Brazzaville. REF 2025. La francophonie économique en marche

503
À gauche, en haut : le président congolais Denis Sassou Nguesso, en bas, Geoffroy Roux de Bézieux (Prdt APF). Au milieu, en haut, Michel Djimbo (Prdt Unicongo), en bas, des participants. À droite, en haut, Louise Mushikiwabo (SG OIF), en bas, Claire Bodonyi (Ambassadrice de France au Congo), et Thani Mohamed Soilihi (ministre français délégué, chargé de la Francophonie et des Partenariats internationaux)

Co-organisée par l’Alliance des Patronats Francophones (APF) et Unicongo, le syndicat patronal congolais, et soutenue par les pouvoirs publics congolais, la 5ème Rencontre des Entrepreneurs francophones (REF) s’est tenue à Brazzaville, les 26 et 27 juin derniers. Un certain succès si l’on en juge par la présence de quelque 2300 participants, issus d’une trentaine de pays francophones, à la cérémonie d’ouverture, qui a eu lieu au Centre International de conférences de Kintélé, commune désormais rattachée au département de Brazzaville.

La cérémonie d’ouverture a été ponctuée par les traditionnels discours des organisateurs de l’événement. Ainsi le président de la république du Congo, Denis Sassou N’Guesso, et le président d’Unicongo, Michel Djombo, ont présenté les atouts et les opportunités du Congo, pays d’accueil de cette 5ème Rencontre des Entrepreneurs Francophones (REF). La parole a également été donnée à différents représentants des organismes représentant l’espace francophone.

Une dynamique née il y a 5 ans

Geffroy Roux de Bezieux, le président de l’Alliance des Patronats Francophones (APF), fondée le 29 mars 2022 à Tunis à l’occasion du sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a, d’emblée, souligné l’énorme potentiel du pays et de la sous-région, pourtant méconnu de nombreux opérateurs du Nord selon lui. Il a également remercié les organisateurs d’avoir fait de l’édition 2025 de la REF, une rencontre régionale, en intégrant des opérateurs de la sous-région.

Puis il a rappelé l’origine et la dynamique qui a prévalu au lancement du mouvement de la francophonie économique: « Cette cinquième édition est la reconnaissance de l’idée, née il y a cinq ans, que l’on pouvait faire de la Francophonie un espace d’entrepreneurs, un espace économique ». Pour preuve, l’édition 2025 a mobilisé 30 organisations patronales, membres de l’APF, 1000 participants internationaux, ce qui représente, selon Roux de Bézieux, une force collective et la force du réseau de l’APF. « Cette édition a, en outre, enregistré la présence de Patrick Martin,  président du Mouvement des entreprises de France (MEDEF), une première, puisque c’est la première fois qu’un président en exercice du Medef se rendait au Congo. Un oubli réparé », s’est-il félicité.

Un mouvement qui s’amplifie

Depuis la REF 2024, qui s’est tenue à Marrakech (Maroc), l’APF a élargi son réseau à 8 nouvelles organisations patronales dont, entre autres, les patronats d’Égypte, du Luxembourg,  de la Suisse romande et de la province canadienne du Nouveau Brunswick. « Nous avons 43 organisations de 30 disciplines. Nous avons démarré par ailleurs l’adhésion d’entreprises tournées, en direct, vers l’international, dont Africa Global Logistics (AGL), présidée par Philippe Labonne. Nous avons ouvert un nouveau bureau à Beyrouth, grâce à l’appui du patronat libanais, et désigné dix ambassadeurs de l’APF pour nous représenter sur le terrain et diffuser les nouvelles de la francophonie économique ».

Roux de Bézieux a, par ailleurs, rappelé des initiatives auxquelles a participé l’APF, dont le Salon FrancoTech, qui a eu lieu lors du XIXème Sommet de la Francophonie qui s’est tenu fin octobre 2024, en France. « Ce salon a donné à la francophonie économique un côté technologique et avant-gardiste. Ce fut un succès qui a rassemblé plus de 3000 participants. On a décidé de reprendre ce format lors des prochains sommets de la Francophonie », a-t-il ajouté.

Un visa francophone des affaires

Le président de l’APF a également insisté sur la question de la mobilité des gens d’affaires : « Aujourd’hui les démarches administratives, lourdes et incertaines, sont l’un des principaux freins à la fluidité des échanges dans l’espace francophone. Nous avons mis en place un projet, que chacun d’entre nous doit pousser auprès de ses gouvernements, pour faciliter l’obtention de visas, à travers la création d’un visa francophone des affaires, un visa unique qui permettrait de faciliter les déplacements », a-t-il martelé.

