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dimanche 14 juillet 2024
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Bassin du Congo : le Bubinga, un arbre à forte valeur marchande

La richesse de la biodiversité du Bassin du Congo, une immense zone forestière en Afrique centrale, est connue : 10 000 espèces de plantes tropicales dont 30% endémiques à la région. D’après le Rapport sur l’État des forêts 2021, publié par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), les caractéristiques floristiques et fonctionnelles des peuplements forestiers les rendent plus ou moins vulnérables aux évolutions possibles du climat et des activités humaines, à l’horizon 2085.

Dans cet écosystème, figure un arbre emblématique qui subit une forte pression commerciale : le Kevazingo ou Bubinga,  de couleur brun rouge, dont le nom scientifique est Guibourtia*. 

Le Kevazingo, un immense enjeu commercial

Le Gabon a été, de loin, le plus grand exportateur du kevazingo en Afrique centrale. Selon l’Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT), il a exporté près de 90 000 m3 par an, sous forme de grumes de 2007 à 2010, vers plusieurs pays : Chine, Hong-Kong, Japon, Italie, Belgique, Turquie, États-Unis, Portugal, Espagne, Angleterre. Suite à l’interdiction d’exporter du bois non transformé, instaurée dans ce pays en 2010, seuls des bois sciés ont été exportés entre 2011 et 2012, à raison de 11 000 m3 par an. Au cours de cette même période, le Cameroun, la Guinée Équatoriale et la RDCongo n’ont exporté que de faibles quantités de l’ordre de 350 m3 à 1 580 m3 de bois sciés par an.

Interdiction de coupe au Gabon

La ressource n’avait jamais fait l’objet d’une exploitation aussi intensive par le passé, avant que les Asiatiques ne s’y intéressent. Conscients des dérives émergentes, les pouvoirs publics gabonais avaient pris des textes réglementaires stricts pour contrer le trafic de cette essence noble. Aussi, une « autorisation spéciale pour l’exportation des produits transformés de Kevazingo » était-elle requise en juin 2014. Un an plus tard, l’exportation de cette ressource précieuse a été suspendue purement et simplement, avant d’être autorisée de nouveau en 2016 à la condition qu’elle soit transformée en meuble ou autres objets mobiliers au Gabon.

Le même gouvernement a ensuite impulsé des mesures plus fortes, interdisant la coupe du Kevazingo en mars 2018. L’article 2 du décret 00099/PR/MFE stipulait que les espèces de Kevazingo « sont interdites d’abattage et classées non exploitables ».

Le kevazingogate

Cette décision a été motivée par l’explosion de la vente illégale de cette essence prestigieuse. Un trafic qui a connu son paroxysme avec le « Kevazingogate », en 2019 marqué par la disparition de 353 containers sous scellé de justice au port d’Owendo.

La récupération de la cargaison de bois saisi dans les entrepôts des sociétés chinoises, soit 5000 m3 de kevazingo, d’une valeur de 45 milliards de FCFA, avec des documents falsifiés, a créé un séisme politique dans le pays. A titre d’exemple, un m3 de Kevazingo, sous forme de grume ou de bois scié, coûte entre 400 000 et 1 200 000 F CFA. En revanche le prix du m3 de Kevazingo transformé en meubles varie entre 30 millions et 60 millions de F CFA.

En 2020, revirement spectaculaire : le Gabon table de nouveau sur le retour à l’exploitation du Kevazingo. Ce sont les besoins financiers qui ont amené l’État à reconsidérer sa position afin de ne pas se passer complètement d’un marché aussi lucratif.

Le ministre de la Forêt, Lee White, déclarait que le Gabon devrait relancer l’exploitation du Kevazingo, avec la promulgation d’un décret autorisant à nouveau la coupe de ce bois. Mais cette reprise sera encadrée par de nouvelles restrictions. Selon Lee White, des coupes durables de « 50 000 et 60 000 m3 » de Kevazingo par an ainsi qu’une meilleure traçabilité permettraient de préserver l’environnement et de dynamiser le secteur bois. Il a ainsi annoncé que des meubles en Kevazingo fabriqués au Gabon allaient être exportés vers la Chine. Une première cargaison est déjà partie et représente 60 millions de Francs CFA. Au total, ce sont 200 milliards de Francs CFA qui sont attendus dans les caisses de l’État gabonais générés par la vente des produits ouvrés à l’international.

À lire : Bassin du Congo. Le bubinga, un arbre à forte valeur symbolique. https://www.makanisi.org/bassin-du-congo-le-bubinga-un-arbre-a-forte-valeur-symbolique/

L’industrie du bois, base de la diversification au Gabon

Longtemps négligée au profit du pétrole, l’industrie du bois est devenue l’axe majeur sur lequel se structurent désormais les bases de la politique de diversification de l’économie gabonaise à travers la construction de chaînes de valeur locales. C’est dans cette logique que  la Zone économique à régime privilégié (ZERP) de Nkok située à une vingtaine de kilomètres de Libreville, a vu le jour il y a 13 ans. Gérée par la Gabon Special Economic Zone (GSEZ),  cette joint-venture née en 2010 d’un partenariat public-privé (PPP) entre l’État gabonais et la société singapourienne OLAM, d’un coût de 140 millions d’euros, a été  financée par OLAM à hauteur de 60 %.

