Misao, la Maison des poivres et bar à épices qui valorise les saveurs d’Afrique

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Sandrine Vasselin Kabonga dans sa boutique à poivres et bar à épices Misao (Bruxelles). @MDMM

L’Afrique recèle des trésors qui ne demandent qu’à être révélés. C’est le cas de ses épices brutes ou mélangées, de ses cafés et de ses tisanes, de ses sels et de ses miels, au goût et au parfum inimitables, que Sandrine Vasselin Kabonga a choisi de commercialiser. Des produits d’épicerie fine, que s’arrachent des chefs étoilés, des brasseurs, des professionnels de l’agro-alimentaire de luxe ainsi que les amoureux des saveurs africaines. Pour répondre à une demande croissante, Sandrine a ouvert une boutique, place de la Vieille Halle aux Blés, à Bruxelles, dénommée Misao, la Maison des poivres et bar à épices.  Bienvenue dans le temple des épices africaines.

Fondée en Belgique, en 2016, par Sandrine Vasselin Kabonga, Misao – nom venant de l’expression « Misau beni » , qui signifie bonjour, comment ça va, en kilega, la langue d’un groupe ethnique numériquement important au Sud-Kivu, dont sa mère était issue – a commencé ses activités, fin 2017, avec la vente en ligne et dans des points spécifiques à Paris et à Bruxelles de poivre sauvage du Kivu (RDC).

Par la suite, l’ouverture de pops up (magasins éphémères) lui a permis de tester l’appétence de ses clients et de constater que, sur le marché belge, il y a une demande pour des épices de qualité, pas seulement pour le poivre du Kivu, son produit phare, qu’elle défend et qu’elle vend le plus. Or il n’existait pas de boutiques spécialisées en épices, donc peu de concurrence.  

« Nous sommes dans la capitale de l’Europe. Il y avait un créneau à prendre. Je l’ai pris. J’ai ouvert ma boutique à Bruxelles, fin 2021, pour étoffer mon offre. Ce qui sous-entendait bien sûr de travailler avec des coopératives de producteurs qui font de la qualité, mais aussi de m’ouvrir à d’autres pays et continents », informe Sandrine. C’est ainsi qu’est née Misao, la Maison des poivres et bar à épices.

Poivres, baies, fruits séchés, piments et gingembre séchés, curcuma, herbes aromatiques, cannelle, cardamoMe… Aujourd’hui, la gamme, très diversifiée, comprend une vingtaine d’épices non mélangées d’Afrique centrale, toutes origines confondues.

Une gamme diversifiée d’épices non mélangées

Au départ, Misao vendait principalement du poivre sauvage du Kivu, cueilli et séché par des coopératives locales qu’elle encadre. Puis, l’entreprise est passée à 7 poivres de RDC et a élargi son offre à d’autres aromates et condiments. Fin 2019, elle a introduit dans son catalogue du poivre de Penja (Cameroun). Poivres, baies, fruits séchés, piments et gingembre séchés, curcuma, herbes aromatiques, cannelle, cardamome… Aujourd’hui, la gamme, très diversifiée, comprend une vingtaine d’épices non mélangées d’Afrique centrale,  toutes origines confondues.

Cafés, chocolat et tisanes

Épices et cafés poussant dans les mêmes environnements et sur les mêmes terroirs, l’offre de l’épicerie inclut des cafés arabica : celui du Kivu (RDC) bien sûr, mais aussi les arabicas d’Éthiopie, provenant de coopératives avec lesquelles Misao travaille, d’Indonésie et du Guatemala. Moins de succès du côté du chocolat. Non pas que le cacao poussant en RDC soit de mauvaise qualité. Au contraire ! Le cacao de la province du Mai Ndombe (Nord-ouest) est de très bonne qualité et les coopératives de producteurs sont encadrées par des ONG. Mais les tablettes de chocolat, estampillées « Théo Broma », ne sont fabriquées que sur commande, en raison notamment de problèmes récurrents d’électricité.

Du côté des infusions, l’épicerie propose plutôt des tisanes, sans théine (verveine, quinquéliba et citronnelle). « Nous vendons un peu de thé du Kenya, du Rwanda, du Mozambique et du Malawi. Mais je n’ai pas encore trouvé, en Afrique,  des thés aussi fins que ceux d’Asie », précise Sandrine.

