration des artisans miniers dans les activités et formalisation des exploitations artisanales), prendre en compte les besoins et les traditions culturelles des communautés locales et mettre en avant des pratiques respectueuses de l’environnement. En d’autres termes, les partenariats doivent être alignés sur les standards ESG (Environnement, social et gouvernance). Une manière de penser aux générations futures, par l’héritage, notamment environnemental, qu’on va leur laisser.

Former la jeunesse

La prise en compte de la jeunesse dans l’approche minière est, bien évidemment, une nécessité pour assurer le remplacement des générations qui partent à la retraite. Elle ne doit pas se limiter à l’emploi mais viser leur formation, dans des domaines variés. Pour Mustak Ally, responsable des compétences du Conseil des minéraux d’Afrique du Sud, il est nécessaire, dans le contexte africain, de commencer par l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. En incluant, bien évidemment, la formation aux outils digitaux, à la data, à l’intelligence artificielle, au droit, à l’expertise écologique… et à toutes autres techniques et technologies. Sans oublier la recherche et l’innovation.  

Agir sur le long terme

Face à la géopolitique mondiale des métaux au cœur de laquelle se trouve l’Afrique et à la demande explosive en minerais et en énergie propre, outre le co-développement (PPP) et les alliances intra-africaines, la priorité doit être mise sur les contrats à long-terme. Une politique qui s’applique autant en amont, avec les fournisseurs d’intrants, d’équipements miniers et industriels, de produits chimiques et autres, de technologies et de savoir-faire indispensables à l’industrie minière, qu’en aval, avec les acheteurs pour sécuriser les ventes et éviter les yoyos des cours mondiaux au profit de prix justes et stables.

Des infrastructures appropriées

Cette stratégie doit s’accompagner du renforcement des infrastructures numériques et énergétiques, en privilégiant l’énergie renouvelable et propre. Lors des débats, l’accent a été mis sur le développement des infrastructures logistiques multi-nations (routes, rails et ports), dont des corridors stratégiques nécessaires pour faire face aux changements géopolitiques et favoriser les chaines de valeur transfrontalières, à l’instar du corridor de Lobito.  

Priorité à la protection des ressources en eau

La question de l’eau a été abordée. « L’eau émerge, en effet, comme un risque stratégique dans l’industrie minière car c’est une contribution clé et inestimable, la rareté croissante constituant une menace pour la durabilité des entreprises… Les entreprises minières donnent la priorité à la protection des ressources en eau en termes de quantité et de qualité », a souligné  Shamini Harrington, responsable Environnement, Santé, Patrimoine et relations avec les employés, au niveau du Conseil des minéraux d’Afrique du Sud.

Gouvernance transparente et sécurité juridique

Place également à une gouvernance transparente, à la traçabilité dans l’exploitation minière et dans l’approvisionnement en minéraux essentiels, à la sécurité juridique et fiscale ainsi qu’aux réformes réglementaires pro-investissement (codes miniers, taxe climatique)), si possible harmonisées au niveau continental pour améliorer l’attractivité du secteur et sécuriser les investissements. La révision des régimes de royalties a été encouragée pour mieux capter les retombées économiques de l’exploitation minière. Recommandation a également été faite d’assurer l’équilibre entre les règles nationales et la sécurité juridique pour les investisseurs.  

Économie circulaire et technologies de pointe

Diversification, recyclage des métaux, retraitement des rejets miniers… Même si elle abrite une quantité importante de minerais stratégiques, l’Afrique ne doit pas négliger le recyclage des métaux et le retraitement des rejets. À titre d’exemple, si la RDC retraite les rejets, elle a encore des efforts à faire en matière de recyclage.  D’autres pays sont dans le même cas.

Lire aussi. Transition écologique : l’Afrique peut innover en s’appuyant sur ses savoirs endogènes. https://www.makanisi.org/transition-ecologique-lafrique-peut-innover-en-misant-sur-ses-savoirs-endogenes/

Le « smart mining »

Un « smart mining », ou mining intelligent, doit rimer avec productivité, sécurité et réduction des impacts environnementaux. D’où le recours indispensable à l’automatisation, aux technologies de pointe, à la digitalisation, à l’Intelligence artificielle pour cibler les prospects au niveau de l’exploration et traiter les données, à la recherche géologique et la production propre (zéro CO2), ainsi qu’au transport bas carbone des minerais, des métaux et autres matériaux…

Devenir un partenaire stratégique

L’Afrique a acquis, au fil des décennies, des compétences et des savoir-faire dans le domaine minier et instauré, progressivement, parfois en tâtonnant, de nouvelles pratiques, certes de manière inégale d’un pays à l’autre. Aujourd’hui, elle doit passer à un autre stade, qui implique de nouvelles pratiques et un nouveau positionnement. Ainsi les minéraux critiques ne doivent plus être seulement une ressource mais un levier pour la prospérité et la souveraineté de l’Afrique et le continent doit passer de « fournisseur passif de ressources minérales » à « partenaire stratégique » dans la transition énergétique mondiale, via des partenariats et des alliances. Tel a été, en substance, le message envoyé.

À ce titre, par la qualité, la diversité et le ton libre des débats, l’édition 2026 de Mining Indaba a marqué un tournant. Le temps de l’attentisme est fini. L’heure est au renouveau. L’avenir de l’Afrique se dessine aujourd’hui : « N’attendez pas le futur ; agissez maintenant. Le temps de l’audace, c’est maintenant. », a déclaré la vice-ministre sud-africaine des Ressources minérales et pétrolières, Phumzile Mgcina.