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dimanche 25 février 2024
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Deux expositions sur les figures de la lutte contre l’esclavage au Panthéon

C’est au Panthéon, à Paris, que sont présentées deux expositions consacrées à l’esclavage transatlantique, co-organisées par le Centre des monuments nationaux et la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage. Oser la liberté retrace l’histoire d’hommes et de femmes, illustres ou méconnus, qui ont osé se dresser contre l’esclavage, dans les colonies françaises comme en métropole. Présentée sous la forme d’une installation de l’artiste Raphaël Barontini, l’exposition We could be heroes évoque les mêmes combats racontés par des fresques et incarnés par des figures réelles ou imaginaires.

Dans ce haut lieu de la mémoire républicaine, qui a vocation à honorer de grands personnages ayant marqué l’histoire de France, les héros de la lutte contre l’esclavage semblent faire un pied de nez à l’histoire. Autrefois propriété d’un maître, l’esclave, dépouillé de son nom d’origine, sans patrie, qui n’était pas considéré comme un être humain à part entière, devient ici un héros.   

Oser la liberté, l’expression renvoie au caractère à la fois audacieux et courageux de l’entreprise. Il fallait, en effet, avoir du cran et une volonté sans faille pour oser briser les chaînes de la traite esclavagiste, un système honteux, qui s’est déployé sur plusieurs siècles et sur trois continents. Tel fut le combat de personnages, illustres ou méconnus, qui ont joué un rôle clé dans les mouvements abolitionnistes, les uns pour recouvrer leur liberté, les autres par humanisme.

Il fallait avoir du cran et une volonté sans faille pour oser briser les chaînes de la traite esclavagiste, un système honteux, qui s’est déployé sur plusieurs siècles et sur trois continents.

L’insurrection des esclaves à Saint-Domingue 

Située dans la crypte du Panthéon, l’exposition Oser la liberté, à dimension historique, raconte comment, dans l’empire colonial français, la volonté de liberté des esclaves révoltés et les idéaux des Lumières, un mouvement qui s’est développé alors que sévissait l’esclavage, se sont rencontrés.

Après 1789, c’est dans les colonies françaises en révolution, que la réalisation d’un projet de « Liberté générale » a été poussée le plus loin, quand l’insurrection générale du 23 août 1791 dans la colonie de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) a provoqué le premier soulèvement d’esclaves qui parvint à imposer l’abolition de l’esclavage.

Rien n’effacera la puissance de ce moment, pas même la décision de Napoléon Bonaparte de rétablir l’esclavage en 1802. L’exposition montre comment le combat pour l’abolition sera finalement gagné.

L’exposition réunit, pour la première fois au Panthéon, tous ces personnages, à travers un dispositif mêlant archives, œuvres, éléments sonores et visuels, construit en un parcours en quatre séquences

Des figures connues et moins connues

Toussaint Louverture. Oeuvre de Raphaël Barontini. ©MDMM

La lutte pour l’abolition de l’esclavage est évoquée à travers des personnages qui ont déjà été honorés, tels que l’abbé Grégoire et Condorcet, Toussaint Louverture, à l’origine Toussaint de Bréda, Louis Delgrès, Victor Schœlcher, Félix Éboué, Aimé Césaire ou Joséphine Baker… Mais également à travers l’évocation de figures moins connues, dont l’exposition fait revivre le souvenir : Olympe de Gouges, Makandal, Julien Raimond… Un indispensable devoir de mémoire pour reconstruire un récit, plus juste et plus complet, retraçant une très longue période historique.

L’exposition réunit tous ces personnages pour la première fois au Panthéon, à travers un dispositif mêlant archives, œuvres, éléments sonores et visuels, construit en un parcours en quatre séquences : La traite esclavagiste, une première mondialisation – Marronnages, Lumières et Révolution (1750-1802) – D’une abolition à l’autre (1802-1848) – Contre l’oubli : commémorer et combattre (depuis 1848).

C’est à travers une installation monumentale, composée de textiles, de drapeaux et de bannières, disséminées dans l’édifice, que Barontini offre son regard artistique contemporain sur les combats contre l’esclavage

We could be heroes, le « panthéon imaginaire » de Barontini

Dans le cadre de son programme « Un artiste, un monument », le Centre des monuments nationaux présente également au Panthéon, l’exposition We could be heroes, de l’artiste italo-guadeloupéen Raphaël Barontini, qui a eu carte blanche pour traduire, sur le plan artistique, ces évènements historiques.

C’est à travers une installation monumentale, composée de textiles, de drapeaux et de bannières, disséminées dans l’édifice, que Barontini offre son regard artistique contemporain sur des combats que l’exposition Oser la liberté éclaire d’un point de vue historique et pédagogique. Sorte de contre-histoire, qui part de la « périphérie » et non du centre, sa reconstitution se veut proche des récits d’origine des peuples réduits en esclavage, indiquent les organisateurs de l’exposition.

Les bannières représentent des figures héroïques de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, réelles ou imaginées, qui constituent le « panthéon imaginaire » de l’artiste. 