Épices et cafés poussant dans les mêmes environnements et sur les mêmes terroirs, l’offre de l’épicerie inclut des cafés arabica 

Sels et miels sauvages

La clientèle s’étoffant, de nouveaux produits sont venus garnir les étagères de l’épicerie Misao. « La demande de la clientèle a joué sur l’évolution des produits », confie, en effet, Sandrine. C’est ainsi que Misao a rajouté dans son offre des sels spéciaux dont le sel noir de l’Himalaya et de Chypre, le sel du lac rose du Sénégal, du sel rouge d’Hawai, du sel fumé d’Europe du Nord. Sans compter les sels aromatisés avec des épices, une recette spéciale de Misao.

L’épicerie de Sandrine ne pouvait pas passer à côté des miels sauvages de Madagascar, d’Éthiopie et de RDC, où ils sont récoltés dans le Sud-Kivu et le Plateau Batéké. En revanche, le miel du Cameroun est plus difficile à trouver aujourd’hui.

Mélanges d’épices et sauces pimentées

Si Misao est spécialiste des épices, elle est aussi créatrice de nouvelles saveurs mélangées. En effet, au fil des mois, de la vente du produit brut, l’entreprise est passée à des mélanges d’épices spécifiques et à des sauces pimentées.

Si Misao est spécialiste des épices, elle est aussi créatrice de nouvelles saveurs mélangées.

Ce créneau passionne Sandrine : « J’adore créer de nouveaux produits avec mes ingrédients. C’est ainsi que j’ai créé ma propre variété de curry sec et mon propre zaatar, un mélange traditionnel d’épices et de plantes aromatiques du Moyen Orient, dans lequel j’ajoute une épice de la RDC. Dans tous mes mélanges, je mets toujours des épices congolaises, car elles ont une rondeur particulière, une saveur spéciale, non agressive,  qui fait notre différence et change tout. C’est ma propre signature. Je teste, j’essaie. Et je crée. ».

Dans tous mes mélanges,  je mets toujours des épices congolaises, car elles ont une rondeur particulière, une saveur spéciale, qui fait notre différence et change tout.

Sur les étagères du magasin, zaatar et curries côtoient d’autres mélanges façon Misao : du Shaï, des mélanges pour les biscuits spéculos et des pains d’épices, des tisanes épicées, avec au moins une épice. «  Nous proposons une quarantaine de mélanges d’épices et de tisanes », précise Sandrine.

Lire aussi Theo Broma, du chocolat 100% bio et esalemi na RDC (made in DRC). https://www.makanisi.org/theo-broma-du-chocolat-100-bio-et-esalemi-na-rdc-made-in-drc/

Des bières épicées

La Belgique étant un pays grand producteur de bière et de gin, Misao a mis un pied dans ce secteur. Elle fournit, en effet, à des brasseurs belges, dont la Brasserie Cantillon, qui produit la célèbre bière Gueuze, des épices pour aromatiser la bière. « Le poivre africain, baptisé poivre sauvage des gorilles ou de la Likouala, que l’on cueille dans le sud de la Centrafrique, dans le nord du Congo et de la RDC, a des arômes fruités de forêt, qui ont plu à Cantillon, qui voulait créer une bière poivrée », souligne Sandrine. C’est ainsi qu’en 2022, les deux partenaires ont débuté leur collaboration. « On a fait des essais. Cela a marché. De 60 kg à l’origine,  on a triplé les volumes. On respecte le cycle naturel de la plante. On travaille de saison en saison. La mise en cuve se fait quand le poivre est prêt», insiste Sandrine. 

Misao fournit à des brasseurs belges, dont la Brasserie Cantillon, qui produit la célèbre bière Gueuze, des épices pour aromatiser la bière.

La bière a eu un tel succès,  qu’elle figure désormais dans le catalogue permanent du brasseur. Une grande satisfaction pour Misao, « mais aussi pour l’Afrique centrale qui est ainsi mieux connue grâce à ses poivres et à ses épices qui voyagent à travers le monde.  Nous avons de bons terroirs et de bons produits à offrir à condition de bien les travailler », ajoute l’épicière.

Un Kivu Gin aux arômes boisés

L’autre collaboration réussie est celle que Misao a établie avec un producteur belge de Gin, tombé amoureux du Kivu. Après avoir goûté les épices de la région, il a entrepris de mettre au point ce qui deviendra son célèbre « Kivu Gin », une boisson distillée en Belgique, faite à base d’épices du Kivu et de gin vieilli en fûts.  « Vanille, poivre sauvage, kororima, une variété de maniguette, cannelle, gin… on a travaillé ensemble sur sa recette », confie Sandrine.  

