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dimanche 27 novembre 2022
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Gabon : les peuples autochtones au cœur des enjeux climatiques

De plus en plus d’organisations de la société civile gabonaise se sentent directement concernées par les enjeux climatiques. Certaines d’entre elles se penchent sur l’amélioration du cadre de vie des peuples autochtones qui vivent essentiellement dans les forêts, qui couvrent plus de 80 % du territoire gabonais. Leur sensibilisation aux enjeux de développement durable et la prise en compte de leurs connaissances de la forêt seraient l’une des clés de la lutte contre le réchauffement climatique, indique Stéphane Mundunga, le président de l’ONG Les Amis de la Nature.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu à Libreville

Makanisi : quelles sont les spécificités des Amis de la Nature ?

Stéphane Mundunga

Stéphane Mundunga : La sensibilisation et l’éducation des populations autochtones et des communautés locales en matière de développement sont au cœur de l’action des Amis de la Nature, une ONG qui a 25 ans d’existence. Nous appartenons au réseau des populations autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (Repaelac), qui défend les droits des communautés et des populations locales. Nous mettons l’accent sur les activités qui concernent l’amélioration des techniques d’utilisation et de gestion durable des ressources naturelles.

Comment votre action s’inscrit-elle dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique ?

Les communautés locales sont vulnérables. Elles n’ont pas les technologies et les moyens de s’adapter aux changements. Nous nous battons pour les sécuriser dans leur milieu de vie.

En milieu urbain, on constate que de plus en plus de gens n’ont plus conscience de la nécessité de prendre en compte la nature. L’être humain se détache de la nature, alors qu’il y est lié.

D’où est parti votre engagement en faveur des communautés locales ?

Mon engagement est parti de mes convictions religieuses : je suis croyant. Lorsqu’il a créé la nature, Dieu a confié à l’homme la responsabilité de la gestion de l’environnement. Mais en milieu urbain, on constate que de plus en plus de gens n’ont plus conscience de la nécessité de prendre en compte la nature. L’être humain se détache de la nature, alors qu’il y est lié. Les peuples autochtones vivent principalement à l’intérieur des forêts. Les communautés locales sont dans des zones déjà modernes, dans des habitats modernes. Nous prenons en compte les préoccupations de ces communautés qui vivent à proximité de ressources naturelles. Il s’agit, pour nous, de faire en sorte que leurs connaissances soient intégrées dans les stratégies gouvernementales. Les connaissances des peuples autochtones peuvent nous permettre de trouver des solutions au réchauffement climatique.

Lire aussi : Forêts du Bassin du Congo, des identités culturelles à préserver. https://www.makanisi.org/forets-du-bassin-du-congo-preserver-les-identites-culturelles/

Les connaissances des peuples autochtones peuvent nous permettre de trouver des solutions au réchauffement climatique.

Des représentants des communautés locales et des peuples autochtones sont-ils en concertation avec votre ONG ?

Nous avons des concertations avec les communautés locales et les peuples autochtones pour identifier leurs besoins en matière de développement. Nous avons mené, presque partout dans le pays, des concertations pour élaborer un plan de développement au profit de ces populations. Ce plan a été mis en place et validé, avec un plan de communication. Sa mise en œuvre sera effectuée d’ici 2025. Son coût est légèrement au-dessus de 1 milliard de FCFA.

Les peuples autochtones accordent-ils une oreille attentive à vos initiatives ?

L’organisation administrative a permis aux peuples autochtones de s’implanter dans des villages bien organisés. Néanmoins, ils aspirent à certaines choses. C’est dans ce cadre que le projet les aidera à trouver des solutions aux problèmes qui les concerne au plus haut point. Ils ne sont plus dispersés dans les forêts comme avant. Une partie d’entre eux vit dans des endroits fixes. Ils peuvent aller dans la forêt pour la cueillette et la chasse, puis ils reviennent.