Dans la nef du monument, une quarantaine de drapeaux et dix bannières,  que l’artiste a créés, forment une sorte de haie d’honneur. Les bannières représentent des figures héroïques de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, réelles ou imaginées, qui constituent le « panthéon imaginaire » de l’artiste.  

Bannières de Raphaël Barontini représentant diverses figures, réelles ou imaginaires, de la lutte contre l’esclavage. ©MDMM Montage Makanisi.

Parmi ces figures, on peut reconnaître, entre autres, côté hommes, Joseph Ignace, l’un des premiers à s’insurger en Guadeloupe contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon,  Dutty Boukman, une figure emblématique de la révolution haïtienne, ou encore Jean-Baptise Belley, surnommé le jacobin noir. Et, côté femmes, la sergente Sanité Bélair, Suzanne Bélair de son vrai nom, qui a joué un grand rôle dans l’indépendance haïtienne, Cécile Fatiman,  prêtresse du vaudou haïtien,  Claire, la marronne de la Montagne-Plomb en Guyane, ou Victoria Montou, dite « Toya », née au royaume du Dahomey puis déportée à Saint-Domingue…

Textiles de Raphaël Barontini, situées dans le transept Nord, figurant la tragédie de l’esclavage. ©MDMM

De l’esclavage à la liberté

Logées dans les transepts, deux créations textiles panoramiques sont suspendues en partie haute des colonnes. Dans le transept nord, une des créations, composée de quatre œuvres, formant un ensemble, raconte la tragédie.  Le départ des esclaves – et le déracinement – est évoqué par la traversée, en bateau, de l’océan Atlantique, dans le cadre du commerce triangulaire, l’arrivée dans les Amériques et les plantations.

Dans le transept nord, une des créations textiles, composée de quatre œuvres, formant un ensemble, raconte la tragédie. 

L’œuvre intitulée « Marron », terme qui viendrait de l’espagnol marro qui signifie fuite, écart et a donné cimarron (esclave fugitif), terme seulement utilisé dans les colonies espagnoles d’Amérique, rend hommage aux esclaves anonymes qui ont tenté de fuir. « Léwob », une pratique de chant et de percussions, symbolise un acte de résistance apparu dans les plantations de Guadeloupe et de Martinique. Enfin, le « Gouffre » rend compte de la chute dans les abysses de l’esclavage, avec ses suicides, ses insurrections et ses maladies.

Le transept sud accueille l’autre composition textile, comptant trois œuvres. L’une raconte la bataille de Vertières contre les troupes napoléoniennes, qui s’est déroulée en novembre 1803 dans le nord de Haïti. Cet événement majeur des luttes pour la liberté a permis à ce pays de devenir la 1ère république noire en 1804. La deuxième œuvre, dénommée Solitude, présente une figure emblématique de la résistance guadeloupéenne. La troisième, la plus vaste,  met en avant le triomphe de Toussaint Louverture, héros de la révolution haïtienne et de la lutte pour l’abolition de l’esclavage.

La troisième, la plus vaste,  met en avant le triomphe de Toussaint Louverture, héros de la révolution haïtienne et de la lutte pour l’abolition de l’esclavage.

Réanimer la mémoire pour lutter contre toutes formes d’oppression

Ces deux expositions sont l’occasion pour ceux qui connaissent peu ou mal l’histoire de l’esclavage ou qui voudraient la gommer, de la découvrir, de l’approfondir, voire d’oser enfin la regarder. Archives, portraits, objets, écrits d’époque, comme la lettre de Toussaint Louverture ou la version originale du Code noir préparé par Jean-Baptiste Colbert, sur ordre du roi Louis XIV, dont il était un des ministres.

Autant de documents qui racontent cette période sombre. Avec une lueur d’espoir toutefois. Car le système colonial esclavagiste a suscité résistances et oppositions. Loin de subir leur sort, nombre d’esclaves sont devenus les acteurs de leur libération.

Le souffle des figures héroïques qui ont porté ces luttes, doit inspirer les combats d’aujourd’hui contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation, qui n’ont pas disparu dans les sociétés modernes

Ces expositions éclairent l’histoire des luttes abolitionnistes et de ses acteurs, qui comptent dans leurs rangs quelques francs-maçons. Elles permettent également d’honorer la mémoire des personnes durement marquées par l’esclavage et de célébrer les héritages culturels des communautés qui ont été impactées. Enfin, elles montrent l’importance de la lutte contre l’oppression.

Rien n’est inéluctable ni définitif. Le souffle des figures héroïques qui ont porté ces luttes, doit inspirer les combats d’aujourd’hui contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation, qui n’ont pas disparu dans les sociétés modernes.

Expositions-Infos pratiques

  • Lieu : Panthéon, Place du Panthéon, Paris 75005.
  • Durée : du 9 novembre 2023 au 11 février 2024.
  • Horaires :10h – 17h30
  • Tarifs : Adulte : 11,50 € – Gratuit pour les – de 26 ans en individuel – Groupe : réservation obligatoire.
  • Public : Tout public
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