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mercredi 19 juin 2024
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La RDC, 1er producteur mondial de cobalt sur un marché plus concurrentiel

Trois métaux – le cuivre, le cobalt et le zinc –, qui jouent un rôle important dans la transition énergétique, représentent l’essentiel des exportations du secteur extractif de la RDC, soit plus de 90 % des exportations du pays.

Ingrédient clé des batteries lithium-ion et également utilisé dans les industries de l’aérospatiale et de la défense, le cobalt est très abondant en RDC. En 2023, sa production s’est établie à 170 000 tonnes. Un volume qui conforte la RDC dans sa première place de producteur mondial du métal vert. Toutefois, d’autres producteurs s’affirment.

1er producteur mondial de cobalt

Selon le rapport de l’US Geological Survey (USGS) sur la production des minerais dans le monde, paru en janvier 2024, la République démocratique du Congo (RDC) a produit 170 000 tonnes de cobalt métal contenu en 2023 contre 140 000 t. en 2022. Elle devance de loin l’Indonésie (17 000 tonnes) et la Russie (8 900 tonnes), selon la même source.

La RDC a produit 170 000 tonnes de cobalt métal contenu en 2023 contre 140 000 t. en 2022. Elle devance de loin l’Indonésie (17 000 tonnes) et la Russie (8 900 tonnes.

Les exportations congolaises de cobalt métal ont suivi la même courbe ascendante, Selon les statistiques du ministère congolais des Mines publiées en janvier 2024, elles se sont établies à 139 840 tonnes (t.) contre 115 371 t. en 2022, 93 010 t. en 2021 et 86 590 t. en 2020.

L’offre congolaise représente environ 76% des 230 000 tonnes de cobalt métal mises sur le marché mondial en 2023, confortant la RDC dans sa première place de producteur mondial.

Lire aussi : La RDC, 2ème producteur mondial de cuivre en 2023. https://www.makanisi.org/la-rdc-2eme-producteur-mondial-de-cuivre-en-2023/

Forte baisse des prix

En 2023, force est de constater que l’offre mondiale est supérieure à la demande. Une hausse à mettre sur le compte des productions congolaises et indonésiennes, en majorité contrôlées par des entreprises chinoises.

La conséquence est une baisse des cours mondiaux du métal vert. À la mi-mai 2024, la tonne se négociait, en effet, à 27 476 dollars américains, contre 95 000 $ en 2018.  Aussi, pour réguler les prix, la RDC envisage-t-elle d’instituer des quotas d’exportation ou toute autre mesure visant à atteindre un « prix équitable » pour le cobalt, et de mettre en place un organisme de réglementation qui serait chargé d’appuyer l’élaboration de plans possibles.

Alors qu’en 2022, la forte progression de la production de cobalt de la RDC était liée, en autres, à la reprise de la production de Mumi, la hausse observée entre 2022 et 2023 est le fait du groupe chinois CMOC.

Le top 5 des producteurs de cobalt en RDC

Depuis plusieurs années, deux grands producteurs de cobalt métal de la RDC caracolent en haut du podium. L’un est le suisse Glencore, qui compte deux filiales en RDC : Mutanda Mining (Mumi) et Kamoto Copper Company (KCC), un partenariat entre Glencore (75%) et la Gecamines (25%).

L’autre est le groupe chinois CMOC (ex-China Molybdenum Company), fort de deux filiales dans le pays. L’une est KFM (Kisanfu), un partenariat entre l’État congolais (5%)  et KFM Kingdom Holdings Limited (95%), formé de CMOC (71,25%) et de CATL (23,75 %). L’autre est Tenke Fungurume Mining (TFM), dont CMOC détient 80 % de participations et la Gécamines 20%.

Alors qu’en 2022, la forte progression de la production de cobalt de la RDC était liée, en autres, à la reprise de la production de Mumi, la hausse observée entre 2022 et 2023 est le fait du groupe chinois CMOC. Deux facteurs y ont contribué. L’un est la vente de stocks de cobalt constitués en 2022 provenant de TFM, que le groupe CMOC n’avait pas pu exporter en raison d’un différend avec le gouvernement congolais, un volume qui est venu s’ajouter à la production de l’entreprise. L’autre facteur est la mise en production, en 2023, du gisement de cuivre-cobalt de Kisanfu. En 2021, CMOC a acquis, via KFM Kingdom Holdings Ltd, une participation de 71,25 % dans la mine de Kisanfu.