Les peuples autochtones sont des Gabonais à part entière, mais ils sont toujours discriminés. Le gouvernement en a tout de même conscience.

Les peuples autochtones sont-ils toujours en proie à des discriminations ?

Les peuples autochtones sont des Gabonais à part entière, mais ils sont toujours discriminés. Le gouvernement en a tout de même conscience. Et des améliorations sont en cours. Par exemple, ces peuples ont aujourd’hui accès à des actes de naissance, alors que ce n’était pas le cas auparavant. En matière d’éducation, il y a encore beaucoup d’efforts à fournir. Leurs enfants ont tendance à abandonner les études. Ils auraient du mal à supporter les injustices dont ils sont victimes. On se moque d’eux. Les peuples autochtones sont perçus positivement lorsqu’il est question de leur spiritualité ou de leur connaissance des plantes médicinales. Cependant, sur d’autres plans, il y a encore beaucoup de choses à changer. D’après le dernier recensement, les pygmées, dont la population totale serait d’environ 30.000 – 50.000 personnes, représenteraient moins de 1 % de la population.

Lire aussi : Gahi ou l’affaire autochtone : une invitation au vivre ensemble. https://www.makanisi.org/gahi-ou-laffaire-autochtone-une-invitation-au-vivre-ensemble/

En Afrique de l’Ouest, la mobilisation se fait de manière naturelle, sans trop de contraintes ; les partages d’expériences se font facilement. Ils ont plus de maturité démocratique.

À quelles difficultés êtes-vous confronté ?

Au Gabon, la société civile n’est pas aussi développée qu’en Afrique de l’Ouest par exemple. Nous devons nous se débarrasser de certaines mentalités. En Afrique de l’Ouest, la mobilisation se fait de manière naturelle, sans trop de contraintes ; les partages d’expériences se font facilement. Ils ont plus de maturité démocratique. Ce qui n’est pas encore le cas dans un pays comme le Gabon. La rétention de l’information existe ici.

Quelles sont les principales réalisations des Amis de la Nature ?  

Nous avons mené une expérience pilote dans le secteur de l’agriculture. Nous avons élaboré des techniques agricoles qui permettent de mieux stabiliser la culture. Nous avons également mené une enquête sur les pollutions en milieu urbain. Nous avons remarqué que les règles fixées par le gouvernement ne sont pas respectées. Nous avons pris part à une enquête sur les produits forestiers non ligneux.

Si les autorités locales et les responsables de la société civile prennent conscience des enjeux climatiques, je n’en dirais pas autant du Gabonais lambda.

Les questions liées au changement climatique sont-elles au centre du débat public ?

Si les autorités locales et les responsables de la société civile prennent conscience des enjeux climatiques, je n’en dirais pas autant du Gabonais lambda. Le consommateur gabonais n’a pas encore compris certaines choses. Il faudrait qu’il prenne de nouvelles habitudes pour changer son mode de vie. Les médias, qui sont quelque peu en décalage, n’ont pas encore intégré ces enjeux. Ils se manifestent seulement lorsqu’il y a un événement sur le dérèglement climatique. Le reste du temps, ils ne traitent pas vraiment ce sujet.

Après la Semaine africaine du climat, qui s’est clôturée à Libreville en septembre, le regard du continent se porte sur l’Égypte où aura lieu la COP 27 en novembre…

Pour qu’on lutte efficacement contre le dérèglement climatique, on doit d’abord maîtriser les politiques de développement durable. Il faut qu’on identifie les priorités. On parle de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais dans nos pays, au Gabon par exemple, la gestion des déchets pose problème. Nous voulons lutter contre les émissions de carbone qui affectent le climat. Nous prônons une meilleure prise en compte des éléments liés au changement climatique dans chaque pays. Si les acteurs qui jouent un rôle dans le développement nourrissent la réflexion, lorsque les pays africains iront négocier, ils auront au moins des documents qui reflètent les attentes des communautés.

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