Congo : André Pandi, professeur d’histoire, se souvient du 15 août 1960

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Le président Fulbert Youlou accueillant le ministre français André Malraux à l'aéroport

André Pandi, natif de Brazzaville, n’avait que 15 ans lorsque son pays a accédé à l’indépendance. L’adolescent de l’époque est aujourd’hui enseignant à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville. Il y donne des cours d’histoire, même s’il a un pied dans la « case » retraite. André Pandi se souvient de ce jour pas comme les autres, comme si c’était hier. Plusieurs décennies plus tard, lorsqu’il égrène ses souvenirs, avec une pointe de nostalgie, sa mémoire ne flanche pas. Il décrit des lieux, des scènes, des hommes et quelques-unes des différentes séquences de ce grand événement historique, avec une précision d’orfèvre.

Témoignage recueilli par Arthur Malu-Malu.

Journée fériée pour tout le monde

André Pandi

« Le gouvernement de l’époque, dirigé par l’abbé Fulbert Youlou, avait pris certaines décisions, notamment en déclarant fériée, pour tout le monde, la journée du 15 août. C’était la première fois, dans l’histoire du pays, qu’une journée était déclarée fériée et payée par des Congolais eux-mêmes. C’était extraordinaire, parce que l’administration coloniale avait son ordre et sa façon de gérer le quotidien.

Autant que je m’en souvienne, à l’époque, il n’y avait pas vraiment de jour férié, sauf le 14 juillet, en référence à la fête nationale française, et le Nouvel an.

C’était la première fois, dans l’histoire du pays, qu’une journée était déclarée fériée et payée par des Congolais eux-mêmes.

Tenues scolaires et subventions pour le défilé

On avait distribué des tenues scolaires à tous les élèves qui devaient défiler ce jour-là. C’était une tenue de couleur kaki. Cette initiative m’avait frappé. On nous avait offert une chemise et une culotte qu’on devait porter pour prendre part au défilé organisé pour la circonstance,  devant les autorités, en face de la Mairie centrale, l’actuelle Mairie de Brazzaville.

Les chefs de quartier avaient reçu une subvention du gouvernement pour l’occasion. Il s’agissait, pour le gouvernement, de permettre à tous les Congolais de faire la fête, de célébrer ce jour inoubliable. Si mes souvenirs sont exacts, il s’agissait de 1500 francs. Une somme de 1500 francs par individu représentait beaucoup d’argent. Cela m’avait beaucoup marqué aussi. Je ne pouvais pas m’imaginer que les autorités feraient un tel geste.

Des manifestations populaires ont eu lieu dans des quartiers. Les foules en liesse s’étaient formées çà et là. Les foules étaient joyeuses

Lire aussi : Congo-B. 15 août 1960. Pierre Nzé se souvient du jour de l’indépendance. https://www.makanisi.org/congo-b-15-aout-1960-pierre-nze-se-souvient-du-jour-de-lindependance/

Danses populaires et orchestre congolais

Ensuite, des manifestations populaires ont eu lieu dans des quartiers. Les foules en liesse s’étaient formées çà et là. Les foules étaient joyeuses. L’indépendance, enfin, devait pouvoir être vécue pleinement par les Congolais. Des danses traditionnelles ont eu lieu au niveau du Rond-Point de Poto-Poto et du Rond-Point de Moungali. Un spectacle similaire a été aussi organisé devant un cinéma qui était situé à l’entrée de Bacongo. Toutes ces danses populaires traduisaient l’immense joie des Congolais.

Un orchestre qui venait d’être créé, « Les Bantous de la Capitale », attirait l’attention du public. Pour la première fois, on voyait un grand orchestre congolais se produire. Cette performance avait également marqué les consciences.

Un orchestre qui venait d’être créé, « Les Bantous de la Capitale », attirait l’attention du public. Pour la première fois, on voyait un grand orchestre congolais se produire.

Lire aussi : Congo-B. 15 août 1960. Ils se souviennent du jour de l’indépendance. https://www.makanisi.org/congo-b-15-aout-1960-ils-se-souviennent-du-jour-de-lindependance/

La sortie de la colonisation

Que représentait l’indépendance pour nous ? En réalité, nous en avions une vague idée de l’indépendance. Pour nous, l’indépendance signifiait d’abord la sortie de la colonisation, d’un ordre colonial strict, qui imposait des contraintes aux Congolais, dont le travail forcé, le Code de l’indigénat, etc.

À la veille de ce grand événement historique, le président Fulbert Youlou avait promulgué des décrets sur l’augmentation des salaires, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Ce fait m’avait beaucoup frappé également.

Je me souviens encore de la une du journal « Dipanda » publié à l’époque. « Dipanda », qui signifie « indépendance » en langue lingala, était un journal de l’Union démocratique de défense des intérêts africains (UDDIA), le parti du président Fulbert Youlou ».

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