Lire aussi : La république du Congo en chiffres. Indicateurs clefs. Éd. 2025. https://www.makanisi.org/la-republique-du-congo-en-chiffres-indicateurs-clefs-ed-2025/

Une zone d’opportunités unique au monde

Indiquant que l’espace francophone représente 320 millions de locuteurs de la langue française, un chiffre qui passera à 750 millions en 2050, le président de l’APF a ajouté : « L’espace francophone est une opportunité économique, un marché énorme, un vivier de talents, une zone d’opportunités unique au monde. À nous d’en faire un espace intégré, coopératif et dynamique pour nos économies ». Pour conclure, rappelant que la ville de Brazzaville a été désignée capitale de la France libre par le général De Gaulle pendant la seconde guerre mondiale, il a indiqué que « dans ces moments de fractures, de repli identitaire, n’oublions pas que notre langue commune incarne un lien du sang, de paix et de coopération au-delà des blocs et des tensions… ». Et donné rendez-vous, l’an prochain, au Cambodge qui accueillera la 6ème REF.

Au cœur des priorités de l’OIF

Désignée Secrétaire générale de l’OIF par le Sommet de la Francophonie en 2018 à Erevan (Arménie) et reconduite en 2024 lors du Sommet de Djerba (Tunisie), Louise Mushikiwabo a, pour sa part, noté que le monde des affaires est devenu incontournable dans l’agenda francophone et que « l’APF s’impose comme un espace solidaire et d’échange, de réseautage et d’opportunités qui renforce les liens économiques entre les femmes et les hommes d’affaires francophones… L’alliance est un acteur majeur sur la carte économique francophone ». Pour Louise Mushikiwabo, même si la Francophonie est souvent perçue comme un espace culturel, « la prospérité n’est pas incompatible avec la poésie ».

Selon la SG de l’OIF, le développement de la francophonie économique est au cœur des priorités de l’OIF et de son mandat depuis avril 2019 et la diversité des économies de l’espace francophone est un atout économique. « Nous travaillons à en faire un espace d’intérêt commun, de prospérité partagée, d’échanges de bonnes pratiques et de consultation de l’écosystème des affaires. C’est ainsi que l’OIF a lancé, depuis 2022, les missions économiques et commerciales de la Francophonie, à travers lesquelles l’OIF se veut un catalyseur et un accompagnateur pour les PME déjà présentes à l’international et, un levier, pour celles qui veulent se lancer ». Le succès des 5 éditions de la REF et de diverses autres missions organisées par l’Organisation en est la preuve, selon Louise Mushikiwabo.

Faire vivre la francophonie en Asie du Sud-est

La SG de l’OIF a par ailleurs insisté sur la nécessité de faciliter les échanges et la mobilité des gens d’affaires, dont les entreprises permettent de créer des emplois et sont des acteurs clefs dans les transitions en cours. S’adressant aux chefs d’entreprise, elle a déclaré :  « Vos capacités d’innovation et d’entreprenariat, vos investissements financiers et humains sont indispensables à la promotion de l’économie circulaire entre les pays francophones ». Le prochain Sommet de la Francophonie qui aura lieu au Cambodge sera l’occasion, pour l’OIF, « de faire vivre et rayonner la francophonie en Asie du Sud-Est, en 2026 ».

Lancement de la Communauté Afrique France Entrepreneurs au Congo

Carte des 15 départements du Congo

Le 27 juin, à l’hôtel Hilton de Brazzaville, où s’est déroulée la deuxième journée de la REF,  a été lancée officiellement la Communauté Afrique France Entrepreneurs en République du Congo. Son objectif est double : créer un espace de mise en relation via notamment la plateforme Euroquity de la Banque publique d’investissement France (BPIFrance) et favoriser l’accès au financement pour les entrepreneurs africains désireux de se développer sur de nouveaux marchés.

La Communauté Afrique France Entrepreneurs a été lancée en mars 2022 par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la France, en réponse aux attentes exprimées par des entrepreneurs africains lors du Sommet Afrique-France de Montpellier en 2021.