La ZES spécialisée dans le commerce et la transformation du bois, a permis la création de plus de 5 000 emplois directs (dont 65% de nationaux). Elle devient ainsi la vitrine de la stratégie de transformation nationale et s’impose comme un formidable produit d’appel pour les investisseurs étrangers. Aujourd’hui, la ZES compte 141 investisseurs venus de 18 pays. Notons par ailleurs, que les investisseurs asiatiques détiendraient près de 70% des permis forestiers du Gabon. Cette concentration inquiète les ONG environnementales qui y voient une perte de souveraineté dans un secteur stratégique de l’économie nationale.

Un marché dynamique dopé par la demande asiatique

Le prix du Kevazingo a explosé au cours de la dernière décennie, atteignant 2 000 000 FCFA le m3 sur les marchés asiatiques. Cet essor spectaculaire a entrainé une course effrénée au Kevazingo par des particuliers et des entreprises forestières.

La demande mondiale a été dopée par la qualité esthétique et la durabilité de ce bois utilisé en ébénisterie ainsi que pour la fabrication de parquets, de traverses de chemin de fer, de charpentes, d’escaliers intérieurs, de portails et autres mobiliers.

Sur le marché local, dans les pays de son aire de répartition, le bois du Bubinga / Kevazingo a toujours été très apprécié par les consommateurs et les opérateurs de ce segment. Il est traditionnellement considéré comme un des bois les plus précieux pour la menuiserie et l’ébénisterie (avec le Wenge, le Moabi, le Doussie et l’Assamela notamment). C’est le cas dans le sud du Cameroun.

Sur les marchés informels du bois au Cameroun, le prix du m3 de sciage de Bubinga variait entre 84.000 FCFA (marché de Yaoundé) et 355.000 FCFA (marché de Douala), au début des années 2010. Depuis 2012, il est devenu très difficile de se procurer du bois de Bubinga pour un usage domestique, les volumes prélevés étant préférentiellement orientés vers le marché international beaucoup plus rémunérateur.

La Sefyd au Congo

Au Congo, c’est Société d’Exploitation Forestière Yuan Dong (SEFYD),à capitaux chinois, qui s’est positionnée sur ce créneau dans le département de la Likouala. Ainsi 339 pieds d’arbres Bubinga de diamètre exploitable, ont été comptés soit un volume fût de 3390 m3. En raison de sa spécificité, il est exigé que tous les pieds comptés soient coupés, donc un coefficient d’exploitation prévisionnelle de 100% (Avis de commerce non préjudiciable ACNP 2018).

En danger d’extinction

Le bubinga est une ressource forestière fragile, menacée de disparition du fait de sa difficulté à se régénérer. Les pays du Bassin du Congo ont pris conscience de cette problématique en inscrivant, en 2017, le Bubinga à l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, connue sous son acronyme anglais CITES, au titre des espèces en danger d’extinction à protéger. Le Gabon a engagé une politique de plantation de Kevazingo, Les essais sont en cours d’expérimentation. Le Cameroun a opté pour l’instauration de forêts communautaires à l’effet de préserver la ressource. Quant au Congo, l’exploitation prudente de cette essence est encore à un stade embryonnaire dans le nord du pays.

*Le Bubinga (Kevazingo) : répartition et dénominations communes

Répartition

Les données sur la répartition géographique de Guibourtia tessmannii et Guibourtia pellegriniana suggèrent que les deux espèces sont présentes au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale, que Guibourtia tessmannii est probablement aussi présente au Nigeria, en République du Congo (RC) et en République centrafricaine (RCA), et que Guibourtia pellegriniana pourrait être présente en RC.

Guibourtia demeusei a une aire de répartition beaucoup plus vaste que les deux autres espèces, s’étendant jusque dans le bassin central du Congo. On la trouve au Cameroun, en RCA, en République démocratique du Congo (RDC), en Guinée équatoriale, au Gabon et en RC. Bien que les aires de distribution soient généralement distinctes, il peut y avoir parfois des chevauchements.

Dénominations communes

La dénomination Bubinga concerne trois espèces distinctes appartenant au même genre Guibourtia africain : G. tessmannii, G. pellegriniana et G. demeusei. En raison de la similitude de leur morphologie, les arbres des espèces Guibourtia tessmannii et Guibourtia pellegriniana ne sont pas distingués dans les locutions locales. Ils sont indifféremment dénommés Kevazingo au Gabon, Bubinga rose ou Essingang (ewondo) au Cameroun, et Oveng (fang) en Guinée équatoriale. L’espèce Guibourtia demeusei est également connue sous le nom de Bubinga (ou Bubinga rouge au Cameroun) dans l’ensemble de son aire de répartition, outre plusieurs autres dénominations locales.

Source : Conservation, Identification et Gestion Durable des espèces de
bois de Bubinga (Kevazingo) d’Afrique Centrale
. CITES
https://cites.org/sites/default/files/F-CoP17-Inf-77.pdf

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