En 2023, les volumes de cobalt produits par CMOC ont atteint 55 526 tonnes, soit une progression de 173,71 % sur un an.  Le groupe est ainsi devenu le plus grand producteur de cobalt au monde

5 entreprises fournissent 77% de la production congolaise de cobalt

En 2023, les volumes de cobalt produits par le groupe CMOC ont atteint 55 526 tonnes, soit une progression de 173,71 % sur un an. Le groupe est ainsi devenu le plus grand producteur de cobalt au monde, raflant la première place à Glencore, jusqu’alors en tête du podium congolais et mondial.

De 40 200 t. de cobalt, sous forme de concentrés et d’hydroxydes, en 2022, la production de cobalt des deux mines congolaises de Glencore est tombée à 38 800 tonnes, en raison « des ajustements du plan de production », selon la compagnie. La baisse s’expliquerait aussi par l’épuisement des réserves à la surface de la mine Mutanda.

La troisième place du podium est occupée par Metalkol RTR, une filiale du groupe Kazakh Eurasian Resources Group (ERG) Africa, sise dans le Haut-Katanga, qui retraite les résidus historiques de cobalt-cuivre accumulés après des décennies d’exploitation par les prédécesseurs, y compris le gisement de résidus de Kingamyambo et ceux de la rivière Musonoi.

Ces 5 entreprises fournissent près de 77% de la production congolaise de cobalt.

Production de cobalt des 5 premiers producteurs de la RDC en 2023

Société minière en RDCSociété MèreProvinceProduction en tonnes
TFM SACMOCLualaba28 500
KFM (Kisanfu)CMOCLualaba27 000
KCC sarlGlencoreLualaba27 600
MUMIGlencoreLualaba11 200
Metalkol RTRERGHaut-Katanga14 700
Sous-Total (5 entreprises)  109 000
Total général RDC  139 840
Source : Ministère des Mines de la RDC- 2024

Les autres producteurs en RDC

Parmi la trentaine d’entreprises qui contribuent à la production de cobalt en RDC, figure un grand nombre de filiales de groupes chinois qui opèrent à tous les stades de la chaîne de valeur des batteries.

Parmi la trentaine d’entreprises qui contribuent à la production de cobalt en RDC, figure un grand nombre de filiales de groupes chinois qui opèrent à tous les stades de la chaîne de valeur des batteries.

Parmi ces groupes, on peut citer des compagnies minières comme CMOC, Jinchuan group, Zijin Mining, Chentun Mining, China Nonferrous Metal Mining Company (CNMC) et China’s Wanbao, des fournisseurs mondiaux de cobalt comme Huayou Cobalt ou Tengyuan Cobalt New Materials, ainsi que des fabricants de machines et d’équipements (China Railway Group). D’autres majors de l’empire du milieu dont Hong Kong Excellen Mining Investment (HKEMI), filiale de Shanghai Putailai et de CATL, Hanrui Cobalt, qui comptent parmi les leaders mondiaux de la fabrication de batteries, ont également des filiales en RDC.

Pour sécuriser ses sources d’approvisionnement, la Chine encourage les entreprises chinoises à investir dans l’exploration et l’exploitation de gisements dans d’autres pays, dont la RDC.

La présence chinoise dans la filière cobalt-cuivre de la RDC s’explique par la faiblesse de la production de cobalt de l’Empire du milieu. Aussi, pour sécuriser ses sources d’approvisionnement, la Chine encourage-t-elle les entreprises chinoises à investir dans l’exploration et l’exploitation de gisements dans d’autres pays, dont la RDC. Près de 80 % de la production de cobalt congolaise (hydroxydes de cobalt) est ainsi destinée à la Chine qui raffine environ 70 % de la production mondiale de cobalt et réalise les deux-tiers de la production mondiale des batteries pour véhicules électriques. La Chine est, en outre, un des principaux exportateurs au monde de produits raffinés.

Lire aussi : La stratégie minière de la Chine. https://www.makanisi.org/la-strategie-miniere-de-la-chine/

Le cobalt artisanal

Outre la production formelle de cobalt, on estime à 20 % celle assurée par des artisans creuseurs, dont des enfants, auprès desquels se fournissent de grandes sociétés. 