Le « Kivu Gin », une boisson distillée en Belgique, faite à base d’épices du Kivu et de GIN vieilli en fûts

Partenariats avec les producteurs

Sur le terrain, les relations avec les producteurs se renforcent. « On a fait de la formation et établi des partenariats en RDC, qui sont bien organisés. Au Nord-Kivu, on a dû ralentir les activités pour des raisons sécuritaires ». En revanche, vers Zongo,  cité située dans la province du Nord-Ubangi, les activités vont de mieux en mieux.  Les producteurs cherchent des partenariats et des bourses. « On a de plus en plus d’ONG étrangères qui accompagnent les producteurs et font appel à Misao pour les former », se réjouit Sandrine. Reste à produire davantage et à trouver les financements pour renforcer les activités.

Devenir le n° 1 des épices de qualité

Au fil des ans, l’épicerie Misao est devenue une référence, à la grande satisfaction de Sandrine, qui cherche à valoriser les produits des terroirs africains, dont ceux de la RDC, et à les faire connaître à l’international. « Quand quelqu’un cherche de nouvelles épices de qualité, il pense immédiatement à Misao, qui a une image de créativité et de constance.  »

De Mr et Mme Tout le monde aux chefs étoilés en passant par les petites épiceries, des brasseries de haute gamme, des bars, des restaurateurs et autres professionnels de l’agro-alimentaire de luxe, la clientèle de Misao s’est diversifiée. Arnaud Munster, Top Chef 15, travaille certaines de ses recettes avec la vanille de RDC. Sandrine a accompagné le Chef Christophe Hardiquest lors de son voyage à Lubumbashi (RDC), où, avec son équipe, il a présenté des mets alliant saveurs belges et congolaises.

Misao doit devenir le spécialiste et le numéro 1 des épices de qualité en Belgique.

La demande grandissante de la clientèle s’accompagnant d’une offre accrue en produits d’épicerie fine, ainsi que l’expérience accumulée sur le terrain de Misao, ont  convaincu Sandrine Vasselin de positionner l’entreprise en tant que principal spécialiste des épices sur le marché belge. « Nous sommes producteurs d’épices d’Afrique centrale. Nous avons plusieurs canaux de distribution, en plus de notre propre magasin. Nos produits, qui sont de qualité, sont réputés. Pour toutes ces raisons, Misao doit devenir le spécialiste et le numéro 1 des épices de qualité en Belgique. C’est dans notre ADN de partager notre expérience ». Un souhait qui s’accompagne de la volonté de faire connaître les épices et autres produits africains à l’international.

Lire aussi Poivres, maniguettes et autres épices : cet or végétal que la RDC néglige.https://www.makanisi.org/poivres-maniguettes-et-autres-epices-cet-or-vegetal-que-la-rdc-neglige/

Creuser de nouveaux sillons

Pour cette entrepreneure qui a parcouru de nombreux pays d’Afrique à la recherche d’épices de qualité, beaucoup reste à faire sur le continent. D’abord en RDC, qui renferme de nombreux produits naturels et uniques. « Les feuilles du tondolo, un fruit rouge à chair blanche, sont bourrées d’huile essentielle que l’on ne valorise pas. Abondants en RDC, le safran et la vanille font partie des épices les plus chères du monde. Quant au cascara, qui est la pulpe de la cerise du café et s’obtient après extraction du grain de café, on la jette. Or, séchée, c’est une tisane très riche en antioxydants », déplore Sandrine. À cette méconnaissance s’ajoutent le manque de routes, d’entrepôts réfrigérés dans les aéroports et l’absence de recherche scientifique. Autant de freins à lever. 

Pour cette entrepreneure qui a parcouru de nombreux pays d’Afrique à la recherche d’épices de qualité, beaucoup reste à faire sur le continent.

Pour Sandrine Vasselin Kabonga,  les  pays qui ont instauré une filière performante dans ces créneaux sont l’Éthiopie, Madagascar, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Indonésie et le Cambodge. «  Ils comptent beaucoup de coopératives, ne connaissent pas de problèmes de transport et de douanes, exportent des produits frais surgelés. Ils ont mis en place des centres de recherche, encouragé les business familiaux et développé les appellations d’origine pour protéger leurs productions. C’est cela la clef de leur réussite  », conclut-elle.