À Brazzaville, l’initiative a été portée par l’ambassade de France au Congo. À l’occasion de son lancement, un cocktail a été organisé à la Case de Gaulle, résidence officielle des Ambassadeurs de France en fonction, par Claire Bodonyi, Ambassadrice de France au Congo. La rencontre a accueilli, entre autres, Thani Mohamed Soilihi, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la France, chargé de la Francophonie et des Partenariats internationaux.

Un saut à Kinshasa

La REF fut aussi l’occasion de tenir l’Assemblée Générale Ordinaire de l’APF, la dernière présidée par Geoffroy Roux de Bézieux. À la suite de la REF, une mission économique d’immersion à Kinshasa a été organisée par l’APF et la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), présidée par Robert Malumba.

Lire aussi. Unicongo. Michel Djombo : « Nous avons élargi notre champ d’action ». https://www.makanisi.org/unicongo-michel-djombo-nous-avons-elargi-notre-champ-daction/

Des non-dits

Beaucoup de choses intéressantes ont été dites et annoncées lors de cette rencontre. Mais des problèmes que vivent les milieux d’affaires, qu’Unicongo a toujours relevés, ont parfois été passés sous silence. Pourtant au moment où se déroulait la REF, le pays connaissait des pénuries d’essence et des délestages d’électricité. Sans oublier les problèmes sanitaires, les rues de la capitale ayant été transformées en poubelles à ciel ouvert faute de ramassage des ordures depuis plusieurs mois, ou les inondations catastrophiques liées aux dérèglements climatiques. Que dire du nombre grandissant de jeunes, diplômés ou non, sans emploi ! Des problèmes qui ne datent pas d’aujourd’hui, mais qui tardent à être réglés.

Et après ?

Le mouvement lancé par les patronats francophones à travers le monde est encourageant. De même l’initiative « Communauté Afrique France Entrepreneurs au Congo ». Reste à concrétiser ces actions de manière visible et durable sur le terrain, une fois éteints les lustres des grands rendez-vous internationaux pendant lesquels on se congratule et on se fait de grandes promesses, sans avoir eu pour autant une image précise des réalités, bonnes ou pas, d’un pays. Ainsi aucune carte illustrée du Congo et de la sous-région n’a été affichée pendant la REF. Comme si un discours ou une vidéo institutionnelle suffisaient. Pourtant, selon Roux de Bezieux, nombre d’entrepreneurs du Nord ne connaissent pas le Congo et aucun président du Medef n’avait foulé le sol du pays jusqu’à fin juin 2025. Reste donc aux gens d’affaires à s’immerger dans le pays réel, loin des espaces VIP des hôtels de luxe consacrés au BtoB. C’est parfois à partir des insuffisances, un substantif mal aimé au pays, que se cachent aussi les opportunités d’affaires.  

Lire aussi. Le Congo passe de 12 à 15 départements. https://www.makanisi.org/le-congo-passe-de-12-a-15-departements/

L’Afrique a besoin du monde, le monde a besoin de l’Afrique

L’optimisme affiché doit s’accompagner de vigilance pour que le mouvement de la francophonie économique profite à tous, notamment aux PME et pas seulement aux grandes entreprises, comme l’a signalé Inès Feviliye, docteure en droit privé de l’Université de Rouen (France) et enseignante-chercheuse à la faculté de droit de l’Université Marien N’Gouabi de Brazzaville, au sortir de la 5ème REF : « L’Afrique a besoin du monde, le monde a besoin de l’Afrique, travaillons pour que l’Afrique et le monde soient satisfaits ». Parions que la Francophonie économique qui inscrit ses actions dans une dynamique gagnant-gagnant, se retrouvera dans ces propos.

La francophonie économique en bref
  • • 320 millions de locuteurs aujourd’hui (3% de la population mondiale) et 750 millions d’ici 2050 (8% de la population mondiale)
  • 80 à 85% des francophones à travers le monde devraient être africains en 2050 (source INED) et 90% auront moins de 30 ans sur le continent.
  • 20% du commerce mondial de marchandises
  • 14% des réserves mondiales de ressources minières et énergétiques
  • 16% du PNB brut mondial
  • 7% de croissance moyenne
  • 3ème langue la plus utilisée pour faire des affaires. 1ère ou 2nd d’ici 2050
  • 2ème langue la plus apprise dans le monde et 4ème langue sur internet
  • 37 organisations professionnelles représentatives de 35 pays francophones.
  • 1 000 000 d’entreprises directes et 10 millions d’entreprises indirectes.
  • Une présence sur les 5 continents.
  • Sources :Alliance des patronats francophones – OIF