Pour lutter contre le travail des enfants dans les mines, formaliser l’exploitation artisanale du cobalt et assurer de bonnes conditions de travail et de rémunération aux artisans, un monopole d’achat du cobalt artisanal a été confié à l’Entreprise générale du cobalt (EGC) créée par décret en 2019, qui a lancé ses activités fin mars 2021. Toutefois, l’EGC, qui prévoyait d’acheter jusqu’à 7 000 tonnes de cobalt auprès des mineurs artisanaux, n’avait pas atteint ses objectifs en 2023. En août 2023, un nouveau directeur, Éric Kalala, a été nommé à la tête de l’entreprise pour la relancer.

Les autres producteurs africains

Si la RDC est de loin le premier producteur africain de cobalt,  elle n’est toutefois pas la seule à produire du cobalt sur le continent. D’autres pays en fournissent aussi. Madagascar, qui, selon l’USGS, a produit 4000 tonnes de cobalt en 2023, se positionne comme le deuxième producteur africain, devant le Maroc. Ce dernier, dont la mine de Bou Azzer est la seule mine au monde à produire uniquement du cobalt, a produit quelque 2300 tonnes en 2022 selon le rapport Cyclope 2023.

Madagascar, qui, selon l’USGS, a produit 4000 tonnes de cobalt en 2023, se positionne comme le deuxième producteur africain,

Suivent la Zambie, qui partage, avec la RDC, la copper belt, riche en cuivre et cobalt, et l’Afrique du Sud, où le cobalt est un coproduit de l’exploitation des métaux précieux. La Namibie peut devenir un membre de ce cercle grâce au projet Opuwo qui hébergerait au moins 259 000 tonnes de cobalt, selon une estimation de 2021.

Montée en puissance de l’Indonésie

L’Indonésie a vu sa production de cobalt passer de 10 000 tonnes en 2022 à 17 000 tonnes en 2023, soit 7,5% de la production primaire mondiale, selon l’USGS. Alors qu’en RDC, le cobalt est généralement associé au cuivre, en Indonésie, il est associé au nickel.

Parce qu’elle cherche à valoriser sa production et à capter une plus grande part de marché dans la chaîne d’approvisionnement des batteries, l’Indonésie mise sur les projets de lixiviation à l’acide à haute pression ou High-pressure acid leaching (HPAL), un procédé qui permet de produire des hydroxydes mixtes de nickel et de cobalt, convertis ensuite en sulfates de nickel et de cobalt.

Parce qu’elle cherche à valoriser sa production et à capter une plus grande part de marché dans la chaîne d’approvisionnement des batteries, l’Indonésie mise sur les projets High-pressure acid leaching (HPAL)

Selon Minéral Info, plusieurs installations HPAL ont ainsi été mises en service par des sociétés en majorité détenues par des entreprises chinoises. Parmi elles, se trouvent Zhejiang Huayou Cobalt, Huayue, un consortium chinois composé de Zhejiang Huayou Cobalt, Tsingshan et CMOC, Halmahera Persada Lygend (HPL), une joint-venture entre le chinois Ningbo Lygend et l’indonésien Harita Group, ainsi que QMB, détenue par les chinois GEM, Tsingshan et Brunp, le sud-coréen Ecopro et le japonais Hanwa.

Par ailleurs, en 2023, Hong Kong CBL, une filiale de CATL, a pris une participation dans l’Indonesia Battery Corporation, une filiale de la compagnie publique indonésienne Aneka Tambang.

D’ici à 2030, l’offre mondiale de cobalt devrait atteindre près de 300 000 tonnes. Elle sera alimentée à hauteur de 16 % par l’Indonésie (contre 7% en 2023) et de 68% par la RDC (contre 76% en 2023)

D’ici à 2030, l’offre mondiale de cobalt devrait atteindre près de 300 000 tonnes.  Elle sera alimentée à hauteur de 16 % par l’Indonésie (contre 7% en 2023) et de 68% par la RDC (contre 76% en 2023), selon le Cobalt Institute (rapport sur le marché du cobalt 2023, paru en mai 2024). La part des autres pays restera stable (16% en 2023 contre 17% en 2030).

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